À Kiev, l’UE promet un soutien durable à l’Ukraine face aux craintes d’une lassitude

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont assuré Kiev de leur soutien, bien que l’on puisse voir un signe d'affaiblissement de ce soutien à travers la victoire d’un candidat pro-russe en Slovaquie et la suspension par le Congrès américain de l’aide à l’Ukraine dans son projet de loi de financement.

Euractiv.com
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Le ministère ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba (à gauche), et le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell (à droite), à Kiev, en Ukraine, le 2 octobre 2023. [EPA-EFE/UKRAINE FOREIGN MINISTRY ]

Lors de leur visite dans la capitale ukrainienne lundi (2 octobre), les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont assuré Kiev de leur soutien, bien que l’on puisse voir un signe d’affaiblissement de ce soutien à travers la victoire d’un candidat pro-russe en Slovaquie et la suspension par le Congrès américain de l’aide à l’Ukraine dans son projet de loi de financement.

Lundi, l’Union européenne et l’Ukraine ont tenté de dissiper l’incertitude entourant la guerre, qui a débuté en février 2022, et le soutien occidental à Kiev, alors que l’offensive russe progresse et la contre-offensive ukrainienne piétine. Cette tentative a pris une forme inédite, les ministres européens des Affaires étrangères s’étant réunis pour la première fois dans un pays tiers en guerre.

« [Nous tenons] à préciser que cette réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Kiev doit être comprise comme un engagement clair envers l’Ukraine et comme un soutien continu dans tous les domaines », a déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’UE, à la presse à Kiev après les discussions.

« Il s’agit également d’un message fort adressé à la Russie : nous ne sommes pas intimidés par vos drones ou vos missiles — nous continuerons à soutenir l’Ukraine », a-t-il ajouté.

Son homologue ukrainien, Dmytro Kouleba, a déclaré que la réunion permettrait de dissiper les allégations de « désunion ».

La question du soutien américain

Avant les discussions, M. Borrell et M. Kouleba se sont tous deux déclarés convaincus que Washington continuerait à soutenir l’Ukraine, même après que le Congrès américain a suspendu un programme de financement pour Kiev afin d’éviter la paralysie de l’administration fédérale.

La décision de Washington a provoqué une onde de choc outre-Atlantique, le président ukrainien Volodymyr Zelensky ayant promis dimanche (1er octobre) que son pays se battrait jusqu’à la victoire.

« Je suis sûr que cette décision sera reconsidérée et que nous continuerons à être à vos côtés », a déclaré M. Borrell lors d’une conférence de presse aux côtés de M. Kouleba, qui  s’est voulu rassurant en affirmant qu’il n’avait pas l’impression que « le soutien des États-Unis avait volé en éclats » avec cette décision.

« La question est de savoir si ce qui s’est passé est un incident ou systémique — je pense qu’il s’agit d’un incident », a-t-il déclaré, ajoutant que Kiev travaillerait avec le Congrès « pour s’assurer que cela ne se reproduise plus, quelles que soient les circonstances ».

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont dits convaincus que Washington continuerait à soutenir l’Ukraine tant que le président Joe Biden resterait en fonction.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a notamment souligné que le président américain Joe Biden a exprimé son engagement envers Kiev, et que les ministres européens ne doutent pas que les États-Unis continueront à soutenir le pays en guerre.

Toutefois, les inquiétudes concernent également le fait que l’Europe — bien qu’elle a assumé une part croissante de l’aide occidentale à l’Ukraine — possède une capacité limitée à accroître son soutien militaire et économique pour compenser une réduction de l’aide américaine.

« Nous n’avons tout simplement pas de plan pour une stratégie de sortie des États-Unis, et j’espère que nous n’en aurons pas besoin », a confié un diplomate européen à Euractiv.

Tenir ses promesses

Lors de sa rencontre avec les ministres européens, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que la durée de la guerre était liée à la qualité et à la quantité du soutien provenant des alliés occidentaux.

« Notre victoire dépend directement de notre coopération : plus nous prendrons ensemble des mesures fortes […], plus vite cette guerre prendra fin », a déclaré M. Zelensky.

