Un rejet du Bundestag est "difficilement imaginable"
Selon ce spécialiste des politiques européennes à l’Institut Franco-allemand, le Bundestag ne devrait pas s’opposer à un élargissement des compétences du Fonds européen de stabilité financière. Mais les parlementaires pourraient exiger un encadrement de l’utilisation des crédits.
Selon ce spécialiste des politiques européennes à l’Institut Franco-allemand, le Bundestag ne devrait pas s’opposer à un élargissement des compétences du Fonds européen de stabilité financière. Mais les parlementaires pourraient exiger un encadrement de l’utilisation des crédits.
Alors que le Bundestag doit statuer le 29 septembre sur l’élargissement des compétences du Fonds européen de stabilité financière (FESF), Angela Merkel se trouve fragilisée dans son propre camp et pourrait avoir du mal à s’assurer une majorité parlementaire.
Le CSU, la branche bavaroise du parti chrétien-démocrate de la chancelière (CDU), est résolument opposé à la mise en place d’un gouvernement économique et un ministre des Finances européen. Il va même jusqu’à proposer que les États membres qui ne réduiraient pas suffisamment leurs déficits en dépit des avertissements de l’Union européenne soient exclus de la zone euro.
Peut-on envisager que le Bundestag rejette la modification du statut du FESF?
La majorité de la chancelière est en jeu, mais cette proposition est d’une telle importance et d’une telle urgence qu’on peut difficilement imaginer un rejet.
Les socialistes ont déjà annoncé qu’ils voteraient pour. Si la majorité au pouvoir reste très divisée, le SPD proposera un vote responsable. En revanche, on peut imaginer assez aisément que les parlementaires réclameront certaines modifications.
Les questions européennes n’ont jamais fait l’objet d’une vraie politisation en Allemagne et il n’y a jamais eu de référendum sur la politique européenne. Avec la crise actuelle, c’est en train de changer.
La classe politique est marquée par des prises de position très extrêmes. Dans ce contexte, la perspective d’un débat parlementaire est une bonne chose puisque cela va permettre une rationalisation et une responsabilisation du débat politique.
Le 29 septembre devrait être l’occasion pour le Bundestag de rappeler son soutien à la construction européenne et d’affirmer la position de l’Allemagne en Europe.
Quelles modifications les parlementaires pourraient-ils demander ?
Ils vont essayer de trouver un compromis qui aille dans le sens des politiques déjà adoptées et d’un sauvetage de l’euro tout en rappelant la nécessité de préserver les droits souverains au niveau national.
Le Parlement est tout à fait conscient qu’il ne peut pas se mêler de la gestion au jour le jour du Fonds de secours européen. Reste à savoir quel pouvoir on veut bien lui accorder. Il faut trouver un moyen d’instaurer un contrôle des crédits attribués par l’Allemagne par l’intermédiaire de ce Fonds. Ce contrôle devra se faire au niveau européen.
Le rôle des parlements nationaux est de s’assurer que cet accord qui permettra au Fonds de stabilité d’exercer son mandat (de prêteur en dernier ressort, ndlr) garantit aussi un contrôle efficace opéré par le Parlement européen.
Au-delà des tensions émanant de l’accord proposé lors du sommet européen du 21 juillet dernier, Angela Merkel fait-elle l’objet d’autres critiques en Allemagne ?
Le principal problème de la chancelière depuis le début de la crise européenne tient à son absence de stratégie de communication. Personne ne sait ce qu’elle souhaite vraiment pour l’Allemagne ni ce qu’elle attend de l’Europe et ça se ressent jusque dans les rangs de son propre parti. Elle pourrait plus facilement s’assurer de son soutien si elle rendait plus explicites ses intentions.
Ce n’est pas étonnant que les parlementaires prennent leurs responsabilités en exigeant des explications et qu’ils expriment leurs réticentes à s’engager davantage sans savoir exactement quelle est sa vision à plus long terme.