« Toucher des populations qui ne profitent pas de l’argent européen »
L’Union sociale pour l’habitat (USH) fait des propositions pour renforcer l’action de l’UE dans la rénovation thermique des logements. Son représentant à Bruxelles, Laurent Ghekiere, revient sur les grandes lignes du rapport qui doit être présenté à la Commission et au Parlement européen.
L’Union sociale pour l’habitat (USH) fait des propositions pour renforcer l’action de l’UE dans la rénovation thermique des logements. Son représentant à Bruxelles, Laurent Ghekiere, revient sur les grandes lignes du rapport qui doit être présenté à la Commission et au Parlement européen.
Les appels du gouvernement français à la diminution du budget de la politique régionale européenne vous inquiètent-ils ?
Le contexte actuel est délicat et relativement tendu. Nous n’avons pas de visibilité sur les fonds de cohésion, ce qui a contribué à enclencher notre action en direction du président de la Commission. A chaque vote sur le budget européen, des craintes émergent.
Mais dans la pratique, on constate que les évolutions sont marginales. La politique de cohésion reste fondamentale et il y a une relative continuité dans l’action. On ne compte pas sur une progression des crédits mais, au moins, sur un budget constant.
Vous souhaitez qu’un fonds dédié à la rénovation thermique du logement soit créé. Cette mesure ne ferait-elle pas doublon avec le Fonds européen de développement régional (Feder) qui finance déjà ce type de projets ?
Un propriétaire isolé ne va pas monter un dossier Feder seul, car c’est une procédure lourde. C’est la raison pour laquelle il faudrait un fonds plus facilement accessible, qui pourrait par exemple être financé par la Banque européenne d’investissement voire par le Feder, mais serait décliné au niveau national.
Quel serait le montant de ce fonds?
Il se chiffrerait en milliards d’euros. La rénovation de 50 000 logements sociaux sur 22 mois a déjà coûté 1 milliard d’euros en France, dont 200 millions provenant du Feder.
Tous ces projets de réhabilitation des logements auraient-ils pu être menés sans le coup de pouce de l’Europe ?
Ils auraient peut-être pu voir le jour, mais avec une ampleur moindre. Nous n’aurions pas eu l’engagement de toutes les parties prenantes (État, région, département etc.) qui contribuent habituellement aux projets financés par l’UE en complétant ce qu’apporte le Feder.
Les travaux auraient de plus abouti à une performance thermique moins exigeante alors que le Feder présente une garantie : il ne finance que les projets permettant aux logements d’atteindre la catégorie A (soit moins de 50 kWh/m2 consommés par an, ndlr).
En quoi consisterait concrètement la « formation aux ménages » sur la consommation d’énergie ?
Des actions sont déjà menées en ce sens pour transmettre les bons gestes lors de réunions de locataires HLM. Mais ces initiatives restent à petite échelle. Dans la future génération du Feder, nous souhaiterions donc qu’une partie soit mobilisée pour le volet formation.
Les conseils à donner aux ménages dépendent du type de logement. Lors de l’installation d’une pompe à chaleur par exemple, la ventilation a une dimension fondamentale. Typiquement, le locataire aura un mauvais réflexe, celui de boucher les trous pour éviter que l’air ne rentre.
La participation du Feder à ce genre de « coaching » est d’autant plus importante que la plupart des locataires que nous accompagnons ignorent que l’Europe participe à la rénovation de leur logement.
Il y a pourtant un gain de pouvoir d’achat à la clé, avec 40% de réduction moyenne de leurs dépenses de chauffage. On touche des quartiers et des populations qui ne profitent habituellement pas de l’Europe ou du marché intérieur et ne connaissent pas la mobilité professionnelle européenne.