Une association libérale française défend la "directive Bolkestein" [FR]

Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, Sabine Herold, porte-parole de l'association libérale "Liberté Chérie", dénonce la "campagne mensongère" menée par les responsables politiques et les médias français à l'encontre de la proposition de directive Bolkestein sur les services.

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Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, Sabine Herold, porte-parole de l’association libérale « Liberté Chérie », dénonce la « campagne mensongère » menée par les responsables politiques et les médias français à l’encontre de la proposition de directive Bolkestein sur les services.

Liberté Chérie est une association libérale lancée en février 2001. Elle est apparue au grand public en juin 2003 à l’occasion d’une grande manifestation à Paris contre les grèves et le poids du secteur public en France. Sabine Herold, 24 ans, étudiante à Sciences Po puis HEC en est rapidement devenue la porte parole et Vice-Présidente, avec de fréquentes interventions dans les médias. Liberté chérie est associée au Lisbon Council, think tank lancé récemment à Bruxelles, qui soutient le processus européen du même nom (voir EURACTIV, 
15 mars 2005
). Pour d’autres réactions d’ONGs et fédérations sur le Sommet de printemps, voir EURACTIV, 
24 mars 2005
).

Le Sommet de printemps sur la stratégie Lisbonne vient de s’achever. Que pensez vous de la déclaration finale ? Quelles sont vos recommandations aux dirigeants européens ?

La remise à l’ordre du jour de l’agenda de Lisbonne est assurément une bonne nouvelle, qui ne saurait malheureusement compenser certaines régressions comme la fin de toute règle en matière de déficit public, concessions faites aux dirigeants politiques nationaux incapables de réduire leurs dépenses publiques. Le reste n’est que pétition de principes.

Réformer nos vieilles structures étatiques est aujourd’hui une nécessité sans quoi le déclin sera inexorable. L’Europe doit rester cette force réformatrice qui a permis, en particulier en France, de mettre fin aux monopoles nationaux.  

Si le politique n’a pas un impact suffisant, ne faudrait-il pas changer de stratégie, impliquer les acteurs sociaux et économiques ? Et dans ce cas, faire des compromis par rapport aux objectifs de changement que vous soutenez ?

Comme l’expliquait M. Barroso dans son discours du 14 mars devant le Lisbon Council, s’il importe d’être souple dans les moyens, il faut être ferme sur les principes. L’objectif d’une Europe dynamique, aux Etats réformés qui ne laissent plus aux générations futures une facture fiscale monstrueuse, ne peut être négocié.

La société civile doit être davantage entendue. Aujourd’hui seuls les antimondialistes et conservateurs se font aujourd’hui entendre. Les hommes politiques doivent savoir écouter la majorité silencieuse. 

La France est l’un des premiers pays exportateurs de services, et possède actuellement un gouvernement de centre droit. N’est-il pas paradoxal que le Président Chirac – de la même famille politique – mène le combat contre la directive Bolkestein sur la libéralisation des services ? Prévoyez-vous un retour au texte d’origine après le referendum français et avant le referendum anglais ?

Le Président Chirac n’en est plus à un combat d’arrière garde près. Vous le dites de centre-droit, moi, je ne sais où le situer étant donné qu’il prône l’impôt mondial, une taxe sur les billets d’avion, la défense des monopoles nationaux. 

La France, comme tous les pays de l’Union Européenne bénéficieront de la fin des barrières à la libre circulation des services, comme ils ont bénéficié de la libre circulation des marchandises.

Le retrait (temporaire je l’espère) de la directive services est vraiment très regrettable. Quant à un retour de cette directive (non dénaturée), je l’espère vivement.

A notre connaissance, il n’y a pas eu, dans d’autres pays européens, une manifestation aussi grande que la manifestation anti-grèves, votre ‘mythe fondateur’ de 2003. Or la France est perçue comme très attachée au secteur public. Pourquoi cette révolte justement en France ?

Les Français ne supportent plus aujourd’hui d’être les otages permanents du  » dialogue social « . La moindre réformette gouvernementale provoque l’ire d’organisations syndicales ultra-minoritaires (seuls 7% des travailleurs français sont syndiqués) qui profitent de leur pouvoir de nuisance pour bloquer le pays. Les Français ne se reconnaissent pas dans les manifestants, fonctionnaires protégés, qui défendent des privilèges catégoriels. 

En juin 2003, 80 000 personnes se sont réunies à notre appel pour réclamer la fin des grèves (transports, poste, écoles) et demander davantage de réformes pour notre pays.

Vous soutenez – contre la majorité de l’opinion en France – la directive Bolkestein. Allez-vous organiser une manifestation des usagers pour des services moins chers et plus performants, y compris importés ?

Le retrait de la directive est présenté en France comme une  » victoire  » du Président Chirac. Il faut dire qu’une véritable campagne mensongère avait été lancée en France contre la libéralisation des services. Les mensonges les plus ridicules ont été véhiculés dans l’ensemble des médias français, par des hommes politiques et journalistes de droite comme de gauche. A croire qu’aucun n’avait lu le texte, ou que tous souhaitaient exacerber les peurs des Français. 

