« Le marché des renouvelables comporte deux enjeux : le coût et l’innovation »

Dans un entretien à EURACTIV.fr, le député européen Pascal Canfin (Verts/ALE - Europe Ecologie), analyse le débat sur les renouvelables en France, plus particulièrement sur l’éolien.

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Dans un entretien à EURACTIV.fr, le député européen Pascal Canfin (Verts/ALE – Europe Ecologie), analyse le débat sur les renouvelables en France, plus particulièrement sur l’éolien.

Que vous inspirent les réactions hostiles des défenseurs du paysage au développement de l’éolien en France ?

Pendant un certain temps, des ONG comme France Nature Environnement n’étaient pas favorables aux éoliennes pour des raisons liées à la protection de la nature. Elles ont largement changé de position.

L’opposition vient donc plutôt de ceux qui ne veulent pas que l’on touche à leur patrimoine. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas tenir compte des populations locales, bien évidemment.

Mais il est étonnant de voir que la construction d’une centrale nucléaire ou de lignes électriques pose beaucoup moins de problèmes que celle de trois éoliennes. Et, d’une certaine manière, l’ensemble du système administratif par lequel il faut passer pour mettre en place des éoliennes est sans doute trop important par rapport au poids de la contestation.

Dans les autres pays d’Europe cela n’a pas l’air d’être le cas….

Non. Le poids de la critique est d’autant plus important qu’on sait qu’elle va aboutir. En France, le cadre parlementaire surpondère tellement les critiques que finalement, on ne fait rien. Si, avec la densité de la France, nous ne sommes pas capable de faire des éoliennes sans que cela ne pose trop de problème, c’est à marcher sur la tête ! Des pays beaucoup plus denses que nous y arrivent. 

Certains opposants à l’éolien s’interrogent sur la nécessité d’investir dans cette énergie, qui va coûter cher à mettre en place et dans laquelle nous ne sommes pas compétitifs, alors que la France est déjà performante dans l’hydraulique et le nucléaire. Que vous inspirent ces interrogations ?

Il y a deux manières de voir les choses. On peut considérer que nous ne rattraperons jamais notre retard sur le solaire ou l’éolien, que nous disposons d’un champion national dans le domaine du nucléaire et que le reste n’est pas pour nous.

Ou alors on pense que les technologies, et donc le marché des renouvelables, vont évoluer beaucoup, et très vite. Dans ce cas, il n’y a aucune raison de penser qu’il n’est pas possible de rattraper le retard pris au début.

Je pense que la filière n’est pas suffisamment mûre technologiquement pour dire que nous avons déjà perdu. C’est peut-être encore plus flagrant sur le solaire, qui va peut-être encore évoluer plus vite que l’éolien.

Ce marché comporte deux enjeux principaux  : la question du coût et celle de l’innovation. Essayer de faire ce que font les Chinois aujourd’hui ne sert à rien. En revanche, si nous décidons d’innover, d’inventer de nouveaux matériaux, de réfléchir à la question de la puissance de la capacité à injecter de l’électricité dans le système, il y a encore beaucoup à faire.

Ce n’est pas simplement une question de volontarisme politique mais aussi de positionnement économique.

Considérez-vous qu’il soit difficile aujourd’hui pour les industriels d’investir dans les renouvelables en France ?

Une grande partie de la politique dans le domaine de l’énergie en France est liée aux priorités données au nucléaire. Il y a donc toujours une incertitude politique et juridique et les investisseurs dans les renouvelables peuvent effectivement s’interroger pour savoir s’il y a un marché ou pas.

Cela dit, il existe un cadre européen qui fixe des objectifs. Or, nous sommes très en dessous. Donc, même si, par malheur, nous ne parvenions pas à les atteindre, nous aurions quand même augmenté la puissance installée dans les renouvelables. Même si la priorité en France n’est clairement pas les renouvelables en termes d’investissement public, il y a quand même un marché potentiel.

Un haut responsable de GE Energy déclarait récemment dans une interview à EURACTIV.fr qu’on en saurait plus sur le nombre d’emplois verts créés quand un grand marché mondial serait véritablement mis en place. Partagez-vous ce point de vue ?

L’idée qu’il faudrait un grand marché mondial avant de faire quoi que ce soit est la meilleure excuse pour ne rien faire.

L’Allemagne, par exemple, s’est fixée pour objectif d’ici 2020 de créer autant d’emplois dans les énergies renouvelables que dans l’automobile. Sans grand marché mondial, des politiques nationales existent déjà. Celles-ci peuvent être freinées ou encouragées par les négociations internationales, mais rien n’empêche un État de faire des choix d’investissements publics. La France n’a pas attendu qu’il y ait un grand marché mondial du nucléaire pour investir dans ce domaine.

Il ne faut pas oublier que le marché européen est le plus grand marché du monde. Il y a donc suffisamment à faire et suffisamment d’objectifs politiques validés en Europe. Même s’ils ne sont pas suffisamment ambitieux à nos yeux, ils ont le mérite d’exister. 

Sans compter que toutes les études sur les emplois verts qui comptabilisent la création et la destruction d’emploi trouvent toujours un solde positif.

Quelles en sont les raisons ?

Tout d’abord, l’intensité en emploi de ces énergies-là, et de l’ensemble de la conversion écologique des secteurs qui vont se développer, est supérieure à l’intensité en emploi des secteurs qui vont décroître. Mécaniquement, pour la même valeur ajoutée, on crée plus d’emplois en France et en Europe.

Le deuxième enjeu est financier. Même si nous sommes très nucléarisés, aujourd’hui, la consommation en énergie est très massivement importée. En 2008, la France a par exemple dépensé 60 milliards d’euros pour acheter du  pétrole et du gaz. On pourrait remplacer ces matières premières par de l’efficacité énergétique, ou de l’énergie renouvelable faite en France et Europe. Cet argent ne partirait pas à l’extérieur mais constituerait de la valeur ajoutée qui reste ici et qui serait donc autofinancée en grande partie.

Il faut une impulsion politique mais ce n’est pas une logique de perfusion publique. Il y a un vrai enjeu industriel et une vraie logique économique.