« Les extrêmes ne mènent plus les débats électoraux aux Pays-Bas »

La couleur politique de la coalition, qui émergera du scrutin du 12 septembre, conditionnera la ligne politique européenne du pays, estime Adriaan Schout, chercheur à l’Institut néerlandais de relations internationales.

La couleur politique de la coalition, qui émergera du scrutin du 12 septembre, conditionnera la ligne politique européenne du pays, estime Adriaan Schout, chercheur à l’Institut néerlandais de relations internationales.

Adriaan Schout est directeur de recherche Europe à sein de l’Institut Clingendael, institut néerlandais de relations internationales.

Quels sont les principaux thèmes de la campagne électorale aux Pays-Bas?

Le sujet majeur est celui de la réforme du système de santé qui pose non seulement des questions économiques essentielles, mais aussi éthiques.

Tous les partis s’accordent à vouloir diminuer le montant des pensions de retraite, mais les propositions diffèrent en termes de méthodes et de délais. Nous avons également connus de longs débats sur la question d’une réforme du système d’imposition.

En pleine crise de la dette souveraine, l’Europe a-t-elle été un enjeu majeur de ces élections? Quelles sont les différences de position entre les partis?

Contrairement à ce que l’on imaginait, l’Europe n’a pas été l’enjeu principal des débats. D’aucuns s’attendaient à des élections contre l’UE mais, en réalité, nous avons assisté à des discussions très pertinentes sur le sujet. Les débats en général ont été moins déterminés par les extrêmes, celui sur l’Europe s’est donc avéré bien plus modéré. En cela ce scrutin est une bonne chose et est venu à temps.

Le seul véritable parti anti européen est le Parti pour la liberté de Geert Wilders (PVV) : il est opposé à l’intégration européenne et souhaite l’abandon de l’euro. Toutes les autres formations politiques sont favorables à l’intégration européenne et soutiennent la monnaie unique, mais ont des visions différentes de l’Europe.

Le parti libéral-démocrate (libéraux de gauche) est fédéraliste : favorable aux Eurobonds, à l’extension des pouvoirs du Parlement européen, aux élections combinées avec ce dernier, etc. 

Le parti vert souhaite donner plus de responsabilités à la BCE et le parti socialiste, que beaucoup pensaient eurosceptique, se situe près de la ligne politique de François Hollande. Il souhaite une Europe moins libérale dotée d’une BCE aux compétences élargies et un plus grand rôle pour les États en matière bancaire.  

Sur l’Europe, la question n’est plus l’euroscepticisme la ligne politique suivie.

Quelles sont les inquiétudes de la population sur l’Europe ?

Le peuple a peur du chaos qu’un abandon de l’euro provoquerait et espère une sortie de crise.  Les inquiétudes sur la monnaie unique restent bien évidemment fortes, mais les Pays-Bas sont un petit pays dont 70% des exports sont dirigés vers l’UE. Nous sommes donc tous parfaitement conscients de l’importance de l’Europe et de l’euro.

Parmi les récents sondages, l’un donnait le parti socialiste (parti d’extrême gauche aux Pays-Bas) gagnant. Est-ce un scénario probable?

On s’attendait à des débats électoraux centrés autour de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Il est apparu qu’en réalité l’attention portée jusque-là sur les extrêmes n’était que la conséquence d’une faiblesse de leadership au sein des partis situés au centre de l’échiquier politique.

Le parti travailliste néerlandais a cependant réglé ce problème et est revenu sur le devant de la scène durant ces élections avec son candidat, Diederik Samsom. Cela a fait perdre des voix au parti socialiste dont les chances de gagner sont réduites.

Quel type de coalition pourrait-on alors voir émerger ?

Il est fort probable que le prochain gouvernement se situe au centre et compte trois partis. La question est de savoir s’ils auront besoin d’un quatrième partenaire ?

Nous ne savons pas si la coalition sera de centre droit ou de centre gauche. Dans le premier cas, les questions européennes resteront probablement abordées telles qu’elles l’ont été auparavant, sur une ligne proche de celle d’Angela Merkel.

Loin de s’aligner sur la politique de François Hollande, une coalition de centre-gauche pourrait toutefois consentir à fournir plus d’efforts en matière d’aide aux États en difficulté (soutien à l’emploi des jeunes et à l’éducation par exemple). Quant aux mesures d’austérité, ces partis restent conscients qu’il est inévitable de prendre des mesures dans ce sens.

Malgré l’éclatement de la coalition dont il était le Premier ministre, Mark Rutte est-il toujours populaire?

Si Diederik Samsom sort gagnant des débats entre leaders, Mark Rutte semble toujours mener les élections et reste relativement populaire. Il pourrait reprendre sa place de Premier ministre. Son parti (Parti populaire pour la liberté et la démocratie) est favorable à l’intégration européenne tout en défendant l’établissement de règles fortes et de plus d’indépendance mais il s’est prononcé contre l’extension des pouvoirs du Parlement européen et est vigoureusement opposé aux Eurobonds.

Comment expliquer l’instabilité politique de ces dix dernières années aux Pays-Bas?

Tout d’abord, une période de crise favorise toujours l’instabilité politique. Cette dernière était par ailleurs entretenue par l’absence de leadership qui, jusque-là, caractérisait les partis du centre. Par ailleurs, créer un parti politique aux Pays-Bas est relativement aisé, bien plus facile qu’en Allemagne par exemple.

Nous connaissons donc un nombre élevé de partis marginaux. Souvent fruits de l’initiative d’un seul homme, ces petits partis naissent et grandissent très rapidement parce qu’ils attirent l’attention. Ils disparaissent toutefois aussi vite. Nous avons donc un système partisan plus flexible qu’ailleurs qui permet à certaines frustrations de se cristalliser de façon momentanée.