Pour le commissaire européen à l’Emploi, il faut revaloriser les métiers essentiels dans l’UE

Les États membres devraient assurer une meilleure reconnaissance, une meilleure rémunération et de meilleures conditions de travail pour rendre certaines professions plus attractives. C’est ce qu’a déclaré le commissaire européen Nicolas Schmit au cours d’un entretien avec EURACTIV.

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This article is part of our special report "L’UE face aux défis des pénuries de compétences et de main-d’œuvre"
Press conference on the new EU Talent Pool to help those fleeing Russia’s invasion of Ukraine find jobs in the EU
« Nous sommes tous d’accord pour dire que nous avons besoin d’une immigration légale et professionnelle dans un certain nombre de secteurs où les besoins sont importants, que nous ne pourrons pas couvrir de l’intérieur de l’UE », a confié Nicolas Schmit à EURACTIV. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Les États membres de l’UE devraient assurer une meilleure reconnaissance, une meilleure rémunération et de meilleures conditions de travail pour rendre certaines professions, par exemple dans le secteur des soins de santé, plus attractives. C’est ce qu’a déclaré le commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit, au cours d’un entretien avec EURACTIV.

S’exprimant au sujet de la pénurie de compétences et de main-d’œuvre que connaît actuellement l’Union européenne, M. Schmit a affirmé que l’UE tirerait profit de systèmes éducatifs plus flexibles et d’investissements plus importants dans la formation professionnelle.

Alors que les entreprises déplorent une pénurie de travailleurs et que les niveaux de l’emploi atteignent des sommets historiques, la Commission européenne exploite tous les moyens de son arsenal limité.

La Commission devrait présenter une proposition visant à faciliter l’immigration de main-d’œuvre et la reconnaissance des qualifications étrangères dans le courant de l’année.

« Nous sommes tous d’accord pour dire que nous avons besoin d’une immigration légale et professionnelle dans un certain nombre de secteurs où les besoins sont importants, que nous ne pourrons pas couvrir de l’intérieur de l’UE », a confié Nicolas Schmit à EURACTIV.

Parallèlement, les États membres doivent faire en sorte que certaines professions essentielles soient plus attractives pour les Européens, a-t-il ajouté, car se reposer uniquement sur l’immigration des pays tiers serait « une grossière erreur ».

Améliorer les conditions de travail

« Il est évident que dans certains domaines, notamment les soins de santé, nous avons besoin de personnes venant de l’extérieur, mais […] nous devons d’abord revaloriser ces professions, les rendre plus attractives également pour les personnes au sein de l’Union européenne grâce à de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail », a déclaré M. Schmit.

Le secteur des soins de santé est l’un des plus touchés par les pénuries de main-d’œuvre dans l’Union. En septembre dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti que l’Europe pourrait être confrontée à une grave pénurie de professionnels de la santé, en raison du vieillissement de la main-d’œuvre et de mauvaises conditions de travail.

Les salaires bas et la charge de travail excessive ont également conduit les professionnels de la santé à faire grève dans plusieurs pays européens depuis la pandémie de Covid-19.

Le commissaire européen pense qu’il y a une « prise de conscience » au niveau des gouvernements de l’UE concernant le caractère prioritaire de la situation « car ces professions manifestent désormais leur volonté de voir des améliorations ».

« Je pense que c’est quelque chose qui devrait être pris très au sérieux », a-t-il précisé.

Outre les salaires et les conditions de travail, M. Schmit a souligné le manque de reconnaissance sociale de certaines professions, qui ne sont pas « suffisamment considérées pour leur rôle et leur importance dans notre société ».

Un problème de reconnaissance

Un manque de reconnaissance similaire s’applique plus généralement aux filières d’enseignement professionnel, estime le commissaire, qui a appelé les États membres à investir davantage dans la formation professionnelle pour pallier les pénuries de main-d’œuvre en Europe.

Les jeunes devraient être mieux orientés et encouragés à s’orienter vers des professions particulièrement touchées par les pénuries, a déclaré M. Schmit. Il a également ajouté que le faible taux de participation à la formation professionnelle en Europe est en partie dû à une « perception erronée des différentes filières d’enseignement ».

« Dans l’esprit des gens, l’enseignement universitaire est plus valorisé que l’enseignement professionnel », a-t-il confié à EURACTIV.

« Nous devons changer cette perception en donnant plus de valeur en termes de salaire et de conditions de travail à l’enseignement professionnel », a-t-il par ailleurs indiqué.

Un système plus ouvert

Selon le commissaire, l’UE bénéficierait également de systèmes plus « ouverts » pour ceux qui souhaitent changer de voie professionnelle pour passer de l’enseignement professionnel à l’enseignement universitaire et inversement.

« Je pense que nous devons rouvrir un peu notre système éducatif, qui est très cloisonné », a-t-il déclaré.

Une approche plus ouverte permettrait à ceux qui suivent une formation professionnelle d’accéder éventuellement à l’enseignement supérieur, tandis que ceux qui suivent un enseignement universitaire pourraient compléter leur formation par une formation professionnelle.

L’éducation relève toutefois de la compétence des États membres et l’UE n’a qu’une influence limitée sur les questions d’éducation nationale.

Pourtant, M. Schmit estime que l’Union européenne pourrait encore avoir un rôle à jouer, en facilitant les échanges de bonnes pratiques.

« Même si nos systèmes éducatifs sont très différents, il existe aussi beaucoup de points communs et d’expériences communes. Nous devons travailler ensemble », a-t-il conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]