À Calais, l’UE peine à concilier valeurs européennes et barrières de barbelés

Les politiques européens réunis à Calais lundi ont assuré que l’UE ne refoulera pas ceux qui ont besoin de protection. Mais aussi que les frontières devaient être protégées.

EURACTIV.fr
Plusieurs pays d’Europe dont la France à Calais ont dressé des murs à leur frontière
Plusieurs pays d'Europe dont la France à Calais ont dressé des murs à leur frontière

Les politiques européens réunis à Calais lundi ont assuré que l’UE ne refoulera pas ceux qui ont besoin de protection. Mais aussi que les frontières devaient être protégées.

Deux commissaires, un premier ministre et deux ministres sont venus témoigner, lundi 30 août, de la mobilisation de l’UE sur la question des migrants. Et aussi annoncer des fonds supplémentaires pour répondre aux besoins des réfugiés sur place, alors que des milliers de personnes campent dans des conditions de sécurité et d’hygiène précaires près du tunnel sous la Manche. 5 millions d’euros seront débloqués pour accueillir 1500 migrants dans des tentes, début 2016, dans ce que les médias ont rapidement appelé un «nouveau Sangatte », du nom d’un précédent camp d’accueil des réfugiés, détruit au bulldozer en 2002.

Se donnant le beau rôle, le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, a assuré que l’UE était prête à accueillir des migrants, et de façon durable.

«  Les flux de migrants ne vont pas faiblir, les gens continueront à fuir les conflits pour protéger leur famille. L’UE continuera de les accueillir. On le fera parce que nos valeurs nous obligent à le faire. Nous ne refoulerons jamais ceux qui ont besoin de protection » a assuré le vice-président néerlandais de la Commission européenne.

Des murs un peu partout en Europe

Les murs émaillent pourtant les frontières de l’UE. Si la Hongrie est largement stigmatisée, la France elle-même en construit de façon répétée autour du tunnel sous la Manche, où une quatrième ligne de fils de fer barbelés a été construite cet été.

Des murs en dur ou en barbelés supplantent parfois les frontières naturelles inexistantes, comme entre la Turquie et la Grèce, la Grèce et la Bulgarie, ou encore dans les enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta au Maroc.

Interrogé sur la différence existant entre les barbelés de Calais et les barbelés hongrois, le commissaire aux migrations, Dimitris Avramopoulos, s’est fendu d’une réponse sibylline, assurant que les murs n’étaient pas acceptables dans un cas comme dans l’autre, mais soulignant que les frontières devaient être respectées.

Discours dur envers les « pays sûrs »

Les hommes politiques se sont toutefois entendus au sujet de l’établissement d’une liste de « pays sûrs », qui devrait être établie prochainement, et qui permettrait de raccourcir les délais de demandes d’asile. « Nous allons proposer une liste de pays sûrs ; les pays candidats à l’UE sont des pays sûrs, ce qui devrait permettre de traiter les demandes plus rapidement » a ainsi souligné Frans Timmermans.

Ce qui signifie, en creux, que l’UE refuse a priori d’accorder le droit d’asile aux nationaux des pays proches. La remarque concerne surtout les ressortissants de Macédoine, du Montenegro et de la Serbie. Les pays d’Europe de l’Est ont en effet vu un afflux de réfugiés économiques arriver des Balkans cette année.

En France, comme en Italie, « 60 % des migrants sont des réfugiés économiques et ne relèvent pas de la procédure d’asile » selon le Premier ministre, Manuel Valls, qui a confirmé sa réputation sécuritaire en une formule. « Venir à Calais c’est se jeter dans une impasse » a-t-il prévenu.

Élargir le plan d’accueil de 40.000 réfugiés ?

A propos du plan d’accueil des réfugiés que la Commission a tenté de mettre en place en juin, Frans Timmermans a reconnu que la Commission aurait aimé aller plus vite, mais avait eu du mal à convaincre tout le monde.

>>Lire : La Commission veut répartir 40.000 migrants vers le Nord de l’Europe

« C’est assez révolutionnaire, parce que maintenant tous les Etats acceptent le principe, la clé de répartition n’est plus un problème, on pourrait même élargir le programme » a-t-il garanti.

La France et l’Allemagne se sont opposées au principe des quotas, tout en faisant des propositions sur le nombre de réfugiés à accueillir. Mais ces dernières semaines, un soutien politique important s’est manifesté notamment d’Angela Merkel et de François Hollande, en faveur de l’accueil des réfugiés. « Personne ne peut plus se cacher et éviter de faire sa part du travail » a assuré le vice-président.

Des problèmes demeurent néanmoins : la Slovaquie est d’accord pour accueillir des réfugiés seulement s’ils sont chrétiens , les conditions de vie des réfugiés en Autriche sont déplorables comme l’a souligné Amnesty International, et la Grèce et l’Italie ne parviennent pas à enregistrer les réfugiés comme le règlement de Dublin II le leur demande, en raison des arrivées massives.