« Le processus de l’UPM est à moitié gelé »

Robert del Picchia, sénateur (UMP) et membre de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranée, est l’auteur d’une communication sur la situation de l’Union pour la Méditerranée. Il revient, pour EURACTIV.fr, sur les dernières évolutions de l’UPM.

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Robert del Picchia, sénateur (UMP) et membre de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranée, est l’auteur d’une communication sur la situation de l’Union pour la Méditerranée. Il revient, pour EURACTIV.fr, sur les dernières évolutions de l’UPM.

Quels principaux enseignements avez-vous tiré de la communication que vous venez de présenter à la commission des Affaires européennes du Sénat?

D’abord, il faut dire que la réunion de lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM), le 13 juillet à Paris, a été indéniablement un succès diplomatique. Le but de ce nouveau processus est de renforcer les relations bilatérales et de faire du concret, plutôt que de faire de la «politique politicienne» en se disputant autour de la Méditerranée entre membres du Sud et membres du Nord.  

Alors que nous pensions que ces objectifs pouvaient être facilement atteints, nous nous sommes rendus compte que nous avions un peu souffert du manque d’institutions. Les 43 pays présents à Paris le 13 juillet ont d’abord lancé des projets, des idées et des objectifs, et puis dans un deuxième temps, ils ont réfléchi aux institutions. Même si tout le monde s’est mis d’accord pour un sommet tous les deux ans, une co-présidence partagée entre la France et l’Egypte, l’UPM ne dispose toujours pas d’un secrétariat, ni de comités permanents chargés de préparer les réunions et de les suivre. 

Le financement n’est pas non plus clairement défini. Il est convenu que l’Union européenne prenne en charge la moitié des dépenses, la seconde moitié étant à partager entre les pays membres de l’UPM. Le problème est que pour les premiers projets sur lesquels nous avons pu un peu avancer, il fallait payer 80 millions d’euros.

Quel impact la crise qui a éclaté à Gaza à la fin de l’année 2008 a-t-elle eu sur le processus?

Si les problèmes institutionnels et financiers sont surmontables, le réel blocage est effectivement plutôt constitué par les événements de Gaza. Cette crise a bloqué beaucoup de choses. Les pays arabes ont hésité à continuer à participer à l’UPM, mettant un point d’honneur à régler ce problème avant d’avancer sur les projets. Et en voulant d’abord régler les problèmes politiques avant d’avancer sur les projets, on risque de retomber dans le processus de Barcelone.

Cette crise a engendré des difficultés institutionnelles, notamment sur la place à accorder à la Ligue arabe. Israël ne voulait pas de la Ligue arabe, que les co-présidents avaient invitée à participer aux réunions. Quant aux pays arabes, ils insistaient sur la présence de la Ligue. Résultat : plusieurs réunions ont été annulées, y compris une réunion ministérielle importante, en Jordanie, sur l’eau.

Qu’en est-il de la co-présidence de l’UPM? La France va-t-elle céder sa place?

On ne sait pas toujours très bien qui va lui succéder. Au moment de prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE, les Tchèques n’ont pas voulu de la co-présidence de l’UPM et l’ont laissé à la France. Mais il semblerait que les Suédois la réclameront, lorsqu’ils seront présidents de l’UE, au deuxième semestre 2009.

Aujourd’hui, où en sommes-nous?

Aucune réunion n’est prévue dans l’immédiat. On peut dire que le processus est à moitié gelé. 

Mais même si l’on ne parvient pas, pour l’instant, à avancer sur les questions institutionnelles, il nous reste les projets. Des experts et des diplomates continuent à y travailler sans avoir l’aval officiel des institutions. 

Par ailleurs, la Ligue arabe a obtenu un statut d’observateur pour assister à toutes les réunions. Deuxièmement, le siège est à Barcelone, et il y aura un représentant du sud à Barcelone. Des secrétaires généraux adjoints ont été mis en place. Il faut en créer un de plus pour la Turquie.

L’objectif de l’UPM d’arriver à la paix par des projets concrets est-il, selon vous, réaliste?

Avec Barcelone, on a fait le pari inverse, et cela n’a pas fonctionné. Et pourtant, il y avait de l’argent sur la table. Les projets ne pouvaient pas être réalisés parce qu’il n’y avait pas d’accord politique. Or, l’objectif de l’UPM, c’est de dire que si l’on n’arrive pas à se mettre d’accord politiquement, il faut au moins essayer de réaliser les projets. 

On peut, par exemple, avoir des coopérations renforcées. Un ou deux pays du nord peuvent se mettre d’accord avec quelques pays du sud pour réaliser des projets. Si ceux-ci avancent et fonctionnent, d’autres pays pourront venir s’agréger à ces idées. Deux ou trois projets réussis peuvent faire boule de neige.

Si le Nord et le Sud arrivent à faire des choses concrètes, nous pourrons alors réféléchir à la solution politique. Celle-ci devrait venir d’elle-même le jour où tout marchera bien autour de la Méditerranée.

La crise financière peut-elle avoir un impact sur le financement de ces projets?

Elle peut être aussi bien négative que positive. Des pays qui ont moins d’argent peuvent, certes, dire qu’ils ne peuvent pas financer tel ou tel projet. Mais d’un autre côté, certains pays peuvent choisir de financer des projets créateurs d’emplois. 

Par ailleurs, au sud de la Méditerranée, certains marchés peuvent connaître un fort développement, et aider les pays du Nord qui ont aujourd’hui des problèmes financiers ou industriels. La crise peut avoir des bons côtés.

Y a-t-il encore des points communs entre processus de Barcelone et Union pour la Méditerranée?

L’UPM et le processus de Barcelone ne forment plus qu’un seul et même processus. Quelques pays du Sud qui s’y sont ajoutés : nous leur disons «bienvenus à bord», et nous allons tous dans la même direction.