Organiser une manifestation en faveur de cette directive n’est pas à l’ordre du jour de Liberté Chérie dans la mesure où la directive a été repoussée. Cependant, notre action de fond en faveur des réformes libérales en France continue avec toujours davantage de force. Il ne se passe plus une semaine sans que dans une ville de France, Liberté Chérie réalise une distribution de tracts, une réunion, un passage média en faveur des réformes. 

Quant à un rassemblement de grande ampleur, nous sommes aujourd’hui capables de l’organiser de manière simultanée dans 16 villes de France. Cependant, comme la démocratie ne doit pas se jouer dans la rue, nous n’organiserons une telle manifestation qu’en dernier recours.

Lors de la manifestation contre la directive Bolkestein, à Bruxelles le samedi 19 mars, il y avait beaucoup de délégations syndicales d’Europe Centrale. Comment l’expliquez-vous, alors qu’elle est présentée comme la délocalisation vers ces pays de certains services occidentaux ? Les pays sortis d’eux-mêmes du communisme et de la bureaucratie veulent-ils aussi préserver leur propre secteur public de la libéralisation ?

Je ne crois pas qu’il faille choisir comme baromètre politique les manifestants. Les syndicats (mis à part en Europe du Nord) ne représentent qu’une minorité de personnes. Minoritaires et non élus, ils ne sont pas les interlocuteurs les plus légitimes.

Cependant, les peurs sont nombreuses, tout comme ceux qui aiment les diffuser pour défendre leurs intérêts. Les administrations ne sont pas concernées par la directive service. Les services de proximité (plombier, coiffeur) ne seront pas touchés dans les faits car non délocalisables. Les services véritablement concernés sont les services à haute valeur ajouté facilement délocalisables (avocat, agence de communication, architecte). Pour ce type de services, le consommateur à tout à gagner à un accroissement de la concurrence.

Vous êtes favorable au ‘oui’ pour le referendum sur la constitution. Ce soutien ne risque-t-il pas de renforcer les craintes de ceux qui craigne une Europe ultra-libérale ? A l’inverse, soutenez-vous réelement la multitude d’obligations sociales – non financées actuellement au plan européen – que la nouvelle Constitution pourrait engendrer ?  

L’association Liberté Chérie a décidé de ne pas se positionner sur cette question. De nombreux libéraux se prononcent en faveur de ce texte car l’Europe a jusqu’à présent été un moteur majeur des réformes en France ; d’autres craignent la création d’une superbureaucratie à l’échelon européen. Liberté Chérie n’étant pas un parti mais une association, nous avons décidé de publier des articles présentant les différentes positions libérales, sans donner de consigne de vote.

D’un point de vue personnel, je fais partie du premier groupe de libéraux : les optimistes. La constitution Européenne est un traité nécessaire (qui apporte une simplification juridique nécessaire), mais une mauvaise constitution. 

Le pacte de stabilité a été considérablement affaibli concernant la limitation des déficits publics. C’est présenté comme une victoire franco-allemande. C’est une bonne nouvelle pour les entreprises, qui pourront être aidées plus, ou une mauvaise nouvelle ?

La fin de la limitation du déficit public ne peut être une bonne nouvelle ni pour les entreprises, ni pour les citoyens, ni pour nos partenaires de la zone euro. 

Un dérapage du déficit implique presque mécaniquement un dérapage de la dette publique. En France, la dette atteint 1 000 Milliards d’Euros. C’est une hypothèque sur l’avenir. La génération au pouvoir vie aux dépens des générations suivantes à qui elle laisse le financement de ses retraites, de la sécurité sociale et de la dette.

Les entreprises ne seront pas plus gagnantes. Comme le disait Bastiat, l’argent public ne tombe pas d’un rayon de lune. Il provient de quelque part : les contribuables, entreprises ou particuliers. Pour une entreprise aidée, combien seront plombées par la fiscalité et les distorsions de concurrence ?

Enfin, avec l’Euro, ce sont nos partenaires européens vertueux qui paieront aussi la facture de notre déficit : les taux d’intérêts resteront bien supérieurs aux taux américains. 

Nos dirigeants qui n’osent entamer les nécessaires réformes qui permettront de réduire les dépenses publiques sont d’une incroyable irresponsabilité.

Une question plus personnelle, sur vos ambitions professionnelles. Vu votre bagage académique et surtout votre notoriété  et votre expérience des médias, vous allez vous lancer en politique ?

Je fais déjà de la politique au sein de Liberté Chérie. La société civile est trop peu organisée en France et je trouve essentiel ce rôle de porte voix joué par Liberté Chérie. Nous aidons les Français à prendre conscience des blocages de notre société et faisons campagne pour réformer ce pays. Voilà la vraie politique ! Je crois en notre action et ne suis pas prête à l’abandonner.