Santé : l’eurodéputée écologiste Tilly Metz veut faire des besoins des patients une priorité

L’UE devrait donner la priorité aux besoins des patients plutôt qu’aux intérêts des grandes entreprises pharmaceutiques, a déclaré Tilly Metz, l’experte en santé du groupe des Verts/ALE au Parlement européen, lors d’un entretien avec Euractiv.

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L'eurodéputée Tilly Metz, du groupe des Verts/ALE. [Parlement européen/Philippe Buissin]

L’UE devrait donner la priorité aux besoins des patients plutôt qu’aux intérêts des grandes entreprises pharmaceutiques, a déclaré Tilly Metz, l’experte en santé du groupe des Verts/ALE au Parlement européen, lors d’un entretien avec Euractiv.

Le droit à un air pur, l’interconnexion de la santé environnementale et humaine et la promotion de la santé sont des priorités de campagne pour l’eurodéputée luxembourgeoise. La santé est également ce qui, selon elle, la distingue de la tête de liste du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D), Marc Angel, ajoutant : « Je suis la seule candidate luxembourgeoise à travailler sur la santé. »

Elle souligne que, pour les Verts, la santé ne peut être améliorée qu’en s’attaquant aux inégalités socio-économiques sous-jacentes.

En effet, pour eux, « la santé et la prévention des maladies sont des biens publics auxquels chacun a droit », et « le sous-investissement chronique et la privatisation du secteur des soins de santé ont mis les patients et les professionnels en danger ».

« Souhaitons-nous une Europe qui privilégie les besoins des patients ou les intérêts des grandes sociétés pharmaceutiques ? », s’est-elle interrogée. « Pour moi, le principal combat est celui de la santé publique, au-delà de la logique du profit financier. Je veux donner du pouvoir aux patients. »

Infrastructures de santé publique

La lutte contre la résistance aux antimicrobiens (RAM) est une autre priorité pour le groupe des Verts.

Tilly Metz propose que les défaillances du marché dans la recherche et le développement de nouveaux médicaments soient résolues en réorientant les fonds publics vers des initiatives qui « considèrent la santé publique [avant] le profit privé ».

La Luxembourgeoise a été l’une des premières à proposer la création d’un centre européen de recherche et de développement en santé, une idée qui a été intégrée à la résolution non législative du Parlement sur les leçons tirées de la pandémie de Covid. Cependant, la proposition n’a pas été adoptée en tant qu’amendement bien qu’elle ait reçu le soutien du groupe S&D et de La Gauche (GUE/NGL) lors du vote sur la règlementation pharmaceutique.

Aujourd’hui, l’idée bénéficie de nouveau du soutien du Parti socialiste européen (PSE), des Verts européens et de La Gauche européenne.

« Un organisme public de R&D est essentiel pour remédier à l’inégalité d’accès aux médicaments », insiste Mme Metz.

Autonomie stratégique et protection de l’environnement

Mme Metz, en tant que rapporteure fictive des Verts/ALE pour le « paquet pharmaceutique » concernant l’autorisation et surveillance des médicaments à usage humain et établissant et des règles régissant l’Agence européenne des médicaments (EMA), soutient la réduction de la protection des brevets afin de stimuler la concurrence sur le marché et de baisser les prix des médicaments.

Face aux critiques du Parti populaire européen (PPE), qui estime que les normes environnementales plus strictes des Verts pourraient entraîner la délocalisation des entreprises pharmaceutiques vers des juridictions disposant de moins de règlementation et où la production serait moins coûteuse, Mme Metz soutient que l’autonomie stratégique peut coexister avec la protection de l’environnement.

« À long terme, il sera plus coûteux de produire des médicaments essentiels en dehors de l’UE », affirme-t-elle.

Elle met aussi en avant le règlement pour une industrie « zéro net », qui permet d’investir dans la production nationale tout en respectant les objectifs de neutralité climatique de l’Union. Selon elle, cette initiative permettrait également de réaliser des économies sur les coûts de transport.

Une relation difficile entre les Verts et la Commission

Tilly Metz a également déclaré qu’elle pourrait soutenir un second mandat d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne, à condition toutefois que cette dernière écarte l’extrême droite du processus décisionnel.

« Si vous regardez la Conférence sur l’avenir de l’Europe, les citoyens sont satisfaits de la façon dont l’Europe a traité la santé et veulent qu’elle ait davantage de pouvoirs dans ce domaine », a-t-elle également indiqué.

De plus, elle souhaite un engagement clair de Mme von der Leyen en matière de santé, qui, selon elle, a rompu la promesse initiale d’une Union européenne de la santé (EU Health Union) en annonçant récemment une réduction d’un milliard d’euros du budget de l’UE pour la santé.

Le scandale du Pfizergate a encore exacerbé les tensions entre les Verts et la Commission. Tilly Metz est l’une des quatre eurodéputés écologistes à avoir intenté une action en justice contre la Commission pour manque de transparence dans les contrats de vaccins.

« Mme von der Leyen n’a pas joué cartes sur table. Les citoyens ont besoin de transparence », affirme-t-elle.

Une décision de justice sur ce dossier est attendue le 17 juillet.

L’eurodéputée déplore également plusieurs autres échecs, dont le blocage par le PPE de la loi sur la réduction des pesticides, l’affaiblissement du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et le manque d’indépendance du département l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) dans l’achat et le stockage conjoints de médicaments essentiels. Elle est convaincue qu’une présence plus forte des Verts au sein du Parlement permettra de mettre en place une Union européenne de la santé plus ambitieuse.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]