Il a exhorté l’UE à renforcer les sanctions à l’encontre de la Russie et de l’Iran, qui a fourni des drones aux forces russes, et il a appelé à l’« accélération » des travaux visant à affecter « les avoirs russes gelés au financement de la reconstruction de l’Ukraine ».

S’adressant aux journalistes à l’issue des discussions, Josep Borrell a déclaré qu’il avait proposé à Kiev une nouvelle enveloppe pluriannuelle dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix (FEP), à hauteur de 5 milliards d’euros pour l’année prochaine.

« J’espère que nous parviendrons à un accord avant la fin de l’année », a-t-il indiqué.

Avant l’été, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), avait rédigé une proposition visant à créer un « fonds d’assistance à l’Ukraine », intégré à la Facilité européenne pour la paix, afin d’équiper les forces armées du pays pour les quatre prochaines années, pour un coût pouvant atteindre 20 milliards d’euros, soit 5 milliards d’euros par an.

La proposition du chef de la diplomatie de l’UE doit encore recevoir le feu vert de tous les États membres du bloc, mais aucune décision n’a été prise jusqu’à présent.

En effet, les négociations se sont avérées laborieuses, les propositions de montants supplémentaires dans le cadre du fonds se heurtant souvent à des retards ou à l’opposition catégorique de la Hongrie. Certains craignent que cela ne soit également difficile avec les nouveaux projets envisagés.

Par ailleurs, la Hongrie n’était pas représentée ce lundi à Kiev par son ministre des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, mais bien par son secrétaire d’État adjoint.

S’adressant à un groupe de journalistes, le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna a souligné la nécessité de « mettre en œuvre les décisions de l’UE », faisant référence à la poursuite de l’aide militaire dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix, la prochaine tranche de 500 euros étant toujours bloquée par la Hongrie, et les plans de Bruxelles visant à fournir un million de munitions au pays déchiré par la guerre.

Un hiver difficile en perspective

La semaine dernière, la Russie a lancé une pluie de missiles contre l’Ukraine. Il s’agissait de la plus importante depuis des semaines. Cette attaque laisse présager un hiver difficile, certains estimant même que Moscou pourrait à nouveau tenter de s’en prendre aux infrastructures critiques ukrainiennes, telles que les centrales électriques.

S’adressant aux journalistes à Kiev, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a appelé à des efforts pour préparer l’Ukraine à l’hiver prochain, notamment en renforçant sa défense aérienne et en garantissant son approvisionnement énergétique.

« L’hiver dernier, nous avons vu la manière brutale dont le président russe mène cette guerre », a déclaré la ministre allemande. « Nous devons empêcher cela avec tout ce que nous avons, dans la mesure du possible. »

Le facteur slovaque

Au-delà du soutien militaire, de nombreux ministres des Affaires étrangères de l’UE ont également tenté de dissiper les inquiétudes après que l’ancien Premier ministre pro-russe Robert Fico a remporté les élections slovaques fin de la semaine dernière.

M. Fico est opposé à la fourniture d’aide à l’Ukraine. Lors de sa campagne, il a par exemple appelé à ce qu’aucune munition provenant des réserves slovaques ne soit envoyée en Ukraine.

Le Kremlin a tenté de jeter une ombre sur le soutien occidental plus tôt dans la journée de lundi, en déclarant que la lassitude de l’Occident à l’égard de l’Ukraine « s’accentuera » alors que l’avenir de l’aide américaine à Kiev semble incertain.

Moscou compte depuis longtemps sur le fait que les pays occidentaux se lasseront de soutenir Kiev et que des divisions apparaîtront au sein des alliances occidentales.

« La lassitude à l’égard de ce conflit, la lassitude à l’égard du soutien totalement absurde du régime de Kiev, va s’accroître dans plusieurs pays, y compris aux États-Unis », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ajoutant que Washington « continuerait néanmoins à s’impliquer dans ce conflit ». « La fatigue conduira à la fragmentation », a ajouté M. Peskov.

Le président américain s’est toutefois efforcé de rassurer Kiev et a promis de « ne pas abandonner » de l’Ukraine.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]