« Nous devons être nous aussi un peu plus autocritiques »

Quelques semaines avant la décision du Conseil européen concernant l’ouverture des négociations d’adhésion, l’ambassadeur de Macédoine en France, Agron Buxhaku, revient sur le processus de négociation d’adhésion de son pays à l’UE. Si l’Union a intérêt à maintenir sa porte ouverte aux pays des Balkans, les candidats à l’adhésion doivent, selon lui, travailler davantage à leur démocratisation.

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Quelques semaines avant la décision du Conseil européen concernant l’ouverture des négociations d’adhésion, l’ambassadeur de Macédoine en France, Agron Buxhaku, revient sur le processus de négociation d’adhésion de son pays à l’UE. Si l’Union a intérêt à maintenir sa porte ouverte aux pays des Balkans, les candidats à l’adhésion doivent, selon lui, travailler davantage à leur démocratisation.

La Haute représentante pour la politique étrangère, Catherine Ashton, et le nouveau commissaire à l’élargissement, Stefan Fühle, étaient le 19 février en Macédoine. Qu’attendez-vous de la nouvelle équipe, qui vient d’être nommée à la Commission européenne?

Ce genre de visite dans les Balkans est très importante, parce que la perspective de l’adhésion à l’UE est fondamentale pour la stabilité de cette région.

Nous attendons de Mme Ashton qu’elle donne des signaux, selon lesquels, l’UE continue de pratiquer la politique de la porte ouverte aux pays des Balkans, qui n’ont pas encore adhéré à l’Union, surtout à ceux qui sont à un stade assez avancé comme la Macédoine.

En 2005, date à laquelle le statut de candidat à l’adhésion à l’UE de la Macédoine a été approuvé, le début des négociations était envisagé pour 2008. Puis 2009 et enfin récemment le Conseil a parlé d’une ouverture des négociations en 2010. Quelles sont les raisons de ces multiples reports?

Plusieurs éléments expliquent ce retard dans l’ouverture des négociations. D’abord l’UE a eu des problèmes intérieurs.

Mais il y a eu des problèmes en Macédoine aussi. Au plan intérieur, nous avons eu une expérience peu brillante après les élections de 2006. Le parti qui a gagné les élections dans le bloc albanais n’a pas été inclus dans le gouvernement, ce qui a causé une crise politique et des élections anticipées en 2008.

Au plan extérieur, nous avons toujours un problème non résolu avec la Grèce en ce qui concerne le nom de notre pays.

Enfin, de manière plus large, l’UE est passée, en 15 ans, de 13 à 15 puis à 25et 27…Et malgré les succès de l’UE au niveau global, l’Union a connu une fatigue de l’élargissement. Il y a un paradoxe, plus la prise de décision devient démocratique, plus c’est compliqué. Avant, quand les dirigeants des pays les plus importants se mettaient d’accord sur un dossier, il avançait. Et après le public était informé par les médias. Aujourd’hui, la nécessité pour tous les pays de démocratiser la prise de décision ralenti le processus.

Mais nous devons être aussi un peu plus autocritiques. Il y a une différence entre la Slovénie et la Macédoine, entre l’Estonie et le Monténégro dans nos développements démocratiques. Ce n’est pas toujours la « faute » de l’UE. Et il faut adhérer  à l’UE en ayant fait les réformes.

Quelles sont les principales réformes qui doivent, selon vous, être faites en Macédoine pour accélérer ce processus d’adhésion à l’UE?

La Macédoine est un pays spécifique. Il faut d’abord que les deux communautés ethniques se mettent d’accord sur l’avenir de la construction du pays. Pour l’instant les accords d’Ohrid, signés en 2001, ont crée la base de l’organisation et de l’intégration des communautés non majoritaires. C’est très efficace. Mais il faut également mettre en place les réformes qui peuvent établir le fonctionnement de l’État de droit. Contrairement à certains autres pays anciennement candidats, nous n’avons pas vraiment de tradition démocratique et devons travailler beaucoup plus au développement des institutions.

Comment peut, selon vous, être résolue la question du nom de la République de Macédoine sur lequel vous êtes en opposition avec la Grèce? Quel doit être le rôle de l’UE dans l’arbitrage du conflit?

En tant qu’ambassadeur de la République de Macédoine, je vous donne la position officielle. Il s’agit de trouver un nom acceptable pour le pays, mais qui ne touche pas à l’identité nationale de la majorité des citoyens de Macédoine.

