L’UE ne pourra pas être exclue des décisions concernant l’Ukraine, selon le Premier ministre estonien

Dans un entretien accordé à Euractiv, le Premier ministre estonien Kristen Michal estime que les partenaires occidentaux de l’Ukraine doivent oeuvrer pour placer le pays en position de force avant toute négociation pour un cessez-le-feu, et que l’Europe ne peut pas en être exclue.

EURACTIV.com
Estonia’s PM Kristen Michal speaks at a press conference
Le Premier ministre estonien Kristen Michal s'exprime lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre Donald Tusk (non visible). [Attila Husejnow/SOPA Images/LightRocket via Getty Images]

Dans un entretien accordé à Euractiv, le Premier ministre estonien Kristen Michal estime que les partenaires occidentaux de l’Ukraine doivent oeuvrer pour placer le pays en position de force avant toute négociation pour un cessez-le-feu, et que l’Europe ne peut pas en être exclue.

« Tout ce qui est décidé devrait toujours impliquer l’Ukraine et devrait toujours inclure l’Ukraine […], et il devrait en être de même pour l’Europe », a estimé le Premier ministre de l’Estonie, Kristen Michal, à Euractiv, avant le sommet de l’Union européenne (UE) jeudi 19 décembre à Bruxelles.

Soucieux de ne pas se retrouver à l’écart d’éventuels futurs pourparlers sur un cessez-le-feu, les Européens ont redoublé d’efforts, ces dernières semaines, en mutlipliant les rencontres sous différentes formes.

Ainsi, Kristen Michal a reçu un groupe de pays nordiques et baltes sous l’égide du Royaume-Uni à Tallinn, cette semaine, et a fait savoir qu’il était « tout à fait convaincu que ce type d’échange d’informations est nécessaire ».

« Mais lorsqu’il s’agit de prendre des décisions, celles-ci doivent être prises derrière une table où tous les dirigeants sont présents », ajoute-t-il.

Si les Européens appréhendent le retour prochain de Donald Trump à la Maison-Blanche et son positionnement sur le dossier ukrainien, le Premier ministre estonien confie qu’il serait « presque impossible d’exclure l’Europe lorsqu’on parle de l’Europe ».

« La position que [le président élu américain] Donald Trump a décrite, et qui est également répétée en Europe, est la paix par la force — c’est également la position que nous évoquons [les Européens] dans ces différents formats de rencontres, au sein des différents groupes, derrière différentes tables », explique Kristen Michal.

« Si l’on considère que cela met l’Ukraine dans une position de force où la Russie est forcée de négocier, alors il est probable que le point de vue de l’Europe et celui de Donald Trump s’alignent. »

Position de force

Si la perspective de futurs pourparlers sur un cessez-le-feu avec Moscou se concrétise, Kristen Michal avance que « l’argument le plus fort lors d’un débat avec la Russie est généralement de partir d’une position de force ».

« Parallèlement, […] nous ne devons pas oublier que l’Ukraine, au moment même où nous parlons, a besoin de plus d’argent et de plus de munitions pour atteindre cette position », insiste-t-il.

« Si nous interrompons nos efforts pour renforcer la position de l’Ukraine, dans l’espoir de négociations, cela ne sera probablement utile qu’à la Russie, qui s’en servira pour renforcer sa position. »

Outre l’augmentation de l’aide militaire européenne à l’Ukraine, le Premier ministre estonien affirme que les investissements dans l’industrie de la défense ukrainienne seraient essentiels pour garantir la sécurité de l’Ukraine à l’avenir, sa résilience économique et énergétique et son approvisionnement en armes.

« Nous devrions augmenter et faire tout ce que nous pouvons au cours de l’hiver, du printemps et de l’été pour mettre l’Ukraine dans cette position [de force], et nous ne devons pas perdre de vue la guerre qui se déroule en même temps », abonde-t-il.

« Personne n’a encore trouvé de réponse à la question de savoir comment faire changer les objectifs de Vladimir Poutine », poursuit Kristen Michal, à savoir la destruction de la souveraineté territoriale de l’Ukraine et la formulation d’exigences à l’égard de l’UE et de l’OTAN.

« Le seul moyen d’y parvenir est de soutenir l’Ukraine avec de l’argent, […] avec des armements lorsque c’est possible, et de l’aider en matière de sécurité énergétique », souligne le Premier ministre estonien.

Par ailleurs, selon Kristen Michal, l’Europe ne devrait pas surestimer la position de la Russie.

« La Russie est, économiquement, comme un État européen de taille moyenne, mais tout le monde parle d’elle comme si elle était la reine du monde — ce n’est pas le cas », nuance-t-il.

« La Syrie est un excellent exemple qui montre que la Russie n’est pas invincible […] et qu’elle n’est pas en mesure de mener plusieurs guerres en même temps », insiste encore Kristen Michal.

Convaincre l’opinion publique

Au-delà du soutien des gouvernements européens à l’Ukraine, l’une des questions clés de l’année prochaine sera de savoir comment maintenir l’opinion publique à travers l’Union européenne favorable au soutien à l’Ukraine et aux dépenses de défense.

Alors que les pays européens s’efforcent de renforcer leur propre défense, l’Estonie a eu plus de facilité à convaincre sa population qu’il s’agissait des mesures nécessaires pour faire face à la menace, reconnaît Kristen Michal.

« Nous avons été les premiers à être attaqués par la Russie dans le domaine cybernétique », explique-t-il.

Selon lui, le message clé consiste à « expliquer que les opérations de la Russie ne se limitent pas à une guerre cinétique en Ukraine ».

« Nous savons que l’issue de l’Ukraine définit ce que la Russie fera en Europe, disons, dans les 10 à 15 prochaines années », souligne-t-il.

« L’impact potentiel de la Russie et son club d’amis [ndlr : la Corée du Nord, l’Iran et d’autres] sur l’avenir de l’Europe doit probablement être expliqué — pas en Estonie, pas en Pologne, mais au-delà », conclu Kristen Michal.

[Édité par Anna Martino]