« Le rejet des OGM est un vrai problème pour le progrès scientifique »

Le directeur de la fondation Farm affirme qu’une agriculture de grande qualité, avec un faible impact environnemental, et des coûts réduits doit forcément passer par les biotechnologies.

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Le directeur de la fondation Farm affirme qu’une agriculture de grande qualité, avec un faible impact environnemental, et des coûts réduits doit forcément passer par les biotechnologies.

Quel rôle doit jouer la régulation dans la future politique agricole commune (PAC) ?

J’ai beaucoup d’interrogations sur cette question. Je pense que l’on peut améliorer, à l’échelle européenne, la transparence et l’information. Certains marchés à terme peuvent peut-être être régulés, c’est-à-dire éviter des distorsions de concurrence. Mais quand les autorités politiques vendent aux professionnels agricoles l’idée de la régulation, c’est une grande illusion. On ne reviendra pas à des instruments de marché comme il y en a eu dans le passé.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Les marchés sont structurellement fluctuants, et cela fait partie de leur fonctionnement. On ne va pas lutter contre la fluctuation des prix.

Il faut donc renforcer les acteurs économiques des organisation agricoles. Je pense notamment aux coopératives et aux filières. Elles doivent pouvoir peser davantage sur les marchés. Aujourd’hui, 20% des productions céréalières des deux prochaines campagnes sont déjà vendues, par des contrats à terme. Cela signifie qu’une partie du revenu de ces producteurs est garanti. Plus les acteurs économiques sont importants au sein des filières agricoles, mieux ils encaissent la volatilité.

Dans votre étude, vous faites une grande place à la recherche. Or, selon vous, elle est freinée…

Le rejet par nos concitoyens des OGM et des biotechnologies est un vrai problème pour le progrès scientifique. Les nouvelles technologies, nécessaires à l’agriculture environnementale, reposent sur deux pieds. D’une part, une meilleure valorisation des systèmes écologiques doit passer par les sols, les plantes et la lutte biologique,… D’autre part, le potentiel biologique des plantes doit tirer partie de ce que contient leur génome, et leur capacité à résister aux maladies.

La recherche doit être l’une des composantes principales de la future PAC?

L’évolution des pratiques agricoles ne pourra pas satisfaire toutes les attentes des citoyens, qui sont très exigeants, s’ils n’acceptent pas, parallèlement, un gros effort en terme de biotechnologies. 

On ne peut pas à la fois se passer de la chimie, des pesticides, d’une partie de l’azote, et refuser les biotechnologies. C’est comme si l’on voulait avoir l’électricité pas cher, et se passer du nucléaire, du carbone et du charbon. Il faut choisir. 

D’un côté, vous affirmez que la PAC manque de légitimité. De l’autre vous défendez les OGM. Comment concilier ces deux convictions? 

Si l’opinion publique enferme l’agriculture dans tout ce qu’elle lui demande : une grande qualité, un faible impact environnemental, et des faible coûts, ainsi que le refus du progrès scientifique, elle la place dans une impasse. L’attitude de l’opinon publique de rejet des OGM bloque l’ensemble de la recherche sur les biotechnologies.

Comment donner une nouvelle légitimité à la politique agricole commune? 

La « relégitimation » va prendre un certain temps. Beaucoup d’acteurs français du monde agricoles souhaitent «un nouveau pacte», qui reposerait notamment sur des contrats. 

C’est une bonne idée, mais ce sera difficile à mettre en œuvre à 27 étant donnée la grande disparité entre les pays. Les « nouveaux États membres » se trouvent un peu dans la situation dans laquelle les « anciens États » étaient il y a 30 ans. La relégitimation va donc prendre du temps.

De plus, selon moi, les agriculteurs ont déjà fait beaucoup d’efforts. Ils ont diminué considérablement la quantité de pesticides utilisé, par exemple. Mais ces efforts sont peu visibles car les agriculteurs ne savent pas les valoriser. Ils n’ont pas construit les indicateurs pour cela.

Enfin, je trouve que les agriculteurs pourraient faire de gros efforts dans la gestion des biens du paysage. Dans les territoires que je connais, ils ont un peu fait comme si l’espace leur appartenait. Ils ne peuvent pas prétendre être des gestionnaires de l’espace, exiger une rémunération pour cela, et faire comme si cet espace était leur propriété privée. 

La politique agricole commune a-t-elle un rôle à jouer vis-à-vis des pays en développement?

La PAC doit absolument être solidaire des agricultures pauvres. Jusqu’à aujourd’hui, l’Europe a construit ses politiques en cloisonnant la politique agricole et la politique de développement. Ce cloisonnement est désuet.

il faut rapprocher les politiques agricoles et les politiques de développement pour valoriser les compétences, l’expérience, et les capacités d’investissement des filières agricoles européennes. C’est ainsi que l’on aidera à construire des filières agricoles dans le Sud. Et qui peut mieux le faire que ceux qui l’ont fait en Europe?

Bernard Bachelier est l’auteur de deux essais publiés par la Fondation pour l’innovation politique : Sécurité alimentaire, un enjeu global et Pour une nouvelle politique agricole commune