Je suis d’origine albanaise et j’étais candidat à la présidence de la République. En tant que candidat, j’ai proposé une plus grande participation de l’UE et des États Unis pour nous aider à résoudre ce problème, parce que cela fait plusieurs années que durent ces discussions. Or nous apprécions beaucoup les Nations Unies, mais elles ne sont pas très connues pour leur capacité à résoudre les problèmes.

Concrètement, le nom Macédoine doit rester intégré au nom du pays…

Nous sommes arrivés à un stade où la Grèce n’a pas d’objection à ce que le terme Macédoine fasse partie du nom qui sera issu d’un compromis dans le futur.

Lors du dernier Conseil européen, la Grèce a en partie freiné pour que les négociations d’adhésion ne commencent pas. La question du nom doit-elle être un préalable à l’adhésion ?

Nous aimerions être membre de l’UE le plus vite possible alors tout ce qui peut être fait dans ce sens est bienvenu. Mais évidemment, il faut respecter les règles du club. Or selon les règles d’adhésion à l’UE, il faut un consensus de tous le pays membres pour entamer des négociations. Deuxièmement, toutes les contestations et les problèmes de voisinage doivent être réglés avant chaque adhésion. Et c’est bien. C’est aussi un moyen de faire une pression positive pour que les pays qui ont des problèmes les résolvent.

Etes-vous confiants sur la décision du Conseil européen de mars qui doit se prononcer sur l’ouverture, ou non, des négociations d’adhésion de la Macédoine?

Par nature je suis optimiste. Mais parfois il faut être réaliste pour ne pas être déçu. Quand j’étais secrétaire aux relations internationales de mon parti, j’avais de nombreux contacts avec Bruxelles. J’ai toujours suggéré à tout le monde de ne pas fermer les perspectives. Même si la décision d’ouvrir les négociations n’est pas prise il faut nous donner une motivation, un signal. Pour l’instant, cela a toujours été le cas. Il ne faut pas démotiver ou décourager la population. Si on coupe cette perspective, je crains que cela ne crée des problèmes.

La population macédonienne est-elle toujours favorable à l’adhésion à l’UE?

Je suis un Européen convaincu. Mais je parle au nom des citoyens. Si nous avions les standards économiques de la Norvège ou de la Suisse et que la question de l’adhésion à l’UE, après cinq ans de démarrage du processus, était posée, je suis convaincu que la réponse serait négative. Mais notre standard de vie, notre niveau de développement politique fait que, tous les sondages indiquent que les citoyens sont favorables à plus de 90% à l’adhésion à l’UE.

À l’époque Paris avait émis des réserves sur le statut de candidat officiel à la Macédoine. En juillet dernier, Sarkozy a dit que la France soutiendrait l’adhésion de la Macédoine à l’UE. Et puis le 8 décembre, le ministre des Affaires étrangères français soutient le grec, opposé au début des négociations. Comment qualifieriez-vous l’attitude de la France depuis le début du processus d’adhésion de la Macédoine à l’UE?

La France a toujours été en faveur de l’élargissement de la Macédoine. Les relations entre les deux États sont excellentes. Cela dit, d’un point de vue économique, nous pourrions vraiment améliorer les choses. Car la France ne figure même pas parmi les vingt premiers partenaires économiques de la Macédoine.

D’abord il y a eu un développement assez positif surtout en ce qui concerne les Albanais. La France a en effet agi comme il le fallait – même si c’était un peu tard – en ex-Yougoslavie.

Concernant le choix d’un pays de soutenir ou non une adhésion à l’UE, c’est un problème de politique intérieur. En l’occurrence c’est le choix de Nicolas Sarkozy sur lequel nous ne pouvons pas faire grand chose.

Comment a été perçus l’abandon des visas pour les citoyens de Macédoine dans l’UE?

Je suis dans la presse les réactions des agences de voyage qui sont déçues parce qu’elles se frottaient les mains et attendaient beaucoup plus de clients. La peur de l’invasion balkanique dans le paradis de l’occident, comme le considèrent certains partis politiques de l’extrême droite n’a pas eu lieu. De l’autre côté, cela a eu un impact très positif. Tout ce qui va dans la direction de l’adhésion donne du courage à la population.