Sanctions contre la Russie : l’UE atteint ses « limites », selon Josep Borrell
L’UE a pratiquement épuisé toutes ses options en matière de sanctions contre la Russie et doit désormais se concentrer sur le soutien financier et militaire à l’Ukraine. C’est ce qu’a confié à EURACTIV le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, au cours d’un entretien exclusif.
L’UE a pratiquement épuisé toutes ses options en matière de sanctions contre la Russie et doit désormais se concentrer sur son soutien financier et militaire à l’Ukraine. C’est ce qu’a confié à EURACTIV le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, au cours d’un entretien exclusif.
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« Il aurait été étrange qu’un an après le début de l’invasion [russe en Ukraine], nous disposions encore d’une grande marge de manœuvre. Au contraire, nous avons appliqué notre procédure étape par étape, et nous l’avons fait de manière graduelle — peut-être parfois de manière trop progressive », a-t-il poursuivi.
Au cours de l’année écoulée, l’UE a approuvé dix paquets de sanctions à l’encontre de Moscou visant à rendre plus difficile le financement de la guerre et à priver la Russie d’équipements technologiques et de pièces détachées pour les armes.
« Un an après le début de l’invasion, nous atteignons nos limites », a reconnu M. Borrell en réponse à une question sur les prochaines mesures que pourrait éventuellement prendre l’Union européenne en réponse à la guerre du Kremlin.
L’Union européenne a commencé à examiner des moyens de lutter contre le contournement des sanctions et de répertorier les avoirs gelés de la Russie. Utiliser ces avoirs pour financer la reconstruction de l’Ukraine est aussi à l’étude.
« La réponse est toujours la même : continuer à soutenir l’Ukraine. L’Ukraine a de gros besoins financiers pour faire tourner son économie de guerre. Cela nécessitera un réel effort de notre part — les sanctions et le soutien militaire ne font pas tout ».
M. Borrell a également indiqué que les opérations sur le champ de bataille relevaient « de la décision de l’Ukraine », mais que la responsabilité de l’Europe « était de les soutenir, notamment par la livraison d’armes et de munitions ».
L’Europe, a-t-il ajouté, dispose de capacités financières qu’il convient de convertir en capacités militaires et de déployer sur le front, tout en assurant une formation adéquate aux soldats ukrainiens.
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S’adapter à une situation « en constante évolution »
Afin de répondre aux besoins croissants de l’Ukraine sur le champ de bataille face à une probable offensive russe au printemps, les ministres de la Défense de l’UE se sont mis d’accord mercredi (8 mars) pour accélérer la fourniture d’obus de 155 millimètres à l’Ukraine.
M. Borrell a proposé un plan en trois volets prévoyant l’utilisation de fonds alloués dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix (FEP), qui a déjà contribué à hauteur de 3,6 milliards d’euros à l’armement de l’Ukraine depuis le début de l’invasion en février 2022 et a récemment été complétée par un montant supplémentaire de 2 milliards d’euros pour l’année 2023.
Le plan prévoit qu’un milliard d’euros soit utilisé afin de rembourser les États membres ayant fourni des munitions à l’Ukraine à partir de leurs stocks restants, qui s’épuisent rapidement. Il prévoit également qu’un autre milliard d’euros soit utilisé dans le cadre d’achats communs de munitions.
Les États membres n’ont toutefois pas encore défini les modalités de financement de cet effort ambitieux d’achats communs de munitions.
« Pour le moment, nous devons nous mettre d’accord sur un montant de 2 milliards d’euros — si cela ne suffit pas, nous y reviendrons, car nous ne savons pas combien de munitions nous pouvons acquérir avec ces 2 milliards d’euros — cela dépend du prix final et des délais de livraison, ainsi que des besoins qui évolueront en fonction du déroulement de la guerre », a précisé M. Borrell.
Quant à la possibilité que les plans d’achat conjoints visant à garantir une livraison rapide des munitions puissent être étendus au-delà des obus d’artillerie et concerner des armes plus lourdes, M. Borrell a déclaré que l’UE « pourrait répondre avec la même rapidité à d’autres besoins ».
« Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une guerre d’usure, demain, nous pourrions avoir une guerre de mouvement, et alors les dépenses ou la consommation de munitions seront moindres — nous nous adaptons à une situation qui évolue constamment sur le terrain », a souligné le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
La nécessité de compléter le fonds pour l’armement
M. Borrell a par ailleurs prévenu que, si les États membres de l’UE acceptent de consacrer les 2 milliards d’euros supplémentaires à l’achat de munitions pour l’Ukraine, la Facilité européenne pour la paix devra disposer de davantage de ressources pour tout le reste également, « partout dans le monde ».
Interrogé sur la manière dont l’UE pourrait éviter une approche « pansement » consistant à alimenter le fonds de temps à autre en fonction des besoins, le chef de la diplomatie de l’UE a répondu que les États membres devraient se décider rapidement sur la question.
« Souhaitons-nous continuer à utiliser cet outil pour armer l’Ukraine et comment pouvons-nous soutenir les armées de nos partenaires, par exemple, en Afrique ? Nos engagements sont nombreux », a souligné M. Borrell.
« Voulons-nous continuer à jouer un rôle d’acteur mondial ? Dans ce cas, cela coûte de l’argent et les États membres devront prendre une décision », a-t-il poursuivi.
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L’industrie européenne d’abord
L’UE souhaite également que des pays extérieurs à l’Union se joignent à ses efforts, notamment la Norvège, qui a déjà exprimé son intérêt, et le Canada, qui pourrait être disposé à se rallier à ses efforts.
Les États membres sont toutefois divisés sur ce point, en particulier la France, qui préconise l’utilisation d’un financement commun pour l’acquisition de munitions fabriquées dans l’UE.
M. Borrell a ainsi indiqué que le premier milliard d’euros pourrait facilement être absorbé par l’industrie européenne, car « nous disposons de producteurs européens capables de produire ce type de munitions ».
Réagissant aux critiques selon lesquelles une solution européenne pourrait être éclipsée par des pays tiers comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, qui seraient en mesure de fournir des munitions plus rapidement, M. Borrell a affirmé que « s’il y a une demande manifeste appuyée par des fonds, alors l’industrie [européenne] commencera à produire davantage ».
« Les entreprises s’adaptent à la demande — s’il y a une demande claire, l’industrie réagit. Si la demande n’est pas solvable et que la quantité à produire n’est pas claire, alors les entreprises hésitent à augmenter leur capacité de production. »
« C’est pourquoi les achats communs envoient un signal fort pour l’industrie : telle est notre demande », a-t-il conclu.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]