À Marseille, Sarah El Haïry plaide pour que la jeunesse soit consultée sur « tous les sujets »

REPORTAGE. Pour la clôture de l’Année européenne de la jeunesse, la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse Sarah El Haïry s’est rendue jeudi (24 novembre) à Marseille pour rencontrer une jeunesse engagée et politiquement exigeante. EURACTIV France était du voyage.

Euractiv France
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La secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse Sarah El Haïry échange avec des jeunes Français et Européens, en marge de la clôture de l'Année européenne de la Jeunesse, jeudi (24 novembre) à Marseille. [Philippe Devernay/MENJ]

Pour la clôture de l’Année européenne de la jeunesse, la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse Sarah El Haïry s’est rendue jeudi (24 novembre) à Marseille, afin de rencontrer une jeunesse engagée et politiquement exigeante. EURACTIV France était du voyage.

En fin d’après-midi, jeudi (24 novembre), le convoi de la secrétaire d’État chargée à la Jeunesse arrive dans ce qui ressemble à un ancien entrepôt réhabilité. Restaurant, salles de spectacle, espaces pour les associations et pour des expositions, beaucoup de place et de jeunes qui se déplacent d’un endroit à l’autre.

La Friche de la Belle de Mai est en réalité une ancienne usine de tabac, explique son président Marc Bollet à la ministre. L’endroit était d’abord un lieu « occupé » par des jeunes voulant créer « des liens de partage, de rencontre et de richesse intellectuelle », poursuit-il.

35 ans plus tard, la ville de Marseille les a officiellement autorisés à rester. Résultat : 60 à 70 entreprises du milieu artistique et culturel, dont une radio, cohabitent dans ce lieu « unique en Europe », veut croire l’un des dirigeants de la structure.

La Friche, un lieu d’émancipation pour les jeunes

Mais son unicité est également due à sa localisation à Marseille, dans « l’un des quartiers les plus pauvres d’Europe » explique l’adjoint au maire de Marseille Ahmed Heddadi, chargé de la vie associative. Un atout, certes, bien qu’une partie de la population qui y vit demeure très « réfractaire » à l’idée de venir dans ce lieu qui se veut pourtant « riche culturellement » et « accueillant ».

Cela ne manque pas de faire tiquer la secrétaire d’État, qui décrit la peur de certains jeunes de se rendre dans des lieux culturels comme une « porte de verre » et tente de proposer une solution : « les écoles peuvent les faire venir ici ».

La ministre déambule ensuite à la rencontre des associations présentes. « Board Spirit Marseille » promeut le skateboard comme lien entre les personnes et même comme vecteur d’émancipation.

« Des gamins sont venus qui ne parlaient même pas français. Aujourd’hui, ils ont passé des diplômes et sont devenus profs de skateboard », nous confie Thomas, l’un des responsables, peu avant le début d’un cours.

Son association est même, selon lui, une « antichambre culturelle » de la Friche, car elle permet de faire venir de jeunes gens qui ensuite découvrent et se consacrent à autre chose que le sport.

Parmi les autres stands que Mme El Haïry visite, celui du « Partenariat Jeunesse UE-Conseil de l’Europe » soutient des projets d’échanges éducatifs entre pays européens, la participation de la jeunesse à la politique par l’éducation civique.

« Transforama » est un lieu qui sensibilise les jeunes à l’entrepreneuriat, les aide à se lancer lorsque leur projet est mûr et à trouver des financements.

Il est important de « rompre les inégalités d’accès au crédit », veut croire la ministre. Et pour cause : Transforama a remporté un projet financé avec les fonds de « Marseille en Grand », le plan lancé par le président de la République en 2021 – une sorte de plan de relance sur mesure pour la Cité phocéenne.

Écologie, discriminations et droits de l’Homme

Vient ensuite un temps d’échange avec 50 jeunes, peu avant la clôture de l’Année européenne de la jeunesse. De jeunes Français et Européens se seraient même « bousculés » pour venir échanger avec la secrétaire d’État, nous glisse une organisatrice de l’événement, tant la liste d’attente était longue.

Une dizaine de jeunes, certains pas même majeurs, se succèdent au micro et interpellent la ministre. L’écologie, l’égalité entre les sexes, la justice sociale reviennent quasiment à chaque intervention.

On se croirait parfois à l’Assemblée nationale quand Ambre détaille à la ministre ses requêtes : hausse du salaire minimum, boycott diplomatique et économique des pays ou entreprises qui violent les droits de l’Homme.

Il faut « respecter les accords de Paris, sanctionner les entreprises qui polluent et lutter contre le lobbying qui empêche les progrès en matière d’écologie », scande Anna, une jeune Allemande, face à la ministre.

« Nous voulons des référendums et des élections plus fréquentes », s’exclame un jeune homme quelques minutes plus tard.

Heureuse de constater la force de leur engagement et consciente que la jeunesse vote peu, voire pas du tout, Sarah El Haïry pointe chez eux « un paradoxe ».

« Vous vous dites ‘mon engagement se suffit à lui-même’. La réponse est non. La démocratie est un muscle, et l’abstention est une forme d’atrophie ». Les actions coup de poing, le boycott, l’engagement associatif ? « Très bien, mais ce n’est pas suffisant. Votre engagement doit passer aussi par le vote ».

Interpellée sur la lutte contre les discriminations, Mme El Haïry essaie de distiller une dose d’universalisme : « lorsque vous voyez une discrimination, ayez la même colère que si elle était dirigée contre vous. Ne faites pas de hiérarchie entre les discriminations, ne tombez pas dans ce piège ».

Nolan, membre du Parlement régional des Jeunes, insiste quant à lui sur la participation des jeunes à la prise de décision de la part des politiques.

La ministre assure ne pas y être insensible : au contraire, explique-t-elle, elle s’adresse régulièrement au Conseil d’orientation de la Jeunesse et a même exigé, pendant la Présidence française de l’UE, que chaque ministre de la Jeunesse soit accompagné d’un jeune de son pays lors des réunions des Conseils des ministres des 27.

Pour tenter, à nouveau, de convaincre ses jeunes interlocuteurs de l’importance du vote, Mme El Haïry leur explique : « l’Assemblée nationale vient de voter en faveur de l’intégration de l’IVG et de la contraception dans notre Constitution, grâce aux voix de députés de tout bord. La politique est en phase avec vos engagements ».

Créer un sentiment d’appartenance à l’Europe

Fin de journée, les discours de clôture de l’Année européenne de la Jeunesse (AEJ) approchent. Pour écouter la ministre, un parterre de jeunes Français et étrangers ayant participé à la Tool Fair, événement conclusif de l’AEJ. Sur 4 jours, 120 jeunes de 30 nationalités se sont rencontrés et ont échangé autour de l’éducation, le climat, les inégalités et la pauvreté.

« L’Année européenne de la Jeunesse a mis en lumière les programmes européens de mobilité », explique Béatrice Angrand, directrice de l’Agence du service civique (ASC). « En renforçant ces programmes, nous augmentons le sentiment d’appartenance à l’Europe » pour les jeunes, se félicite-t-elle.

La ministre croit également au potentiel de ces programmes de susciter ce sentiment d’être Européens. Qu’il s’agisse d’ « Erasmus+, du Service civique européen ou encore du Corps européen de solidarité », leur but est de montrer à la jeunesse européenne – et notamment de France –, que l’Europe est un projet de « combats communs, un socle de valeurs fortes ».

Reconnaissante de cette « jeunesse engagée, sur l’égalité, la dignité humaine, la protection de la planète », la ministre considère qu’elle « ne doit pas être cantonnée » aux sujets proprement générationnels, mais qu’elle doit être consultée sur « tous les sujets ».

Sarah El Haïry leur a en tout cas promis qu’elle « porterai[t] ces revendications à Bruxelles, au Conseil de l’UE Jeunesse de lundi ». À suivre.