À Munich, Volodymyr Zelensky prévient que seule, l’Ukraine sera « détruite » par la Russie
La capacité de riposte de l’Ukraine contre les troupes russes est limitée par le manque de missiles à longue portée et d’obus d’artillerie, a déclaré le président ukrainien samedi (17 février) lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, tout en mettant en garde contre les conséquences désastreuses d’une victoire russe.
La capacité de riposte de l’Ukraine contre les troupes russes est limitée par le manque de missiles à longue portée et d’obus d’artillerie, a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky samedi (17 février) lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, tout en mettant en garde contre les conséquences désastreuses d’une victoire russe.
Arrivé samedi dans la capitale bavaroise, le président ukrainien n’a pas montré de signes de découragement après l’annonce de la chute de la ville d’Avdiïvka, dans l’est de l’Ukraine, les autorités russes ayant revendiqué le même jour le « contrôle total » de la zone après un retrait forcé des forces ukrainiennes.
Il a déclaré que si l’Ukraine était « abandonnée », la Russie la « détruirait », ajoutant qu’« il n’y a personne pour qui la guerre en cours en Europe ne représente pas une menace ».
« Si nous n’agissons pas maintenant, [le président russe Vladimir] Poutine réussira à transformer les prochaines années en une catastrophe, non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour les autres. »
Volodymyr Zelensky a également abordé une question qui a préoccupé les responsables européens de la sécurité au cours des derniers mois.
Si l’Occident ne prend pas au sérieux la menace russe, a-t-il déclaré, « peut-être l’Europe sera-t-elle confrontée à une période où la question de l’invocation de l’article 5 [sur la défense collective] du traité de l’OTAN ne se posera plus du tout à Washington, mais plutôt dans les capitales européennes ».
Vladimir Poutine « tue qui il veut », a insisté le dirigeant ukrainien, faisant référence à la mort du leader de l’opposition russe emprisonné Alexeï Navalny.
Mais il a également affirmé que les actions de l’homme fort de Russie indiquaient les faiblesses du pays, car « pour la première fois, [Vladimir] Poutine s’est incliné devant l’Iran et la Corée du Nord pour obtenir de l’aide ».
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Un manque d’armes
Dans son discours, Volodymyr Zelensky a également voulu réveiller les alliés et les convaincre d’accroître leur soutien financier et militaire à un moment critique de la guerre, qui a débuté en février 2022.
Il a répété que les efforts déployés par l’Ukraine pour repousser l’envahisseur russe étaient entravés par le manque d’armes à longue portée et d’obus d’artillerie.
« Nos actions ne sont limitées que par la quantité et la portée de l’éventail de nos forces — ce qui ne dépend pas de nous. Nous pouvons récupérer nos terres. […] », mais pour cela, il faut des armes et des munitions, a-t-il martelé à Munich.
« Maintenir l’Ukraine dans un déficit artificiel d’armes, en particulier d’artillerie et de capacités à longue portée, permet à [Vladimir] Poutine de s’adapter à l’intensité actuelle de la guerre. »
Son discours a pris une toute autre dimension à la lumière du retrait des troupes ukrainiennes de la ville d’Avdiïvka, située sur la ligne de front, qui a fait l’objet de lourdes attaques russes ces derniers jours.
Le nouveau commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, a déclaré samedi qu’il avait ordonné à ses troupes de se retirer de la ville industrielle, en grande partie détruite, pour les protéger et éviter un encerclement.
Doutes concernant l’aide à long terme
Les propos du président ukrainien interviennent alors que l’Ukraine est confrontée à une pression croissante, non seulement en raison des attaques russes et des évolutions sur le champ de bataille, mais aussi des doutes quant à l’aide occidentale qui donne des signes d’essoufflement, ainsi que des craintes concernant des pénuries de munitions.
Avant de se rendre à Munich, M. Zelensky s’est rendu à Berlin et à Paris, où il a signé des accords garantissant un soutien à long terme à Kiev en matière de défense.
En 2024, la France s’engage à fournir jusqu’à trois milliards d’euros d’aides à Kiev et renforcera la coopération dans le domaine de l’artillerie. L’Allemagne prévoit pour sa part de soutenir le pays en guerre au moyen de sept milliards d’euros, mais également après la guerre pour l’aider à renforcer son armée.
Début février, l’Union européenne était également parvenue — après de nombreuses tractations découlant du veto hongrois — à adopter un paquet d’aide militaire de 50 milliards d’euros sur quatre ans, assurant ainsi un soutien à long terme à Kiev.
L’aide américaine en eaux troubles
S’exprimant à Paris vendredi (16 février), Volodymyr Zelensky a déclaré qu’il espérait que les accords de sécurité avec l’Allemagne et la France donneraient « une impulsion aux efforts des États-Unis » en faveur de son pays. Pour rappel, un paquet d’aide militaire de 60 milliards de dollars est bloqué depuis l’année dernière en raison de conflits au sein du Congrès américain.
La nécessité de l’aide américaine est d’autant plus importante que l’Union européenne a récemment reconnu qu’elle ne pourrait livrer que la moitié du million d’obus d’artillerie qu’elle avait promis d’envoyer d’ici au pays en guerre le mois de mars.
Interrogé sur un éventuel retour de Donald Trump au pouvoir et sur le changement de politique à l’égard de l’Ukraine qui s’ensuivrait outre-Atlantique, Volodymyr Zelensky a déclaré qu’il avait invité l’homme politique à se renseigner sur la situation sur le terrain.
« S’il vient en Ukraine, je suis prêt à aller au front avec lui », a-t-il affirmé. « Nous devons montrer aux gens ce qui se passe là-bas. Il s’agit d’une véritable guerre, pas d’une [vidéo] Instagram. »
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]