La Russie « très proche » de la dictature, selon le leader de l’opposition russe
Alors que le conflit avec l’Ukraine se poursuit, la Russie est aujourd’hui « très proche » de devenir une dictature. Plus le conflit se prolongera, plus le régime deviendra autoritaire, a expliqué Nikolaï Ribakov, leader du seul parti d’opposition légal de Russie à EFE, média partenaire d’EURACTIV.
Alors que le conflit avec l’Ukraine se poursuit, la Russie est aujourd’hui « très proche » de devenir une dictature. Plus le conflit se prolongera, plus le régime de Vladimir Poutine deviendra autoritaire, a expliqué Nikolaï Ribakov, leader du seul parti d’opposition légal de Russie, le Parti démocratique russe unifié (Iabloko) — à EFE, média partenaire d’EURACTIV, lors d’un entretien exclusif.
« Nous sommes très proches de la dictature, mais nous en sommes encore au stade de l’autoritarisme. Cependant, plus les opérations militaires dureront, plus le pays deviendra autoritaire », a confié M. Ribakov à EFE dans les locaux du parti à Moscou.
M. Ribakov est à la tête du seul parti qui s’oppose publiquement à la campagne militaire, une position pacifiste qu’il maintient depuis la première guerre de Tchétchénie en 1994.
« Il y a beaucoup de négativité en Russie actuellement. C’est une période de haine et de mépris de la vie humaine. La propagande de Staline est renforcée. L’année dernière, de nombreuses personnes se sont montrées prêtes à sacrifier la vie d’autrui au nom d’une soi-disant victoire », a-t-il déclaré.
Il a toutefois ajouté que « la Russie n’a pas changé au cours des douze derniers mois », mais que l’intervention militaire a aggravé « les tendances anti-occidentales et isolationnistes existantes ».
« Il y a eu une tentative de sortir de cette spirale à la fin des années 1980 et au début des années 1990, mais nous nous sommes très vite égarés et le cynisme a pris le pas sur la compassion en politique et nous sommes rapidement revenus au dogme bolchévique selon lequel la fin justifie les moyens », a expliqué M. Ribakov.
Il en résulte une Constitution présidentialiste, un système politique sans séparation des pouvoirs et la marginalisation du peuple dans le processus décisionnel.
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Dérive autoritaire
Le plus dangereux, estime-t-il, « est que le mécanisme pacifique et démocratique de passation des pouvoirs a été réduit à néant. Quand tout repose sur une seule personne, les risques sont très grands, encore plus dans la situation actuelle ».
M. Ribakov a par ailleurs déploré que le conflit en Ukraine « enfonce de plus en plus le pays dans un bourbier dont il est nécessaire de sortir au plus vite ».
« Pour ceux qui disent que M. Poutine a inventé tout cela, qu’il est responsable de tout et que s’il s’en va, le ciel bleu reviendra du jour au lendemain […] et nous serons tous heureux : ce n’est pas le cas. