À l'approche des élections fédérales allemandes, la course aux 5 % des petits partis

En Allemagne, les petits partis luttent pour obtenir des sièges au parlement. La perte de vitesse de Christian Lindner dans la course à la chancellerie laisse présager un bilan électoral médiocre pour les libéraux-démocrates du FDP.

EURACTIV.com
Election campaign – ZDF live program « Schlagabtausch »
Christian Lindner, dirigeant du FDP. [Christoph Soeder/picture alliance via Getty Images]

BERLIN/POTSDAM — En Allemagne, les petits partis luttent pour obtenir des sièges au parlement. La perte de vitesse de Christian Lindner dans la course à la chancellerie laisse présager un bilan électoral médiocre pour les libéraux-démocrates du FDP.

Il y a quelques mois encore, Christian Lindner, le leader du FDP, occupait le poste de ministre allemand des Finances. En tant que défenseur de l’austérité en Europe, il a fortement insisté pour que les Français empruntent cette voie arguant qu’il s’inquiétait de leur déficit budgétaire.

Mais depuis que le FDP a quitté le gouvernement de coalition mené par Olaf Scholz, le parti a été relégué sur les bancs de l’opposition et lutte aujourd’hui pour sa survie politique.

Considéré comme le trouble-fête d’une coalition impopulaire, le FDP ne parvient pas à dépasser le seuil électoral de 5 % dans les sondages.

S’il s’en tient là, le parti ne parviendra pas à entrer au parlement lors des prochaines élections fédérales du 23 février. Ce scénario se produirait pour la deuxième fois seulement depuis 1949.

« Ceux qui veulent préserver le potentiel d’un parti libéral au parlement allemand doivent se ranger sous le drapeau maintenant », a plaidé le responsable politique dimanche, lors de la conférence du parti à Potsdam.

Le FDP n’est pas le seul parti influent en sursis. Parmi les autres mouvements politiques qui avoisinent la barre des 5 % d’intentions, on compte également l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), un parti populiste de gauche controversé, et Die Linke, le principal parti d’extrême gauche d’Allemagne.

Bien sûr, jusqu’au jour du scrutin, impossible de savoir lequel de ces partis parviendra à obtenir des sièges au parlement. Les décisions pourraient se jouer à très peu de voix, et grâce à une clause constitutionnelle spéciale.

Si ces partis franchissaient le seuil des 5%, ils auraient un impact significatif sur la formation du futur gouvernement allemand en modifiant les majorités.

Un sondage, publié par l’institut de sondage Forsa il y a deux semaines, prédisait que les trois petits partis manqueraient le coche. Dans ce cas de figure, le nombre de groupes au Bundestag serait réduit de sept à quatre — la valeur la plus basse depuis 2017.

Cette situation serait un véritable cadeau pour les chrétiens-démocrates (CDU/CSU), actuellement en tête des sondages avec 30 % des intentions de votes. Si le parti obtient cette proportion de voix, cela se traduirait par 37 % des sièges au parlement. Surtout, cette configuration donnerait à la CDU/CSU le luxe d’obtenir une majorité gouvernementale avec un seul partenaire de coalition supplémentaire.

Quelques jours plus tôt, un autre institut de sondage, YouGov, annonçait 5 % des intentions de votes pour le FDP (5 %) et 7% pour le BSW.

Si Die Linke (4 %) franchit également l’obstacle, la part de sièges de la CDU/CSU tomberait à 30 % et nécessiterait une coalition tripartite. Malgré tout, cette prédiction semble peu réaliste pour de nombreux observateurs, du fait des querelles intestines.

La tête de liste de la CDU, Friedrich Merz, a souligné à plusieurs reprises que seul un gouvernement tourné vers l’action et qui ne se dispute pas constamment serait en mesure de redresser l’économie allemande en difficulté.

Les malheurs des petits partis

Les enjeux sont importants et les moyens désespérés.

Die Linke, issu du parti au pouvoir dans l’Allemagne de l’Est socialiste, a abandonné très tôt la course aux 5 %. Le parti a lancé la « Mission cheveux d’argent », un plan visant à exploiter une faille dans le système électoral allemand.

Les Allemands votent deux fois lors des élections : une fois pour le député de leur circonscription, et une fois pour un parti. Ce dernier vote détermine le nombre de sièges obtenus par les partis qui atteignent 5 %.

Il existe toutefois une exception : si un parti qui n’atteint pas les 5 % remporte au moins trois circonscriptions, il obtient la part de sièges qu’il obtiendrait s’il n’y avait pas de seuil.

Die Linke n’est pas seulement sur le point de remporter trois circonscriptions, dans lesquelles le parti a présenté trois de ses grandes figures populaires. Il bénéficie également d’une dynamique qui pourrait lui permettre d’atteindre le seuil des 5 % lors du scrutin final.

Jan-Philipp Thomeczek, politologue à l’université de Potsdam, observe qu’alors que le parti Bündnis 90/Die Grünen (les Verts) est un concurrent direct, Die Linke bénéficie du virage centriste pris par les verts.

De son côté, Sahra Wagenknecht, l’étoile montante de la politique allemande, est en difficulté. Elle a abandonné Die Linke l’année dernière pour lancer son propre mouvement, la BSW. Mais cette alliance de gauche socialement conservatrice est critiquée pour le ton conciliant qu’elle adopte à l’égard de la Russie.

Par intermittence, le nouveau parti BSW s’est envolé dans les sondages, surfant sur la vague d’inquiétude suscitée par l’escalade de la guerre en Ukraine. Toutefois, selon le politologue, une part de ce soutien a pu être faussée par les premiers succès remportés lors des élections régionales. De plus, l’engouement s’est réduit à mesure que la guerre a occupé une place moindre dans la campagne. Pour Jan-Philipp Thomeczek, la course est trop serrée pour que les résultats soient anticipés.

« Au niveau national, il sera difficile pour les deux partis de rester au-dessus de 5 % en même temps parce qu’ils ont un plus grand chevauchement d’électeurs potentiels », a ajouté l’expert.

Pour motiver ses partisans, Sahra Wagenknecht a lié l’élection à son avenir politique. Selon elle, « quiconque ne siège pas au Bundestag n’a plus rien à voir avec la politique allemande ».

Tailler la réglementation

Pendant ce temps, Christian Lindner a accepté son nouveau statut de paria, jouant sur son image de trésorier de la coalition, partisan d’une politique budgétaire stricte. Il s’appuie également sur les révélations selon lesquelles son parti aurait secrètement comploté pour faire tomber la coalition dysfonctionnelle d’Olaf Scholz.

Le candidat a par exemple cité le milliardaire américain Elon Musk et le président argentin Javier Milei, qui réduisent de manière controversée les dépenses et les institutions de l’État, comme des modèles pour l’Allemagne. Après des réactions négatives, il a fait marche arrière et a déclaré préferer les taille-haies à la tristement célèbre tronçonneuse de Javier Milei, pour réduire la réglementation.

À Potsdam, Christian Lindner a promis de sauver l’économie allemande en difficulté avec des « idées perturbatrices » similaires. Il a critiqué « les nouvelles dépenses publiques, les nouvelles subventions, les nouvelles contraintes, les nouvelles normes sociales, les nouveaux programmes sociaux ».

Chez les responsables du FDP, on fait preuve de confiance. Beaucoup d’entre eux affirment que la barre des 5 % est à leur portée.

Contrairement au camp CDU/CSU, la perspective d’une coalition tripartite est bien accueillie. Elle permettrait potentiellement au FDP de rejoindre un gouvernement avec les chrétiens-démocrates et le SPD.

(AB/SN)