À Bruxelles, Giorgia Meloni serait « isolée » et snobée par Ursula von der Leyen

Le gouvernement de la Première ministre italienne Giorgia Meloni serait plus isolé que jamais au niveau européen, a confié à Euractiv une eurodéputée du parti italien Mouvement 5 étoiles (M5S).

EURACTIV Italie
Belgium EU Summit
La Première ministre italienne Giorgia Meloni, à droite, s’entretient avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. [OMAR HAVANA / AP]

Le gouvernement de la Première ministre italienne Giorgia Meloni serait plus isolé que jamais au niveau européen, a confié à Euractiv une eurodéputée du parti italien Mouvement 5 étoiles (M5S, groupe de La Gauche).

Les partis du gouvernement de Giorgia Meloni « sont de plus en plus isolés en Europe », a expliqué l’eurodéputée du M5S Valentina Palmisano (La Gauche, GUE/NGL), ajoutant que le groupe du parti Fratelli d’Italia de la Première ministre, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), « fait l’objet d’un examen minutieux en Europe ».

« Non seulement Ursula von der Leyen les snobe, mais elle a également affirmé qu’elle ne négocierait pas leur programme », a déclaré l’eurodéputée.

La coalition au pouvoir en Italie est composée du parti Fratelli d’Italia (CRE), de Forza Italia (Parti populaire européen, PPE) et de La Lega (Patriotes pour l’Europe, le nouveau groupe d’extrême droite au sein de l’hémicycle européen).

Entre La Lega, qui est tenue à distance à l’échelon européen en raison du « cordon sanitaire » qui prévaut pour le groupe des Patriotes pour l’Europe et les Fratelli d’Italia, qui « s’est vu retirer la présidence de la commission de la Justice à laquelle elle avait droit avec la méthode D’Hondt », la situation n’est pas de bon augure pour le gouvernement italien.

Le groupe CRE a récemment demandé à présider la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE), mais les groupes progressistes de l’UE, à savoir les Socialistes et Démocrates européens (S&D), Renew (libéraux), Les Verts, La Gauche (GUE/NGL) et une partie du PPE, ont promis de faire « tout leur possible » pour les empêcher de l’obtenir.

« Cela montre que l’Europe ne fait pas confiance au gouvernement Meloni, et ce à juste titre. Il aurait été absurde de confier la commission parlementaire chargée de la lutte contre la corruption à ceux qui votent en Italie pour supprimer le délit d’abus de pouvoir avec le projet de loi Nordio », a ajouté Valentina Palmisano.

La loi Nordio, approuvée mercredi (10 juillet), introduit des changements importants dans le système judiciaire italien. Elle abolit notamment le délit d’abus de pouvoir, modifie le délit de trafic d’influence et restreint la publication des écoutes téléphoniques par les journalistes.

Soutien à la candidature d’Ursula von der Leyen

Pour être réélue par le Parlement européen lors d’un vote qui aura lieu le 18 juillet, Ursula von der Leyen compte sur le soutien de son parti, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, mais également des Socialistes et Démocrates européens (S&D) et des libéraux de Renew, qui se sont tous les trois engagés à former une coalition centriste pro-UE au cours de la prochaine législature.

Le PPE dispose de 188 sièges, les socialistes de 136 et les libéraux de 76, ce qui lui assure une majorité de 400 sièges sur les 720 que compte l’hémicycle européen.

Cependant, étant donné que le vote du 18 juillet se fera à bulletins secrets, le PPE a déjà anticipé qu’il pourrait potentiellement perdre des votes de certains membres des groupes de cette coalition.

Face à ces incertitudes, le 1er juillet, Ursula von der Leyen cherche donc du soutien ailleurs pour sa reconduction à la barre de l’exécutif européen.

Si elle a rencontré les Verts (53 sièges), la présidente sortante a toutefois souligné lors d’une réunion avec le groupe Renew mercredi qu’il n’y aurait pas de coopération structurelle avec les Conservateurs et Réformistes (78 sièges), selon des sources présentes à la réunion.

Interrogé par Euractiv, le cabinet de Giorgia Meloni n’a pas souhaité commenter la situation.

En outre, lors de ses rencontres de mardi et mercredi avec les groupes S&D et Renew, Ursula von der Leyen a présenté son programme pour la législature à venir, écouté leurs demandes et cherché à obtenir leur soutien pour le vote de jeudi (18 juillet).

Pour les deux groupes, ce soutien est conditionné à l’absence d’alliance avec les partis d’extrême droite.

« Je pense que l’ordre dans lequel [Ursula] von der Leyen s’est rendue cette semaine dans les quatre groupes politiques est également très clair […] Je pense que cet ordre est déjà révélateur de ses intentions », a souligné mercredi le coprésident du groupe des Verts/ALE, Bas Eickhout. Le groupe CRE sera le dernier à être consulté, puisque Ursula von der Leyen rencontrera ses chefs la semaine prochaine.

Le leader de Forza Italia et partenaire de coalition de Giorgia Meloni, Antonio Tajani, soutenait jusqu’à récemment une collaboration de son groupe européen, le PPE, avec le groupe CRE, tout en excluant les Verts.

Bien que Giorgia Meloni n’ait jamais explicitement indiqué que les eurodéputés de son parti soutiendraient la réélection d’Ursula von der Leyen lors du vote au Parlement européen, elle a néanmoins réitéré à plusieurs reprises que l’Italie devait être reconnue dans un rôle « qui lui revient de droit sans que nous ayons à le mendier ».

Ursula von der Leyen devrait rencontrer les CRE mardi prochain (16 juillet), mais selon certaines sources, il s’agira d’une réunion d’information sur les projets de la prochaine législature, sans intention de conclure un quelconque accord de coopération pour la prochaine législature.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]