Margrethe Vestager profite d'une visite à Paris pour pousser sa candidature auprès de Bruno Le Maire
Margrethe Vestager, l’une des principales candidates à la direction de la Banque européenne d’investissement (BEI), était à Paris mercredi pour s’exprimer lors d'une conférence phare sur les start-up, France Digitale Day — et tenter de convaincre Bruno Le Maire de soutenir sa candidature.
Margrethe Vestager, l’une des principales candidates à la direction de la Banque européenne d’investissement (BEI), était à Paris mercredi (20 septembre) pour s’exprimer lors d’une conférence phare sur les start-up, France Digitale Day — et tenter de convaincre Bruno Le Maire de soutenir sa candidature.
Dernière ligne droite dans la course à la BEI : les 27 ministres des Finances de l’UE se réuniront en octobre pour se mettre d’accord sur un candidat final — à huis clos — pour remplacer Werner Hoyer, en poste depuis 12 ans.
La courte escale parisienne de Mme Vestager n’est pas une surprise. La France est le premier bailleur de fonds de la BEI, avec l’Allemagne et l’Italie, à hauteur de 46,7 milliards d’euros, et tout candidat à la présidence aurait besoin du soutien de M. Le Maire.
Lors d’une discussion avec quelques journalistes, dont Euractiv, l’ancienne commissaire européenne danoise a confirmé qu’elle avait eu des « conversations politiques » durant son séjour à Paris, y compris avec M. Le Maire.
En revanche, il n’y a pas eu de rencontre avec le président Emmanuel Macron : « Je n’essaie pas de rivaliser avec le roi Charles » — le monarque britannique effectuant actuellement sa première visite en France.
La relation entre Mme Vestager et ses homologues français a été marquée de plusieurs querelles ces dernières années, lorsqu’elle était Commissaire européenne chargée de la Concurrence : de la fusion avortée entre Alstom et Siemens en 2019 à la révocation de l’américaine Fiona Scott Martin en tant qu’économiste en chef de la concurrence de l’UE à la demande de M. Macron cet été, le Français et la Danoise n’ont pas vu les choses du même œil.
Pendant ce temps, l’ombre de la vice-présidente espagnole et ministre des Finances Nadia Calviño, l’autre candidate principale de la BEI, se profile à l’horizon. Elle est considérée comme la favorite de l’Allemagne et de la France.
Mme Vestager a-t-elle ressenti des tensions lors de sa rencontre avec M. Le Maire ? « Je n’ai pas eu l’impression [qu’il y avait des tensions] », a-t-elle déclaré, ajoutant que leur discussion avait été « bonne et ouverte ».
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Une réforme interne pour des investissements plus rapides
La BEI, institution auparavant technocratique, revient sur le devant de la scène alors que les financements pour le climat deviennent plus impératifs que jamais pour atteindre les objectifs de zéro carbone net du Green Deal.
C’est d’autant plus vrai que la Commission a jusqu’à présent exclu un nouveau cycle d’endettement de l’UE. Les 850 milliards d’euros de la NextGenerationEU (NGEU), garantis par la dette commune lors de la pandémie de 2020, arrivent quant à eux à épuisement en 2026.
Il est donc plus important que jamais de s’appuyer sur des capitaux privés pour soutenir les investissements verts et la décarbonisation de l’industrie européenne, et le « AAA » de la BEI, meilleure note financière possible, n’est pas de trop.
« Je demande un mandat pour le changement », a déclaré Mme Vestager, appelant à une « réforme interne [de la banque] pour gagner en rapidité » en ce qui concerne la numérisation et le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) pour une meilleure utilisation des données et des audits, avec un objectif clair à l’esprit : investir plus rapidement dans les entreprises européennes.
Selon elle, l’UE manque de rapidité par rapport à ses homologues américains et saoudiens, dont les marchés de capitaux sont beaucoup plus avancés lorsqu’il s’agit de faire passer les start-ups à l’échelle « industrielle ».
« Ce que je voudrais faire, c’est [créer] un autre compartiment de la banque qui soit prêt, avec des capitaux privés, à prendre le risque d’investir dans des entreprises à moyenne échelle […]. Il y a un trou dans les marchés européens des capitaux et l’on ne trouve pas de financement pour de telles situations », a-t-elle déclaré.
La BEI n’existerait-elle donc que pour colmater l’absence d’une union des marchés des capitaux ? « On ne peut pas dire cela », a répondu Mme Vestager, mais elle ajoute : « Tant que nous n’aurons pas une union des marchés des capitaux qui fonctionne, il y a des besoins qui doivent être satisfaits. Sinon, nous freinons les entreprises ».
Sa volonté d’accélérer les choses lui aurait d’ailleurs valu des « réponses positives » de la part des ministres des Finances européens, selon elle.
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Financement de la défense et des mines
À un mois de la décision finale de la BEI, l’une des principales préoccupations des États membres reste la défense. La question est de savoir si la BEI, sous la direction de Mme Vestager, pourrait investir dans les technologies dites à « double usage » — à des fins militaires et civiles — voir aller vers du tout-militaire.
Nombreux sont ceux qui ont exprimé leur inquiétude sur le fait que cela pourrait faire perdre à la BEI sa notation « AAA », et Mme Vestager cherche donc à dissiper ces craintes. Les investisseurs de la BEI « veillent à ne pas investir dans le secteur difficile de l’industrie de la défense », a-t-elle déclaré.
Cela ne signifie pas pour autant que la défense doive disparaître complètement de la carte : « Il y a quelques années, c’est l’innovation militaire qui aurait été détournée à des fins civiles. Aujourd’hui, c’est de plus en plus l’inverse : la défense devient hybride ».
Si cette nouvelle réalité peut rassurer les investisseurs, alors « c’est un bon équilibre », a-t-elle expliqué.
Jusqu’à présent, la BEI s’est également tenue à l’écart de l’industrie minière, mais le nouveau règlement sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act, CRMA), présenté en mars dernier par la Commission pour aider à réduire la dépendance minière de l’UE vis-à-vis de la Chine et du continent africain, pourrait changer la donne. Les choses pourraient-elles changer sous sa direction ?
Mme Vestager a déclaré que le CRMA créait « une nouvelle approche de l’exploitation minière dans laquelle [sa] valeur ajoutée est plus équitablement partagée, de sorte que la confiance peut être établie entre les pays à forte intensité de ressources et les pays qui veulent acheter ces ressources ». Cela inclut les conditions de travail et les effets sur l’environnement là où les matériaux sont extraits.
Si l’on parvient à un bon équilibre, « on peut faire de bons investissements miniers ».
Outre Mme Vestager et Mme Calviño, les trois autres candidats sont le ministre italien des Finances, Daniele Franco, et deux vice-présidents actuels de la BEI, la Polonaise Teresa Czerwinska et le Suédois Thomas Ostros.