« Les territoires ont un rôle à jouer pour crédibiliser le processus d’adhésion dans les Balkans »

Quelques mois après son lancement, les partenaires du programme de coopération décentralisée multilatérale France/ Balkans se sont réunis à Bruxelles pour faire un premier point. Le vice-président de la Région Auvergne, Jean-Claude Mairal et Antonella Valmorbida, directrice de l’ALDA, présentent ce programme à EURACTIV.fr.

Quelques mois après son lancement, les partenaires du programme de coopération décentralisée multilatérale France/ Balkans se sont réunis à Bruxelles pour faire un premier point. Le vice-président de la Région Auvergne, Jean-Claude Mairal et Antonella Valmorbida, directrice de l’ALDA, présentent ce programme à EURACTIV.fr.

Comment ce projet est-il né ?

Antonella Valmorbida (Association des agences de la Démocratie locale) : Notre programme a vu le jour en septembre 2009, un peu plus d’un an après les premières assises de la coopération décentralisée, qui se sont tenues à Sofia en juillet 2008. Suite à cette rencontre, l’idée de mutualisation des ressources et d’échange à commencé à se développer. Avant cela, la coopération décentralisée française était très bilatérale. Cette avancée correspond à une ouverture majeure de la part du ministère des Affaires étrangères, qui a fait de la multilatéralité la règle, ou presque. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus sollicités, ce qui nous va bien. Ce programme est le résultat d’un processus qui a mûri, et se propose comme une nouvelle méthodologie très intéressante.

Quel est l’objectif du programme, et quels sont les thèmes de coopération entre collectivités?

J-C. Mairal : L’intérêt, c’est d’une part de faire travailler ensemble les collectivités françaises, et d’autre part de favoriser les échanges avec les collectivités dans les Balkans. C’est très positif, car cette pratique n’est pas forcément présente dans la culture française. Le premier thème de coopération concerne l’agriculture et le tourisme rural, enjeu majeur qui touche nos propres territoires ainsi que l’ensemble des pays des Balkans. D’autres projets portent sur la jeunesse et la francophonie, avec des problématiques comme la mobilité, la jeunesse étudiante, ou la jeunesse dans les quartiers en difficultés. Là aussi, le thème choisi est volontairement transversale. Enfin, nous coopérons sur le thème des nouvelles technologies et des médias. Nous avons organisé pour cela un atelier en Macédoine, puisque la Basse Normandie a déjà un accord de coopération avec l’ARYM sur cette thématique. Sur ce thème, un de nos partenaires a été le Courrier des Balkans.

Aujourd’hui, nous en sommes à la clôture de cette première étape, et ce soir [à l’issue de la conférence finale], d’autres villes vont nous rejoindre pour accentuer cette coopération multilatérale. Sur ces mêmes thématiques, voire d’autres, nous allons développer des coopérations qui pourront s’inscrire dans le cadre des appels à projet du ministère des Affaires étrangères et des programmes européens, pour créer une dynamique de coopération entre collectivités locales.

Ce programme a-t-il vocation à favoriser le processus d’adhésion de ces pays à l’UE ?

J-C. Mairal  : L’objectif de ce programme est de travailler ensemble, entre acteurs territoriaux, pour faciliter l’intégration de ces pays dans l’Union européenne. Il s’agit aussi de favoriser les échanges et la compréhension entre territoires, et d’aider à la création d’un espace de solidarité dans les Balkans.

La présence des autorités locales permet une meilleure compréhension de la population et des territoires à ce processus d’adhésion. Les États nationaux doivent assurer la mise en place d’une véritable gouvernance, mais la proximité reste indispensable. Les autorités locales sont une interface entre le national et le supranational pour l’UE, et ont un rôle à jouer pour crédibiliser cette adhésion auprès des territoires et des populations, mais aussi pour enclencher des dynamiques de compréhension et sortir de tensions nationalistes. C’est d’autant plus important que nous sommes dans une période de crise systémique, qui a des conséquences sociales très importantes sur tous les territoires de l’UE et des Balkans.

Quelles sont les attentes dans les Balkans ?

J-C. Mairal  : On sent beaucoup d’enthousiasme de la part des partenaires dans les territoires, de certains élus également, et de la société civile. Je le vois par exemple en Bosnie centrale, sur les projets traitant des questions agricoles. Lors des assises, élus kosovars et serbes étaient très enthousiastes, et ça faisait plaisir de les voir échanger ensemble. C’est symbolique, mais les tensions nationalistes et les enjeux politiciens ne disparaîtront pas en un jour. La tendance qui voit le jour en ce moment est très positive. Maintenant, on ne va pas se raconter d’histoire, les projets se heurtent parfois, selon les lieux, aux réticences de certains partenaires politiques car ils soulèvent des enjeux importants. Pour autant, cette attitude n’est pas générale. Et un projet comme le notre va accentuer ce qui est en train de germer au niveau politique.

Comment sont répartis les rôles sur place entre les différents partenaires ?

Antonella Valmorbida  : Le programme est porté par des collectivités françaises. Dans ce cas précis, le titulaire de l’action est la région Auvergne, qui regroupe autour d’elle les collectivités françaises et leurs correspondants dans les Balkans. Les acteurs politiques s’engagent alors, avec leurs élus, leurs services.

L’ALDA intervient quant à elle sur certains des aspects d’assistance technique du programme, en vertu de son caractère opérationnel, c’est-à-dire concrètement dans la rédaction de documents, la réalisation des structures, ou encore l’organisation de conférences comme celle d’aujourd’hui à Bruxelles. Au-delà de l’aspect technique, nous avons aussi une bonne connaissance des Balkans. Notre association existe depuis 1999 et compte 12 agences de la démocratie locale dans les Balkans. Nous avons un rôle d’assistance, de conseil, et de relations sur le terrain. Notre association, qui est européenne, permettra par ailleurs, et permet déjà, de faire le lien avec d’autres acteurs européens de la coopération décentralisée et de la présence dans les Balkans, des villes, des collectivités ou associations de toute l’Europe engagés sur le thème de la gouvernance, de la décentralisation, et de la participation citoyenne.