Nucléaire : « jusqu’en 2050, nous devrons faire avec », selon le patron du développeur solaire Reservoir Sun
ENTRETIEN. À l’occasion de l’inauguration d’ombrières photovoltaïques sur le Groupama Stadium de l’Olympique Lyonnais, EURACTIV France s’est entretenu avec le directeur-général de Reservoir Sun au sujet du modèle de consommation énergétique de demain.
À l’occasion de l’inauguration vendredi (9 décembre) d’ombrières photovoltaïques sur le Groupama Stadium de l’Olympique Lyonnais (OL), EURACTIV France s’est entretenu avec le directeur-général du développeur à l’origine du projet au sujet du modèle de consommation énergétique de demain.
Mathieu Cambet est à l’origine du projet intrapreunarial Reservoir Sun, filiale d’Engie et de GreenYellow, producteur et exploitant d’installations solaires spécialisé dans l’autoconsommation.
« Le Groupama Stadium est le premier [stade] dans le monde entier qui a autant d’équipements solaires », se félicite Mathieu Combet qui fait l’aveu d’emblée que les 50 000 mètres carrés d’installation photovoltaïques « font dorénavant partie de l’ADN de [son] entreprise et ont largement tiré [sa] croissance ».
« Depuis que nous avons signé avec l’OL, nous adressons plus d’un tiers du CAC40 dans la solarisation de leurs sites en France », se réjouit-il.
Quel projet plus emblématique pour l’entreprise permettait donc d’entreprendre une discussion sur le modèle de consommation énergétique de demain ?
Réindustrialiser l’Europe
Selon M. Cambet, « la meilleure énergie est celle produite sur le lieu de consommation ». Sur ce type de projet c’est, pour l’instant, « plutôt la France qui traîne des pieds ».
De façon générale, « l’UE va dans le bon sens et a pris le sujet à bras-le-corps », notamment dans un domaine clé, celui de la réindustrialisation.
« l’UE doit faire revenir la chaîne de fabrication de panneaux solaires, au même titre que d’autres technologies comme l’hydrogène et les batteries », demande ainsi le développeur.
En France, le législateur débat actuellement du projet de loi d’accélération des énergies renouvelables. Pour accélérer le développement, il faut avant tout « simplifier les démarches » réclame M. Cambet.
De telles allégations relèvent du « quasi-populisme » déclarait à EURACTIV France le directeur-général de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Yves Verhilac, qui craignait, au regard du premier texte du projet de loi, qu’il ne porte une atteinte trop grande à la biodiversité.
En souhaitant « se prononcer que sur la partie qui intéresse [son] activité », soit le développement d’installations solaires d’autoconsommation, l’entrepreneur se dédouane : « Reservoir Sun ne développe de projet que sur du foncier fatal ».
Il déclare en outre que « les mesures dans le projet de loi sont pertinentes », car elles permettront de « développer plus de petits projets qui permettent aux entrepreneurs, aux petites et moyennes entreprises et aux artisans de produire leur propre électricité et de réduire leurs coûts », pense-t-il.
Le projet de loi projette en effet de recouvrir de panneaux solaires une grande partie des parkings français.
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Accélérer le déploiement des projets
D’autant que les temps se raccourcissent : « au vu des prix de l’énergie, il faut maintenant aller très vite. Les entreprises du CAC40 me demandent que les projets soient construits en moins d’un an après autorisation administrative ». Or, en moyenne, il faudrait plutôt 1 an et demi, voire 2 ans, pour construire un projet avoue-t-il.
Pour le directeur-général de Reservoir Sun, il n’y a pas de doute que nous sommes en train de « changer de paradigme », « la crise énergétique actuelle est un catalyseur pour la transition énergétique ».
D’abord, « le solaire est enfin devenu une énergie, après avoir été un produit financier », assure-t-il.
Ensuite, quand Green Yellow et Engie ont fondé Reservoir Sun en 2018, « la vision était de se dire que l’énergie sera produite de plus en plus localement, avec une tendance à aller vers l’indépendance énergétique territoriale », confie-t-il, « un petit peu à l’allemande ».
Que faire sans nucléaire ?
Néanmoins, le développeur solaire est conscient que la problématique d’intermittence empêche « aujourd’hui, de se passer de nucléaire ».
Interrogé sur la question du modèle énergétique, centralisé ou décentralisé, qu’il faut adopter, le développeur déclare que « jusqu’en 2050, nous devrons faire avec au moins 50% de nucléaire dans le mix électrique ». Par conséquent, et sans trop se mouiller, « il ne faut pas opposer les deux énergies, tout en maximisant les renouvelables », avance-t-il.
M. Cambet de conclure que « sur le long terme, le nucléaire va donc diminuer pour laisser place aux énergies renouvelables, avec une tendance vers le développement des énergies locales, comme dans l’ensemble des domaines de consommation ».
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[Propos recueillis le 9 décembre 2022]