À Paris, la marche de la gauche contre Emmanuel Macron

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dimanche à Paris, revendiquant davantage de justice sociale et critiquant la politique menée par le gouvernement.

Euractiv France
French left parties call for a rally against rising prices
Les cadres de la coalition de gauche (NUPES) défilent dans les rues de Paris dimanche (16 Octobre). Parmi eux, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, Philippe Poutou, chef de file du Nouveau parti anticapitaliste, et Cyrielle Chatelain, patronne des députés écologistes. [EPA-EFE/MOHAMMED BADRA]

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dimanche à Paris, revendiquant davantage de justice sociale et critiquant la politique menée par le gouvernement.

La marche organisée par la coalition de gauche (NUPES) à Paris dimanche (16 octobre), qui se voulait « contre la vie chère et l’inaction climatique », a aussi été l’occasion pour les participants d’exprimer leur désapprobation envers Emmanuel Macron et le gouvernement d’Élisabeth Borne.

Aussitôt la manifestation terminée, la bataille des chiffres a commencé : tandis que les organisateurs revendiquent 140 000 participants, les autorités en estiment 30 000. Le cabinet Occurrence, qui a réalisé un décompte indépendant pour un collectif de médias, a fait état de 29 500 manifestants.

Convergence des luttes

Un « immense succès » pour Jean-Luc Mélenchon, qui anticipe « un cycle jamais vu dans notre pays », à savoir une conjonction des luttes populaires, syndicales, politiques « et de la crise institutionnelle ».

« Les mouvements populaire et parlementaire doivent se conjuguer », et ainsi permettre de nouvelles conquêtes sociales, a abondé en ce sens Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.

Bien que les syndicats n’aient pas appelé à rejoindre la marche de dimanche en raison de l’indépendance revendiquée entre syndicalisme et politique, plusieurs militants syndicaux étaient présents.

Parmi celles croisées par EURACTIV, la plupart faisaient partie de fédérations de la CGT (CGT Pôle emploi, CGT Enseignement supérieur et recherche, CGT Finances publiques), ainsi que quelques manifestants affirmant appartenir à Sud Rail, troisième syndicat de la SNCF.

Nombre de manifestants arboraient des affiches ou déclamaient des slogans en soutien aux salariés en grève, dans les raffineries de pétrole notamment, tout comme les principaux cadres de la NUPES, qui tenaient eux-mêmes un bandeau de « soutien aux salariés en grève ».

Des affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes d’individus ont eu lieu en marge de la manifestation, en la perturbant en partie. EURACTIV, présent pendant les heurts, a constaté la présence de plusieurs drapeaux, symboles et hymnes des groupuscules d’ultragauche, dont les antifas.

Ces individus, habillés en noir, ont jeté des projectiles aux CRS, qui ont riposté par l’utilisation de gaz lacrymogènes.

Plus de justice sociale que de lutte contre le réchauffement climatique

Malgré le nom donné à la marche, l’essentiel des revendications et des discussions portait sur le sujet chaud du moment : le pouvoir d’achat.

Dirigeants politiques et manifestants demandaient ainsi des revalorisations salariales et une politique fiscale davantage redistributive, en visant le plus souvent directement le gouvernement.

« Le profit, les privatisations et le marché ont le dernier mot sur tout », a assené Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise, selon qui « le chaos, c’est la Macronie, […] l’ordre, c’est nous ».

Le socialiste Olivier Faure, qui défilait aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, du chef de file du Nouveau parti anticapitaliste Philippe Poutou et de la présidente du groupe Europe Écologie-Les Verts à l’Assemblée Cyrielle Chatelain, a affirmé être dans la rue « pour un meilleur partage des richesses ».

« On se bat pour que chacun ait une vie digne, avec un salaire qui permette de nourrir ses enfants, de partir en vacances, [ce qui] n’est plus accessible à une partie de nos concitoyens », a détaillé M. Faure à la presse, en rappelant qu’en France « 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté ».

Le chef des socialistes a, à son tour, critiqué la politique gouvernementale et les réformes récentes ou à venir, comme celle de l’assurance chômage et celle des retraites, ou encore la politique de baisse des impôts pesant sur les entreprises, qu’il qualifie de « cadeaux fiscaux ».

Le risque d’un « passage en force » du budget pour 2023 par le gouvernement était aussi décrié par les manifestants, qui donnaient pour certaine l’utilisation de l’article 49.3 de la constitution, qui permet à l’exécutif de faire passer un texte sans vote, si une motion de censure n’est pas adoptée.

Interviewée sur TF1 dans la soirée de dimanche, la Première ministre Élisabeth Borne a confirmé qu’elle aurait recours à cet outil, car, faute d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale et du refus des oppositions de voter en faveur du budget, son adoption était impossible.

Voilà qui devrait alimenter la contestation sociale à l’égard du gouvernement, accusé de refuser le débat et le dialogue dans les rues de Paris dimanche après-midi.

La prochaine journée de mobilisation sociale ne se fera pas attendre, la plupart des syndicats français ayant lancé un appel à la grève générale pour la journée de mardi (18 octobre), partout en France et dans l’ensemble des secteurs d’activité.