« Les industriels ne pensent jamais à l’intérêt commun »
Le co-président du groupe des Verts au Parlement européen revient, pour Euractiv.fr, sur les difficultés rencontrées dans les négociations du paquet énergie-climat, sur la présidence française, mais aussi sur les élections européennes à venir.
Le co-président du groupe des Verts au Parlement européen revient, pour Euractiv.fr, sur les difficultés rencontrées dans les négociations du paquet énergie-climat, sur la présidence française, mais aussi sur les élections européennes à venir.
Le paquet énergie-climat est-il en danger?
Nous sommes face à trois problèmes. Le premier, et c’est une grande déception, c’est que la mère du paquet climatique, la chancelière allemande Angela Merkel, aujourd’hui, se dérobe. Le deuxième, c’est que dans la situation actuelle de crise financière, les responsables politiques croient devoir faire des propositions au rabais. Enfin, le troisième problème, c’est qu’avec des pays aussi différents que la Pologne ou l’Allemagne, il faut créer un compromis qui soit aussi durable et soutenable pour les uns et pour les autres. Quoiqu’il en soit, il y a une erreur de réflexion quand on croit que face à la crise financière, on doit mettre en berne nos exigences climatiques.
Si vous étiez à la place d’Angela Merkel, quelle réponse feriez-vous aux industriels allemands, qui veulent freiner l’adoption d’objectifs ambitieux?
Je leur dirais : «Ecoutez, trop c’est trop. Ca fait quinze ans qu’on vous dit qu’il faut réduire la production de CO2 par les automobiles, et vous ne l’avez pas fait. Maintenant, vous allez le faire, parce que la réglementation va vous y obliger.»
Les industriels ne pensent jamais à l’intérêt commun. C’est d’ailleurs leur logique. Mais c’est aux pouvoirs publics de penser à l’intérêt commun. Et cet intérêt commun, aujourd’hui, c’est qu’on ne peut pas continuer comme ça. Nous devons appliquer à l’environnement ce que l’on dit sur les finances en terme de régulation. On ne peut pas dire qu’on a compris qu’il faut réglementer davantage dans le secteur des finances et en faire moins dans l’environnement : ce n’est pas logique!
Selon vous, y a-t-il une chance que les négociations sur ce paquet législatif aboutissent avant la conférence de Poznan, qui se tiendra fin 2008?
Nous devons aboutir. A Poznan, d’une manière ou d’une autre, il y aura une négociation qui aura abouti. Maintenant, toute la question est de savoir en quoi consistera cet accord.
Pour l’instant, on assiste à une grosse bagarre. De son côté, le Parlement européen joue son rôle : en début de semaine, on a vu le vote à la commission environnement. Il faut maintenant que les uns et les autres, États et Parlement européen, jouent leur rôle.
Que pensez-vous de la manière dont la Présidence française mène les négociations sur le paquet?
D’abord, la Présidence française a des idées, et puis elle a un très bon coordinateur, qui est Jean-Pierre Jouyet. Mais elle se trouve face au dysfonctionnement bureaucratique de l’Europe.
D’un côté, vous avez la présidence, et de l’autre les ambassadeurs permanents qui siègent au Coreper et dans toutes les institutions du même type et qui n’ont qu’une chose en tête : «Les présidences passent, nous, nous restons.» Aujourd’hui, c’est cette strate technocratique qui fait la politique. Alors nous allons voir si, dans les dernières semaines de la Présidence française, Paris va mettre la politique devant la technocratie.