« Qatargate » : la transparence sur l'origine des fonds des ONG est cruciale

La pression exercée en faveur de règles de transparence plus strictes dans le secteur du lobbying de l’UE constitue une avancée dans la bonne direction suite au scandale du Qatargate, a confié à EURACTIV Paul Varakas, responsable de l’association des lobbyistes de l’UE.

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« Il y a des ONG qui déclarent que leur financement provient de fondations situées à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Europe, mais les donateurs à l’origine de ces fondations ne sont pas souvent connus », a déclaré M. Varakas. [OLIVIER HOSLET/EPA-EFE]

Tendre vers plus de transparence est une nécessité, suite au scandale du « Qatargate ». Mais elle doit s’appliquer à tous, y compris les ONG et les fondations, selon Paul Varakas, président de la Society of European Affairs Professionals (SEAP).

Dans un entretien avec EURACTIV, M. Varakas explique que si la plupart des ONG établies à Bruxelles figurent dans le registre de transparence de l’UE, il conviendrait d’accorder une attention plus importante à la source de leurs financements.

« Si vous êtes une entité commerciale, que vous exercez des activités de lobbying en interne ou par le biais d’une organisation professionnelle, il est assez évident que votre argent provient de vos bénéfices […] il n’est pas surprenant que l’organisation professionnelle des voitures soit financée par les ventes des constructeurs automobiles », a-t-il expliqué.

Le problème de la transparence se pose toutefois avec les associations et les ONG dont le financement est à plusieurs niveaux.

« Il y a des ONG qui déclarent que leur financement provient de fondations situées à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Europe, mais les donateurs à l’origine de ces fondations ne sont pas souvent connus », a déclaré M. Varakas.

« Il nous faut bien comprendre qui est le bailleur de fonds de vos activités à Bruxelles », a-t-il fait remarquer. En outre, certaines ONG font souvent pression sur des sujets spécifiques qui sont liés à des intérêts commerciaux, a-t-il ajouté.

Des problèmes similaires sont survenus avec certains cabinets de conseil au cours de la dernière décennie.

Le débat sur le renforcement de la transparence du lobbying européen s’est intensifié après le scandale du Qatargate, dans le cadre duquel l’ONG « Fight Impunity » a joué un rôle clé. Cette ONG, qui appartient à l’ancien député européen italien Pier-Antonio Panzeri, ne figurait pas dans le registre de transparence de l’UE.

Évoquant les nouvelles règles du Parlement européen actuellement en discussion, M. Varakas a indiqué que les lobbyistes européens qui se conforment aux règles « ne devraient pas être pénalisés » pour le comportement illégal de certaines entités et de certains députés européens.

« La confiance doit être rétablie au plus vite et les nouvelles règles doivent être adoptées de manière transparente », a-t-il indiqué. Il a également ajouté que l’absence de débat public et le fait que tout ne soit actuellement discuté que lors de réunions à huis clos ne sont pas de bon augure.

Selon M. Varakas, sur la base des informations divulguées jusqu’à présent, certains éléments sont positifs, notamment le fait que les députés européens ne se réunissent qu’avec des entités figurant dans le registre de transparence.

Il accueille aussi favorablement le fait que les anciens députés européens — susceptibles de travailler dans le secteur privé à l’issue de leur mandat parlementaire — ne bénéficieront pas d’un accès automatique aux locaux du Parlement européen afin d’y rencontrer leurs anciens collègues. Ils devront au contraire déclarer les raisons précises de la tenue de leurs réunions ainsi que mentionner le fait qu’ils sont d’anciens députés.

Mais M. Varakas de tempérer : « dans la proposition, par exemple, il y a une sorte d’obligation de justifier la raison pour laquelle vous entrez dans les locaux du Parlement européen. C’est un bonne idée mais, dans les faits, le lobbying continuera à l’extérieur des murs du Parlement », a-t-il expliqué.

« Nous devons trouver le bon équilibre en faisant pression pour plus de transparence, mais si vous êtes un lobbyiste inscrit au registre de transparence et que vous vous soumettez à de nombreuses exigences de transparence, vous devriez être libre de mener vos affaires au sein du Parlement », a-t-il conclu.