« Le Parlement européen danse sur le pont du Titanic »

Le Parlement européen semble totalement exclu de la gestion de la crise de la zone euro. Pour Florent Saint-Martin, professeur associé à Sciences Po et co-auteur d’un ouvrage dédié à cette institution, les eurodéputés pèchent par manque d’activisme politique.

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Le Parlement européen semble totalement exclu de la gestion de la crise de la zone euro. Pour Florent Saint-Martin, professeur associé à Sciences Po et co-auteur d’un ouvrage dédié à cette institution, les eurodéputés pèchent par manque d’activisme politique.

Ces dernières semaines, le Parlement européen a été constamment mis à l’écart par la France et l’Allemagne, qui s’arrogent le leadership de la gestion de la crise. Comment réagit-il ?

Le Parlement européen regarde passer le train. Le travail continu comme si de rien n’était, c’est assez perturbant.

Il y a eu quelques initiatives, avec le plan très fédéral décliné en sept points de Guy Verhofshadt (chef de file des libéraux européens), qui comprend la création d’un Fonds monétaire européen et d’un ministère des Finances européen. Le rapport du député libéral Ramon Tremosa sur la Banque centrale européenne a également été adopté, mais de manière inaperçue, car aucun débat n’a été organisé dans l’hémicycle.

Pendant ce temps, les commissions des Affaires économiques et des Affaires constitutionnelles s’interrogent toujours sur l’opportunité d’un rapport d’initiative pour prendre position sur la modification des traités et le rôle de la BCE. Ces commissions n’ont pas pris la mesure de l’urgence, elles n’ont pas bouleversé leur calendrier pour travailler sur un programme qui collerait à l’agenda du Conseil européen. Au final, le Parlement donne l’impression de danser sur le pont du Titanic.

Les eurodéputés sont donc responsables de leur propre marginalisation ?

Le Parlement européen n’a pas de pouvoir d’initiative, monopole de la Commission. Il ne faut cependant pas négliger le poids de la parole politique. Rien n’empêche le président du Parlement européen de porter une parole extrêmement forte. Or, Jerzy Buzek manque de leadership, il reste un personnage trop consensuel.

Ce type de profil est en réalité favorisé par l’accord technique entre les deux principaux groupes politiques pour désigner le président. Un jour ou l’autre, le Parlement devra revenir sur ce mode de désignation qui ne convient plus à une institution ayant l’ambition d’être un acteur politique de poids.

Que pourrait faire le Parlement européen pour enfin se faire entendre ?

Si la France et l’Allemagne prennent la main sur la révision des Traités, le Parlement doit marteler urbi et orbi qu’il faut une Convention réunissant les représentants du Parlement européen, des parlements nationaux, des chefs d’État et de gouvernement et de la Commission.

Le Conseil des ministres peut décider de ne pas convoquer une Convention, mais à condition que les eurodéputés l’acceptent. Et il ne faudra surtout pas se résoudre à une telle option, qui pourrait être avancée en raison de l’urgence de la réforme, et réclamer au contraire une Convention. La réforme des traités envisagée est de trop grande ampleur pour s’en passer.

Par ailleurs, le Parlement aurait très bien pu demander une séance extraordinaire pour entendre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sur les plans qu’ils proposent. Je reconnais que c’est très délicat politiquement, car cela revient à admettre, en creux, l’Europe intergouvernementale. Les interlocuteurs deviennent les chefs d’État, et non plus les commissaires ou le président du Conseil européen. Mais il faut impérativement associer le Parlement européen.

Les solutions de crise proposées sont extrêmement engageantes pour les peuples. Or, on est en train de les mettre devant le fait accompli, en leur disant qu’on ne peut pas faire autrement et qu’il s’agit de solutions techniques.  Nous avons vu en 2005, en France et aux Pays-Bas, les résultats de cette méthode…