2024, une année décisive pour la défense européenne ?

La politique de défense devra jouer des coudes pour rester au sommet des priorités de l’UE en 2024, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième année, que le conflit au Moyen-Orient s’aggrave, et que la moitié de la population mondiale en âge de voter est appelée aux urnes.

Euractiv.com
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Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg (à gauche), et le Haut responsable de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, Josep Borrell (à droite). [[EU Council]]

La politique de défense devra jouer des coudes pour rester au sommet des priorités de l’UE en 2024, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième année, que le conflit au Moyen-Orient s’aggrave, et que la moitié de la population mondiale en âge de voter est appelée aux urnes.

La Commission européenne prépare actuellement sa première stratégie globale pour l’industrie de la défense, alors que le continent commence sérieusement à réfléchir à ce dont il pourrait avoir besoin si la guerre devait s’étendre jusque dans l’UE.

De son côté, l’OTAN, qui célèbre cette année son 75e anniversaire, alors que la guerre fait rage à ses frontières, souhaite se concentrer sur son objectif initial, qui est à nouveau au centre des préoccupations.

Toutefois, à la veille d’une douzaine d’élections clés en Occident et dans le monde, dont une course aux postes les plus importants au sein de l’UE dont l’issue déterminera l’orientation des institutions européennes pour prochaines années, les responsables de la politique de défense du bloc risquent d’être confrontés à de sérieux défis pour maintenir celle-ci en tête des priorités de l’Union.

Des ambitions à la hauteur

Le principal objectif de la Commission européenne pour les mois à venir sera de maintenir l’élan de soutien à l’Ukraine après l’invasion de la Russie, qui a déclenché une vague d’investissements dans l’industrie de la défense de l’UE pour la production et les achats, ainsi qu’une pression pour que les États membres agissent ensemble plutôt que séparément.

L’UE dispose aujourd’hui de quelques outils et financements pour encourager les achats conjoints et la production de munitions, mais ces instruments expireront en 2025, soit trois ans avant l’établissement du prochain budget pluriannuel de l’UE.

Il s’agit maintenant de « construire un pont » entre la fin du soutien de l’UE à l’industrie et le prochain budget, avait déclaré Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur également en charge du portefeuille de la défense, en octobre dernier.

La Commission étudie à présent la possibilité de mettre en place une stratégie industrielle de défense européenne (EDIS) et un programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP), qui devraient tous deux être présentés le 27 février, afin de faciliter la coopération transfrontalière en matière de production, d’achat et de propriété d’armes et de créer un véritable marché européen de la défense.

Des questionnaires envoyés à l’industrie européenne, aux États membres de l’UE et à différents acteurs du secteur ont permis de faire émerger une série d’idées, comme l’avait rapporté Euractiv le mois dernier, dans le but d’alimenter l’élaboration de la stratégie.

En outre, Thierry Breton a affirmé être conscient de la nécessité d’un fonds de 100 milliards d’euros pour stimuler la coopération en matière de défense.

Parallèlement, les prochains mois qui nous diront si l’augmentation des investissements dans la défense nationale se poursuivra et se concrétisera par l’acquisition de capacités de défense.

Les États membres de l’UE examineront l’efficacité de la Coopération structurée permanente (CSP) et la Commission européenne devra s’expliquer sur l’opacité du Fonds européen de défense (FED).

Toutes ces discussions resteront influencées par la situation en Ukraine et les répercussions de la guerre menée par la Russie dans le pays.

Les États membres de l’UE devront se prononcer sur l’avenir de la Facilité européenne pour la paix (FEP) après que les dirigeants de l’Union ont reporté l’accord visant à augmenter le montant du fonds utilisé pour rembourser leurs dons à l’Ukraine, certains pays souhaitant modifier les modalités du fonds.

De son côté, l’Ukraine attend le million de munitions promises par l’UE qui devraient lui être fournies d’ici le mois de mars.Cependant, d’après certains responsables de l’UE, il est fort probable que Bruxelles n’atteindra pas son objectif dans les temps. Ce constat remet en question la pertinence de l’Agence européenne de défense (AED) en tant qu’agent d’approvisionnement, après que l’Allemagne a émis des critiques à son encontre.

Lors des élections européennes de juin prochain, les politiques d’investissement de l’Union en matière de défense pourraient être contestées, car les responsables politiques devront justifier des investissements importants dans les forces armées ukrainiennes alors que la guerre se poursuit cette année encore.

Les citoyens qui se rendront aux urnes mettront probablement en avant des questions essentielles telles que la gestion des migrations, le coût de la vie et la lutte contre le changement climatique, et non celle d’une armée européenne.

Après l’été, la question sera de savoir s’il faut nommer ou non un commissaire à la Défense à part entière, afin de faire de l’UE un acteur sérieux dans le domaine de la défense.

Le « bon vieil » OTAN

L’OTAN, quant à elle, devrait connaître une année de renouveau, sous la conduite d’un nouveau secrétaire général. En revanche, c’est également de l’incertitude qui devrait marquer cette année, en raison de l’élection présidentielle aux États-Unis, le plus gros contributeur de l’organisation.

Selon les derniers sondages, il n’est pas improbable que la plus grande puissance militaire de l’OTAN et le plus grand investisseur dans la sécurité transatlantique élise un nouveau président hostile à l’OTAN, l’ancien président républicain Donald Trump, ou un nouveau candidat du même acabit.

Dans son programme de campagne pour 2024, Donald Trump a souligné qu’il souhaitait « terminer le processus que nous avons entamé sous mon administration, c’est-à-dire réévaluer fondamentalement l’objectif et la mission de l’OTAN », après avoir passé son dernier mandat à menacer de réduire le soutien militaire américain à l’Europe si celle-ci n’assumait pas une plus grande part du fardeau.

 

Presque tous les membres de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses de défense et se sont engagés, lors du sommet de Vilnius, à consacrer 2 % de leur PIB à la défense (à l’exception du Luxembourg). Tout comme l’UE, l’alliance militaire s’efforcera d’inciter l’industrie à augmenter sa production, notamment sur la base de son plan d’action. Quatre pays ont fait appel à l’Agence de soutien et d’acquisition de l’OTAN (NSPA) pour acquérir conjointement des missiles Patriot américains.

L’OTAN continuera à chercher un équilibre entre le soutien à l’Ukraine et la prévention d’un conflit direct avec la Russie.

L’alliance militaire occidentale ne fournit que des équipements de défense non létaux, et laisse à ses membres le choix en ce qui concerne le don bilatéral d’équipements létaux. Cependant, des morceaux de drones, d’obus et d’autres équipements utilisés dans le cadre de la guerre risquent de tomber à l’intérieur des frontières hautement protégées de l’OTAN, ce qui pourrait remettre en question cette position délicate.

D’ici au sommet du 75e anniversaire de l’OTAN, qui se tiendra à Washington en juillet, les 300 000 soldats prévus pour assurer la protection de l’alliance devraient être prêts, et le nom du prochain secrétaire général de l’OTAN devrait être connu.

Nombreux sont ceux qui espèrent que la Suède sera alors un membre à part entière de l’organisation, sachant que les parlements turc et hongrois doivent encore donner leur feu vert.

D’autres questions, telles que les problèmes posés par la Chine sur le territoire de l’OTAN en raison de son implication dans certaines infrastructures critiques et des risques d’attaques contre ces dernières, occuperont également une place privilégiée dans l’ordre du jour durant l’année à venir.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]