« Nous ne serons pas là pour imposer les OGM à la société »
La présidente-directrice générale de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) revient sur les objectifs du groupe de réflexion sur l’avenir de la PAC, lancé par Bruno Le Maire le 17 février.
La présidente-directrice générale de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) revient sur les objectifs du groupe de réflexion sur l’avenir de la PAC, lancé par Bruno Le Maire le 17 février.
Vous faites partie du groupe constitué par Bruno Le Maire pour réfléchir à l’avenir de la PAC. Sur quels sujets allez-vous travailler?
Aujourd’hui, l’agriculture est davantage tirée par des facteurs externes que par des facteurs internes : croissance mondiale, démographie, environnement global. Il faut donc repenser la place de l’agriculture française. La France reste un pays agricole fort, les conditions écologiques sont bonnes, le climat ne sera pas mauvais, même quand il évoluera, jusqu’à la fin du siècle.
Mais plusieurs questions se posent : Comment penser cette agriculture française dans sa diversité? Comment pouvons-nous remplir le cahier des charges en étant économiquement et socialement responsables? Comment être performants environnementalement, y compris à l’échelon des gaz à effet de serre? Comment penser l’agriculture européenne comme l’un des acteurs de la sécurité alimentaire mondiale des années qui viennent?
Quelle place doit avoir l’innovation dans l’agriculture?
L’innovation désigne aussi bien la couverture des terres et l’agroforesterie qu’une génétique qui permet de sélectionner des semences plus performantes vis-à-vis de la sécheresse.
Il est clair que pour arriver à satisfaire les objectifs à la fois de production et d’environnement, nous aurons besoin d’innovations techniques, mais aussi d’innovations dans les pratiques. Il s’agira aussi d’innovations dans la mise sur le marché.
Quelle place les OGM tiendront-ils dans votre réflexion?
Il faut être clair : les OGM sont des objets marchands que l’on commercialise. C’est à la société européenne de décider si elle veut ou non des OGM. Pour l’instant, elle n’en veut pas en agriculture, alors qu’en médecine ou dans le domaine vétérinaire, cela ne lui pose aucun problème. Nous ne serons pas là pour imposer les OGM à la société. Ca n’a pas de sens.
En revanche, il serait à mon avis inconscient de perdre les compétences d’expertise et scientifique dans ce domaine. En tant que responsable d’un institut de recherche payé par le contribuable, je ne remplirais pas ma mission.
En quoi sommes-nous au début d’une période nouvelle?
Les paramètres qui viennent de l’extérieur ont complètement changé. Les revenus agricole n’ont jamais été aussi bas depuis 1990 : il y a une crise de modèle économique. Mais au-delà, la société attend davantage de l’agriculture en matière de gestion environnementale.
Ces paramètres globaux que sont la sécurité alimentaire et l’environnement sont des éléments nouveaux. Jamais nous n’avons aussi bien senti que nous nous trouvons sur une planète. Désormais, l’Europe doit élaborer sa politique agricole commune en pensant qu’elle est l’un des éléments de cette planète. C’est radicalement nouveau.