A Bruxelles, les tenants de l'austérité reçoivent une pichenette
Réunis à Bruxelles, les Vingt-Sept s'accordent sur des principes généraux pour légèrement rééquilibrer la politique économique de l'UE.
Réunis à Bruxelles, les Vingt-Sept s’accordent sur des principes généraux pour légèrement rééquilibrer la politique économique de l’UE.
Après trois ans de crise, les Européens brisent le cycle des sommets orageux, faits de portes qui claquent, d’interruptions de séance et de discussions aux aurores. Jeudi 14 mars, tôt dans la soirée, les Vingt-Sept ont fait passer un message consensuel sur leur stratégie économique.
« Serein »
Dans ce climat « serein », comme le décrit le président du Conseil Herman Van Rompuy, les Etats ont surtout cherché à rassurer sur leurs intentions mutuelles. Quand la France insiste pour que les ajustements budgétaires ne tuent pas la croissance, l’Allemagne veille à ce que le mot « croissance » ne signe pas la fin des ajustements budgétaires.
« C’est parce qu’il y a un engagement budgétaire qu’il peut y avoir de la souplesse », justifie François Hollande, en phase, une fois de plus, avec Rome et Madrid. D’où le travail de redécouverte d’options de souplesse dans le pacte de stabilité.
Sanctionné durement par les urnes, le premier ministre italien Mario Monti, qui gère les affaires courantes en attendant la désignation de son successeur, laisse planer son ombre sur les conclusions du sommet.
Celles-ci rappellent les « possibilités offertes par le cadre européen pour équilibrer les investissements publics productifs avec les objectifs de discipline budgétaire. »
En clair, permettre aux Etats dont le déficit public, proche de 3% du PIB mais inférieur à ce seuil, de retirer les investissements du calcul du déficit afin de ne pas basculer dans un régime de sanctions financières.
Testament
En guise de testament, le professore mal aimé des électeurs Italiens a adressé une lettre au président du Conseil européen. Un texte « très Montien », s’amuse une source française.
L’ancien commissaire veut défendre le caractère exemplaire des mesures prises dans son pays : l’absence de plan de renflouement, le déficit structurel quasi-nul, le rattrapage sur la transposition des directives européennes etc. Le tout sans prendre Bruxelles en bouc émissaire.
Mais dans les urnes, la logique est implacable. Mario Monti « n’a pas été au pouvoir suffisamment longtemps pour récolter le fruit de ses réformes », a estimé Angela Merkel à l’issue du sommet.
L’Italien déchu préfère croire à un autre dénouement : « Une action effective pour stimuler la croissance et lutter contre le chômage serait le meilleur message pour contrer la vague montante du populisme. »
« Des raisons d’espérer »
Une prise de position contre l’austérité à tout crin, dont le président français fait son miel. « J’ai insisté pour démontrer aux Européens que nous prenons en compte ce qu’ils ressentent, [le fait de] trouver dans les choix qui sont faits en Europe, des raisons d’espérer », a déclaré François Hollande.
Les mesures sont connues : utilisation à plein des fonds structurels, 60 milliards d’euros de prêts supplémentaires de la Banque européenne d’investissements (BEI), project bonds de 4,5 milliards d’euros, garantie pour les jeunes chômeurs à hauteur de 6 milliards d’euros.
Mais ces bonnes intentions sont trahies par le dialogue de sourds habituel entre les Etats et la Commission. « La mise en oeuvre du pacte de croissance par les Etats est trop faible et trop lente », s’est plaint le président de la Commission José Manuel Barroso.
« Non, ce n’est pas de la responsabilité des Etats. C’est de la responsabilité de l’Europe », a vaguement éludé François Hollande. Dans son entourage, on évoque la publication encore très fraîche, par la Commission, des règles régissant les project bonds.
Celle-ci préparera par ailleurs un rapport avec la BEI dans les prochains mois sur les investissements dans les infrastructures, les PME, l’énergie, l’économie numérique, la recherche et l’innovation.
Les sujets les plus brûlants ont été laissés à l’agenda du sommet de juin, malgré les réticences de l’Allemagne. En campagne électorale, le pays à cherché à repousser l’échéance.
Un accord reste à trouver sur un système de mutualisation de la garantie des dépôts, de résolution des faillites bancaires, ainsi que sur les critères de recapitalisation directe des banques par le mécanisme européen de stabilité.