« La victoire des conservateurs peut constituer un danger pour l’Europe »

Florence Faucher-King, directrice de recherche au Centre d’études européennes de Sciences Po, revient à chaud sur les résultats des élections britanniques du 6 mai 2010. Le Parti conservateur n’est pas parvenu à obtenir la majorité absolue des sièges aux Communes lors des élections législatives. Les Tories devance le Labour, mais n’ont pas la majorité absolue. Les libéraux-démocrates se retrouvent en troisième position.

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Florence Faucher-King, directrice de recherche au Centre d’études européennes de Sciences Po, revient à chaud sur les résultats des élections britanniques du 6 mai 2010. Le Parti conservateur n’est pas parvenu à obtenir la majorité absolue des sièges aux Communes lors des élections législatives. Les Tories devance le Labour, mais n’ont pas la majorité absolue. Les libéraux-démocrates se retrouvent en troisième position.

Ces élections législatives en Grande-Bretagne auront été les plus incertaines depuis des années. Finalement après plus de 13 ans au pouvoir, les travaillistes se sont fait battre par les conservateurs, quelles vont être les conséquences pour le Labour ?

La victoire conservatrice était attendue, comme en témoignaient les sondages bien que beaucoup d’électeurs étaient encore indécis. Les sondages donnaient aussi les travaillistes 3e, derrière les libéraux-démocrates. Les conséquences pour les travaillistes dans cette hypothèse auraient été encore plus terribles, cela aurait été une claque, un réel choc et aurait amené à la démission de Gordon Brown.  Ils auraient du mener des élections internes afin de choisir un nouveau dirigeant.

Aujourd’hui le parti conservateur n’a qu’une majorité relative, il n’a pas la majorité absolue lui permettant de former un gouvernement. 

Les Tories n’ont pas obtenu la majorité absolue, et ne peuvent donc pas former un gouvernement dès aujourd’hui. On se trouve dans la fameuse hypothèse du Parlement suspendu, que pensez-vous d’une alliance avec les libéraux –démocrates ? Les deux partis partagent des position différentes notamment sur l’Europe ?

Le fait de ne pas avoir la majorité absolue est un problème considérable pour le Parti conservateur. Ils existent de grandes différences entre les les Libdem et les conservateurs. Une collaboration ne sera pas nécessairement très facile. L’alliance avec les conservateurs ne serait pas forcément la solution la plus logique pour le Libdem.

Leurs divergences sont générales. Les Libdems veulent un projet de réforme visant à par exemple instaurer un impôt plus juste, alors que le programme des conservateurs vise au contraire à alléger l’impôt sur les héritages. Leur position sur l’immigration n’est pas la même non plus.

Plus spécifiquement, il existe des divergences sur l’Europe entre les deux partis. Nick Clegg à la tête du parti des Libéraux démocrates est considéré comme le plus europhile des trois candidats. David Cameron, chef de fil des conservateurs, est l’exact opposé. Le parti conservateur est de plus en plus eurosceptique. C’est d’ailleurs David Cameron qui a fait sortir les conservateurs du Parti Populaire Européen (PPE), pour rejoindre les souverainistes.

Nick Clegg a déclaré qu’il ne souhaitait pas de rapprochement avec les travaillistes, qu’en pensez-vous ?

La déclaration de Nick Clegg date déjà d’il y a 10 jours. De plus, il a exclu toute entente avec le parti travailliste uniquement s’ils arrivaient en 3 position. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. On peut d’ailleurs tout à fait comprendre cette décision, en un sens elle s’inscrit dans un contexte. Nick Clegg a toujours eu une position ambiguë, et les électeurs du Libdem viennent à la fois des travaillistes et des conservateurs.

La crise grecque a-t-elle pu inciter les Britanniques à voter pour les conservateurs, eurosceptiques?

Les conservateurs ont fait campagne sur ce thème en scandant «  nous sommes la prochaine Grèce », « donnez-nous une majorité absolue sinon ce sera le chaos ». Ils ont presque menés une campagne de peur. Cet élément a joué un rôle, mais cela ne veut pas dire pour autant que si les conservateurs sont effectivement au pouvoir, ils amélioreront la situation des Britanniques. Ils risquent de proposer le même remède de cheval à la crise que le plan d’austérité de la Grèce.

Si les conservateurs forment un gouvernement, quelle sera désormais selon vous la politique européenne de la Grande-Bretagne ? 

Pour l’Europe, la victoire des conservateurs est un danger. Le parti conservateur est eurosceptique, mais la population l’est aussi. Les conservateurs sont les plus clairs dans leur volonté de limiter le rôle de l’Union européenne. Ils sont ainsi en faveur de l’élargissement, de l’adhésion de la Turquie pour limiter le rôle politique de l’Union. L’élargissement réduit encore les chances d’avoir un projet politique. Plus l’Europe s’étend, plus elle s’éloigne de la possibilité du modèle fédéral. 

En cas d’alliance avec les conservateurs, les Libéraux démocrates auront je pense, peu de possibilité d’action sur l’Europe. Une alliance des libéraux démocrates avec les travaillistes seraient plus à-même de porter des politiques européennes. Sur ces questions, les Lidems ont plus de chance de déteindre sur les travaillistes, que sur les conservateurs.

Florence Faucher-King est directrice de recherche au Centre d’études européennes de Sciences Po. Ses recherches portent essentiellement sur les transformations du militantisme et des cultures politiques en Grande-Bretagne. Elle est également l’auteur d’un ouvrage avec Patrick Le Galès sur les Gouvernements New Labour qui dressent un bilan des gouvernements Tony Blair et Gordon Brown.