À gauche, une campagne pour les Européennes dans des conditions délétères
À un mois des élections européennes, l’ambiance est de plus en plus délétère à gauche et le divorce semble même consommé entre socialistes et Insoumis, obérant un peu plus les chances d’une union pour les futures échéances électorales.
À un mois des élections européennes, l’ambiance est de plus en plus délétère à gauche et le divorce semble même consommé entre socialistes et Insoumis, obérant un peu plus les chances d’une union pour les futures échéances électorales.
Mardi (7 mai), le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a accusé le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon de faire « tout pour rendre impossible une alliance » des partis de gauche.
Sept mois après l’implosion de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) dans le fracas des attaques du Hamas contre Israël, le député de Seine-et-Marne juge que Jean-Luc Mélenchon est « celui qui met le feu à la plaine chaque matin, celui qui depuis le 7 octobre n’a cessé de creuser l’écart entre les uns et les autres ».
Le patron des socialistes déplore aussi « des fake news » à l’encontre de son candidat Raphaël Glucksmann, notamment de la part de la tête de liste insoumise Manon Aubry, créditée de 7 à 8 %.
Elle avait notamment accusé dans un tweet l’essayiste de 44 ans de « s’en mettre plein les poches » en plus de son mandat de député européen, en sous-entendant qu’il était payé par des lobbys alors que ses rémunérations annexes proviennent de la vente de livres.
La tête de liste PS/Place Publique accuse LFI d’avoir orchestré « une campagne de calomnies » contre lui sur les réseaux sociaux, qui a eu pour conséquence, selon lui, son expulsion violente d’une manifestation du 1er mai par des militants radicaux à Saint-Étienne.
« Depuis le début, ils font des vidéos sur Glucksmann, jamais sur [Jordan] Bardella », s’indigne un proche du leader de Place publique qui souligne que, dans ses meetings, le candidat ne tape jamais sur ses concurrents de gauche.
Les Insoumis affirment se contenter de répondre aux attaques du PS qu’ils accusent de vouloir faire revivre « la vieille gauche ». Et assument une part de provocation.
« Quand on met Glucksmann sur le visuel [tweeté par Manon Aubry, NDLR], on sait que ça va faire parler et que la machine médiatique va s’emballer parce qu’on s’en prend à sa sainteté Raphaël Glucksmann », justifie le député Mathias Tavel, responsable de la campagne insoumise.
« Olivier Faure tente depuis deux ans de tuer la Nupes », accuse-t-il, reprochant au leader socialiste d’avoir utilisé feu l’alliance de gauche « pour essayer de faire oublier les années Hollande ».
Raphaël Glucksmann chassé d’une manifestation, la gauche se déchire pour le 1er mai
Le candidat du Parti socialiste et de Place publique (Socialiste et Démocrates européens, S&D) pour…
4 minutes
« Faits de jeu »
Favorable à « la douceur » en politique, la tête de liste des Écologistes Marie Toussaint déplore, de son côté une « brutalisation » à gauche, appelant Jean-Luc Mélenchon à la modération.
Pour elle, le triple candidat à la présidentielle n’est pas en campagne électorale européenne « mais en campagne pour sa quatrième élection présidentielle et sa stratégie, c’est de diviser la gauche aujourd’hui pour mieux la réunir derrière lui ».
« N’empêchons pas notre capacité de construire ensemble par la suite », a appelé Marie Toussaint, assurant ne pas croire aux « gauches irréconciliables » théorisées par l’ex-socialiste Manuel Valls, revenue à la mode ces derniers temps.
Car une partie de la gauche, socialistes et écologistes en tête, entend bien essayer, après les européennes, de construire une nouvelle union de la gauche, pour les municipales, mais surtout pour la présidentielle de 2027.
« C’est ma première élection en tant que candidat et je vous avoue être assez étonné, effaré même, de la manière dont les débats se déroulent dans leur globalité », reconnaît la tête de liste communiste Léon Deffontaines qui a lui aussi mordu le trait en début de campagne en accusant Raphaël Glucksmann d’être le candidat « de la gauche dollar ».
Mais le candidat de 28 ans, qui tourne autour de 3 % des intentions de vote, considère que la famille élargie de la gauche doit « se rassembler sur la question sociale ».
« Il n’y a jamais de gauches irréconciliables », abonde Pierre Jouvet, en troisième place sur la liste socialiste.
« Ou alors comme dirait Martine Aubry, si un jour il y a des gauches irréconciliables, c’est qu’il y a une gauche qui n’est plus de gauche. Et nous, nous sommes de gauche », ajoute-t-il.
« Une campagne électorale c’est un match », résume-t-il. « Quand des joueurs sont en difficulté, parfois ils font des faits de jeu, mais un fait de jeu, ça ne fait jamais gagner un match. Ça affaiblit juste le niveau global ».