« Pas d’industrie agro-alimentaire forte sans production agricole forte »

Le délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l’agro-industrie a publié un rapport dans lequel il compare la compétitivité des industries de ce secteur à leurs concurrentes européennes. Pour EURACTIV.fr, il fait le point sur les principales conclusions du texte.

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Le délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l’agro-industrie a publié un rapport dans lequel il compare la compétitivité des industries de ce secteur à leurs concurrentes européennes. Pour EURACTIV.fr, il fait le point sur les principales conclusions du texte.

Quelle est la situation des entreprises françaises du secteur agro-alimentaire, comparée à celle de leurs concurrentes européennes?

Nous avons perdu des parts de marché. Cette perte n’est pas seulement due, comme on aurait pu le penser, aux pays émergents, mais aussi à nos voisins européens. Je pense notamment à l’Allemagne, aux Pays-Bas, à la Belgique et à l’Espagne.

Comment expliquer cette situation?

C’est variable selon les filières. L’Allemagne, par exemple, dispose d’une main d’œuvre nettement moins chère qu’en France. Dans certains abattoirs, le coût horaire est de l’ordre de 7,5 euros, contre 18,5 euros en France. 

Les agriculteurs allemands bénéficient également d’avantages fiscaux liés aux mécanismes de la TVA. Ils peuvent opter pour un dispositif forfaitaire pour une période de cinq ans. Celui-ci permet aux agriculteurs allemands de ne pas reverser le trop-perçu de TVA dans le cadre des opérations de vente et d’achat. 

Enfin, outre-Rhin, les agriculteurs bénéficient du rachat d’énergie à des tarifs tout à fait intéressants.

Dans votre rapport, vous affirmez que l’une des solutions consiste à passer par une modernisation du secteur agro-alimentaire. Vous évoquez par exemple une automatisation des abattoirs. Mais les entreprises sont-elles prêtes à effectuer des changements?

Certains industriels français ont décidé publiquement de s’engager dans cette voie.  

Des industriels allemands nous ont expliqué qu’ils n’étaient pas sûrs de conserver la possibilité de faire appel à une main d’œuvre au même prix qu’aujourd’hui. Anticipant sur la disparition de cet avantage, ils comptent automatiser pour améliorer leur coût de production. 

On l’a notamment observé dans le secteur de la volaille. Mais j’ai aussi entendu des entreprises un peu plus réticentes. Peut-être n’ont-elles pas encore perçu tous les enjeux de l’automatisation.

Vous préconisez également la gestion des quotas laitiers par bassins régionaux dans le secteur du lait. Mais les trois syndicats laitiers  se sont récemment déclarées opposées à ce principe

Dans certains départements français, nous sommes pourtant très nettement en dessous du quota laitier. Et, certains agriculteurs, qui avaient droit à de faibles volumes de production, étaient prêts à produire d’avantage si on les y autorisait.

Au contraire, les pays qui ont une gestion plus souple de leurs quotas ont pu réaliser la totalité de la production prévue. En augmentant ainsi le volume de production, ils ont eu un avantage compétitif. Nous y avons également constaté des importations importantes, tant de lait de consommation que d’emmental. 

A quels pays pensez-vous?

Je pense notamment à l’Allemagne et aux Pays-Bas. 

Cela dit, nous sommes prêts à étudier toutes les solutions, pour compléter le dispositif que je propose. Rien n’est fermé. C’est comme cela que nous relèverons le défi de la compétitivité.

Dans votre rapport, vous parlez aussi de règles de droit de la concurrence «trop tatillonnes». A quelles règles pensez-vous? 

J’ai des exemples en tête, mais je ne les citerai pas. Mon objectif est de faire avancer ces dossiers, et non de mettre en exergue telle ou telle situation.

La réforme de la PAC, esquissée par le commissaire Ciolos, va-t-elle dans le bon sens?

Ce qui est important, c’est d’avoir une PAC forte, puisqu’il y a un lien très étroit entre la production agricole et l’industrie agroalimentaire. La bonne santé des uns est importante pour la santé des autres. Il n’y aura pas d’industrie agro-alimentaire forte sans production agricole forte. Il y a un enjeu de compétitivité. 

Vous recommandez que la France n’aille pas plus loin que les règles imposées dans les directives européennes lorsqu’elle les transpose. Pourquoi?

Prenons l’exemple des installations dites «classées» [susceptibles de créer des risques ou de provoquer des pollutions ou nuisances, notamment pour la sécurité et la santé des riverains, et donc soumises à des règles particulèrement strictes, Ndlr]. La France considère comme «classée» une exploitation comprenant 100 vaches laitières. Or, en Espagne, la norme s’établit à 300 vaches. Et dans les autres pays européens, il  n’existe aucun seuil. 

Toutes les divergences dans l’application des règles européennes entraînent des différences de concurrence. Et cela pénalise certains États.