600 millions d’euros du Fonds européen pour la relance dans les poches de quelques entreprises grecques
Près de 622 millions d’euros de prêts au titre du Fonds pour la relance reçus par la Grèce ont jusqu’à présent fini dans les mains de quelques grandes entreprises, au détriment de plus petites entreprises.
Près de 622 millions d’euros de prêts au titre du Fonds pour la relance reçus par la Grèce ont jusqu’à présent fini dans les mains de quelques grandes entreprises, au détriment de plus petites entreprises. C’est ce qu’a révélé une enquête journalistique, confirmant des informations précédemment rapportées par EURACTIV.
Le journal Documento a rapporté que 622 millions d’euros de prêts avaient été absorbés par 13 entreprises riches et une société de conseil.
« Il s’agit de fonds détenus par un total de 14 hommes d’affaires qui pourraient obtenir des prêts bancaires s’ils le souhaitaient, alors qu’en parallèle, ils affichent des bénéfices très élevés et n’ont donc pas besoin des prêts européens bon marché, qui sont garantis par l’État grec », rapporte le journal.
Il souligne toutefois qu’il est normal que les géants des affaires qui contribuent de manière significative au PIB du pays profitent du Fonds pour la relance pour accompagner leurs transitions digitale et écologique.
Cependant, selon l’enquête, il est « surprenant » qu’aucun financement n’ait été alloué jusqu’à présent au secteur de l’agriculture ou de l’élevage ou aux petites entreprises qui ont vu leurs revenus diminuer de manière spectaculaire après la pandémie.
Cette information confirme des révélations d’EURACTIV qui soulignaient les inquiétudes des responsables européens concernant la distribution des financements du Fonds pour la relance en Grèce.
« Ils craignent que le gouvernement actuel soit victime d’une forte pression et d’engagements envers un groupe fermé d’hommes d’affaires grecs », rapportait EURACTIV Grèce en février 2022.
« Il s’agit d’un cercle vicieux qui ne permet pas à l’économie de s’ouvrir aux investissements européens et étrangers », a déclaré EURACTIV Grèce en citant une source fiable.
Dans un commentaire étonnamment fort pour les normes de la Commission européenne, le porte-parole en chef de l’institution Eric Mamer avait affirmé : « [nous] ne nous abaisserons pas à commenter une histoire aussi ridicule et complètement infondée ».
En juillet 2021, EURACTIV.com a rapporté que plusieurs États membres de l’UE avaient demandé au gouvernement grec des éclaircissements sur la sélection des entreprises qui bénéficieraient des prêts bon marché du plan de relance post-pandémique.
L’information a été confirmée, car la Grèce a été le seul État membre de l’UE contraint de modifier son plan national de relance avant l’approbation officielle.
Une source européenne bien informée avait déclaré qu’il fallait craindre que l’État grec ne donne la priorité à des investissements « sûrs » — pour lesquels les banques accorderaient un prêt de toute manière — plutôt qu’à des investissements plus risqués dans des secteurs et des PME qui avaient été durement frappés par la pandémie.
Le 21 mai, la Grèce organisera des élections nationales et le débat sur la gestion de l’argent du Fonds pour la relance de l’UE s’est intensifié.
Le parti socialiste grec (Pasok), qui occupe la troisième place dans les sondages et devrait jouer le rôle de faiseur de rois, a indiqué que le prochain gouvernement de coalition devrait allouer 8 à 10 % des ressources du Fonds pour la relance à la santé et aux infrastructures sociales.
Le leader du parti, Nikos Androulakis, s’en est pris au parti au pouvoir, celui de la Nouvelle Démocratie, en déclarant qu’il avait alloué moins de 5 % des ressources totales aux soins de santé, alors qu’en Italie et dans d’autres pays du sud de l’Europe, le financement avait été deux fois plus important.
Pour sa part, le principal parti d’opposition, Syriza (Gauche européenne), s’est engagé à « réorienter » les fonds de l’UE vers les secteurs qui en ont réellement besoin.
En juillet 2022, la majorité du parti au pouvoir a rejeté une proposition du leader de Syriza, Aléxis Tsípras, visant à mettre en place une commission parlementaire interpartis pour contrôler la distribution des fonds.