« Nous proposons un modèle d’agriculture environnementale »

En charge des questions agricoles pour France Nature environnement, il estime que l’agriculture européenne doit être plus «verte».

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En charge des questions agricoles pour France Nature environnement, il estime que l’agriculture européenne doit être plus «verte».

Lors de son congrès, le 1er avril, France Nature Environnement fait une série de propositions sur l’avenir de la politique agricole commune (PAC). Quel regard portez-vous sur l’état des discussions actuelles sur l’agriculture européenne?

Comme l’annonçait le slogan de notre congrès, nous souhaitons une PAC « plus verte », les premières positions de la Commission et du Parlement nous semblent aller dans ce sens. Mais certains messages se brouillent et nous observons un recul des discussions sur le thème d’une agriculture plus durable.

A quel genre de brouillage faites-vous allusion ?

Je remarque par exemple que l’on parle de plus en plus d’une politique agricole qui se replacerait sous l’autorité nationale, c’est notamment le cas des États de l’Europe du Nord. Au contraire, la France semble plutôt trouver de nouveaux appuis chez les nouveaux pays de l’UE, très en faveur d’un maintien de la PAC. Ils ont encore d’énormes richesses sur le plan de la biodiversité, et une politique commune solide les aiderait au mieux, à la fois dans la modernisation de leurs ressources et dans la préservation de leur biodiversité.

Je sais qu’un consensus à 27 est loin d’être une mince affaire, mais ce n’est pas une tâche impossible. Il est fondamental que les dirigeants politiques fixent un cap pour que l’on sache exactement où l’on va.

La PAC dessinée par la Commission pour l’après-2013 est déjà décrite comme ambitieuse, notamment en raison des propositions pour un «verdissement » plus prononcé. Pensez-vous que vos propositions, qui vont encore plus loin, sont réalistes?

Oui, car nous proposons un projet qui tient compte du nécessaire compromis à faire entre les différents domaines, sociaux, politiques, économiques et environnementaux. Cependant, nous sommes conscients que c’est avant tout un modèle d’agriculture environnementale que nous proposons. La Commission et le Parlement ont d’autres paramètres à inclure dans le projet qu’ils présentent.

La dimension environnementale de vos propositions vous permet-elle d’obtenir le soutien des agriculteurs ?

Les agriculteurs s’attachent à reconnaitre la PAC comme une politique d’utilité publique. En mettant l’accent sur l’aspect environnemental, nous leur montrons que nous sommes, nous aussi, proches de cette conception. Une fraction du monde agricole est derrière nous, mais il est difficile pour moi d’évaluer s’il s’agit d’une minorité ou d’une majorité. Je crois qu’il y a un bon nombre d’esprits clairvoyants parmi les agriculteurs, et que ceux là nous suivent.

Lors de notre dernière campagne anti-pesticides, beaucoup ont exprimé des critiques à notre égard, mais aucun n’est sorti du débat. Les discussions ne sont pas rompues et nous arrivons toujours à échanger autour de la PAC.

Cette dernière campagne a également choqué certains politiques, dont le ministre de l’agriculture français, Bruno Le Maire, ou certains présidents de région. Pensez-vous avoir perdu votre crédibilité ?

Nous avons nos idées et un cap bien précis. Nous devons être en mesure, lorsque la situation dérape, d’alerter l’opinion. C’est en sortant de cette ligne de conduite que nous ne serions plus crédibles.

Il est vrai que cette situation n’a pas été des plus confortables pour nous, mais nous n’avons pas pour autant perdu l’intérêt des politiques. Les eurodéputés qui ont assisté à notre congrès se sont dits d’accords avec la plupart de nos propositions. Ce sont trois députés d’appartenances politiques différentes, tous trois sont parvenus à s’entendre sur notre programme. Si un consensus est possible à cette échelle, alors nous sommes optimistes pour la suite  : les eurodéputés pourraient bien tous s’entendre autour d’une PAC plus verte.