2023 marque « le début de la fin de l’ère fossile », selon un rapport

2023 marquera le début du déclin des combustibles fossiles, après le pic des émissions mondiales d’électricité en 2022, selon un nouveau rapport publié mercredi (12 avril) par le groupe de réflexion sur l’énergie Ember.

Euractiv.com
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Le rapport révèle que la production mondiale d’électricité en 2022 a été la plus propre jamais enregistrée, avec une croissance record de l’énergie éolienne et solaire, à hauteur de 12 % de la production globale. [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/g/Engineerstudio" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock / Engineer studio</a>]

2023 marquera le début du déclin des combustibles fossiles, après le pic des émissions mondiales d’électricité en 2022, selon un nouveau rapport publié mercredi (12 avril) par le groupe de réflexion sur l’énergie Ember.

« Cette décennie décisive pour le climat marque le début de la fin de l’ère fossile. Nous entrons dans l’ère de l’énergie propre », a déclaré l’autrice principale de l’étude, Małgorzata Wiatros-Motyka.

Le Global Electricity Review d’Ember a analysé les données sur l’électricité de 78 pays représentant 93 % de la demande mondiale d’électricité. Le rapport révèle que la production mondiale d’électricité en 2022 a été la plus propre jamais enregistrée, avec une croissance record de l’énergie éolienne et solaire, à hauteur de 12 % de la production globale.

L’énergie solaire est la source qui connaît la plus forte croissance, avec une augmentation de 24 %. Au total, les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire représentent 39 % de la production mondiale d’électricité.

Ember a souligné le rôle de l’énergie éolienne et solaire dans le passage à une nouvelle ère d’énergie propre et de baisse des émissions du secteur de l’électricité, malgré l’augmentation des émissions en 2022 causée par la guerre en Ukraine et la baisse des approvisionnements en gaz russe bon marché.

« Bien qu’il soit regrettable que la production d’électricité fossile ait atteint un niveau record en 2022, on peut voir que l’éolien et le solaire contribuent déjà à réduire les émissions », a déclaré Dave Jones, responsable des analyses de données chez Ember.

« Très bientôt, l’éolien et le solaire feront entrer le monde dans une nouvelle ère, une ère de baisse de la production d’électricité fossile et donc de baisse des émissions du secteur de l’électricité », a-t-il ajouté.

Le rapport suggère que les énergies éolienne et solaire peuvent fournir jusqu’à 75 % de l’augmentation de l’énergie propre d’ici à 2050, grâce à leur coût inférieur à celui des combustibles fossiles.

L’UE s’aligne sur l’objectif de l’accord de Paris

En Europe, la transition vers l’énergie éolienne et solaire se fait plus rapidement que la moyenne mondiale. En effet, l’éolien et le solaire représentaient 22 % de la production d’électricité européenne en 2022, contre seulement 13 % en 2015.

Au niveau mondial, la part de l’éolien et du solaire est passée de 4,6 % à 12,1 % au cours de la même période, indique le rapport.

Pourtant, les émissions du secteur de l’électricité dans l’UE ont augmenté de 2,8 % l’année dernière par rapport à 2021. Cette augmentation est principalement due à une baisse de la production nucléaire — due à des travaux de maintenance en France et à des fermetures de centrales en Allemagne — ainsi qu’à une baisse de la production hydroélectrique causée par des sécheresses. Ces lacunes ont été partiellement remplacées par le charbon et le gaz.

La demande croissante de charbon en Europe en 2022 est également due à la guerre en Ukraine et à la nécessité de réduire sa consommation de gaz à la suite de la décision de la Russie de diminuer ses approvisionnements en Europe, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié en décembre dernier.

Cependant, l’UE a maintenu le cap et a même décidé d’accélérer sa transition écologique en fixant de nouveaux objectifs ambitieux pour le déploiement des énergies renouvelables à l’horizon 2030.

« L’année 2022 restera dans les annales comme un tournant dans la transition énergétique. En raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et de la crise énergétique mondiale, de nombreux gouvernements ont repensé leur dépendance aux combustibles fossiles », a déclaré M. Jones.

Pour parvenir à un secteur de l’électricité à émissions nettes nulles d’ici 2035, l’UE devrait produire 70 à 80 % de son électricité à partir de l’énergie éolienne et solaire, et moins de 5 % à partir du gaz, d’après une modélisation réalisée par Ember.

Le rapport estime que 2023 verra une baisse record des combustibles fossiles dans l’UE. En 2030, seulement 17 % de l’électricité de l’UE proviendra des combustibles fossiles, tandis que la majorité de la région aura progressivement abandonné le charbon, selon les plans nationaux.

« Le secteur de l’électricité de l’UE est en bonne voie pour atteindre une trajectoire alignée sur 1,5 °C », soit l’objectif fixé par l’Accord de Paris, selon le rapport.

L’UE « ne peut pas se permettre de se reposer sur ses lauriers »

Si l’Europe a été à la pointe de la révolution des énergies renouvelables, elle est désormais dépassée par l’Océanie, tandis que l’Amérique du Nord et l’Asie rattrapent rapidement leur retard, selon l’étude.

« L’UE s’est lancée très tôt dans la course aux énergies renouvelables, mais à mesure que le monde s’accélère, elle ne peut pas se permettre de se reposer sur ses lauriers », a déclaré Sarah Brown, responsable du programme Ember Europe.

« L’Europe a connu une année 2022 extrêmement difficile, mais elle devrait maintenant saisir l’opportunité de doubler le déploiement des énergies renouvelables et de rester à l’avant-garde de la transition mondiale vers une économie propre et prospère », a-t-elle ajouté.

Les minéraux stratégiques sont un « faux problème »

Le rapport ne mentionne pas les minéraux stratégiques ni l’intermittence de la production d’énergie éolienne et solaire, qui sont souvent cités comme des obstacles à la transition vers les énergies renouvelables.

Il n’aborde pas non plus la question des minéraux stratégiques — tels que le cuivre, le lithium, le nickel, le cobalt et les terres rares — qui sont des composants essentiels de nombreuses technologies d’énergie propre et pour lesquels l’Europe est actuellement fortement dépendante des importations.

Pour y remédier, la Commission a proposé en mars dernier une loi sur les matières premières critiques afin de garantir l’accès de l’UE à un approvisionnement sûr et abordable en minerais essentiels nécessaires aux transitions verte et numérique.

Toutefois, certains experts ne s’inquiètent pas de cette situation, estimant qu’il s’agit d’un « faux problème ».

« Il est assez intéressant de constater que cette analyse ne mentionne nulle part les minéraux ou l’intermittence, alors que c’est ce dont les gens me parlent tout le temps. Et la raison pour laquelle ils n’en parlent pas est que ce n’est pas du tout un obstacle », a déclaré Kingsmill Bond, directeur principal à l’Institut Rocky Mountain aux États-Unis.

De nombreuses dépendances minérales peuvent être résolues grâce aux technologies actuelles, a assuré M. Bond, affirmant qu’il s’agit de « faux problèmes » introduits dans le débat par les exploitants de combustibles fossiles qui tentent de ralentir la transition écologique.