Ralentissement de l’économie chinoise : une bonne nouvelle pour l’Europe ?

Le ralentissement de l’économie chinoise serait-il une bonne nouvelle pour l’Europe ? Alicia García-Herrero, économiste en chef pour la région Asie-Pacifique chez Natixis, répond à EURACTIV par la positive, affirmant que cela contribuera à réduire l’inflation en Europe.

Euractiv.com
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Vue du complexe résidentiel Evergrande Royal Scenery à Pékin, en Chine, le 28 août 2023. Les actions du promoteur chinois Evergrande ont plongé d’environ 80 % lors de leur première cotation à Hong Kong en 17 mois. [EPA-EFE/Wu Hao]

Le ralentissement de l’économie chinoise serait-il une bonne nouvelle pour l’Europe ? Alicia García-Herrero, économiste en chef pour la région Asie-Pacifique chez Natixis, répond à EURACTIV par la positive, affirmant que cela contribuera à réduire l’inflation en Europe.

Quant aux pertes des entreprises européennes en raison de la réduction des exportations vers la Chine, elles auraient été ressenties quoi qu’il arrive, alors que la Chine s’ancre durablement dans une politique d’autosuffisance, souligne Mme García-Herrero, également membre du groupe de réflexion Bruegel à Bruxelles.

Il y a tout juste un an, les attentes des économistes étaient tout autres : beaucoup pariaient sur une reprise solide et rapide de la croissance chinoise une fois la politique « zéro covid » stricte abandonnée.

Cependant, les signes en provenance de Pékin laissent entrevoir une économie qui tourne au ralenti.

Les chiffres décevants de la croissance au deuxième trimestre 2023 ont conduit de nombreux analystes à revoir leurs prévisions à la baisse. En outre, l’annonce que la Chine ne publierait plus les chiffres du chômage des jeunes laisse penser que la crise ne fait que se renforcer.

L’immobilier dans l’œil du cyclone

La raison sous-jacente du ralentissement s’explique en large partie par un secteur immobilier surendetté, dont le rôle systémique dans l’économie chinoise fait craindre une crise.

Mais, pour Alicia García-Herrero, « la bulle immobilière est une conséquence d’autres problèmes de l’économie chinoise, elle n’a pas surgi du néant ».

Elle donne en exemple le problème des retraites : les Chinois sont contraints d’épargner de larges sommes pour se constituer une retraite, tant les retraites de l’État sont faibles.

En conséquence, la consommation est faible, obligeant la Banque centrale chinoise à garder des taux d’intérêt particulièrement bas. Dans le même temps, cela invite à un surinvestissement dans le secteur immobilier, alors que les marchés financiers sont particulièrement sous-développés.

De plus, précise l’économiste, dans une économie largement dirigée par l’État, ces investissements ne vont pas nécessairement vers les secteurs les plus productifs, ce qui conduit à une mauvaise allocation des ressources.

En somme, la nécessité de mettre de l’argent de côté pour une retraite implique que la consommation ne peut pas fonctionner comme un moteur de croissance efficace. Mme García-Herrero parie donc sur une longue période de croissance lente, alors que les responsables politiques chinois semblent incapables de réagir.

« Nous savons désormais que la Chine est dans une situation de paralysie politique », a déclaré Mme García-Herrero.

« Le mécanisme d’ajustement ne s’apparentera pas à une grande crise, mais prendra plutôt la forme de pressions déflationnistes et d’une réduction prolongée des investissements en actifs fixes », souligne-t-elle.

La dimension européenne

Cependant, pour l’économie européenne, le ralentissement chinois pourrait être un bon signe.

En conséquence de la bulle immobilière, les importations chinoises vers l’Union européenne deviennent moins chères pour les entreprises du Vieux continent. En outre, le ralentissement de l’activité dans l’énorme secteur immobilier chinois pourrait également réduire la demande mondiale des matières premières nécessaires au BTP, baissant mécaniquement les prix de métaux comme le fer.

La baisse des prix aiderait l’UE à lutter contre l’inflation due à l’offre qu’elle a connue au cours des deux dernières années, conclut l’économiste.

Bien sûr, la situation présente aussi un aspect négatif.

« La Chine croît moins que prévu et, par conséquent, elle importe moins que prévu », a déclaré Mme García-Herrero. Toutefois, elle a ajouté que pour elle, cet aspect est moins important, puisque les importations chinoises en provenance de l’UE étaient de facto susceptibles de diminuer en raison de la stratégie d’autosuffisance de la Chine.

« À mon avis, nous étions condamnés à perdre ce marché d’exportation, quoi qu’il arrive », a-t-elle conclu.

[Édité par Théo Bourgery-Gonse et Anne-Sophie Gayet]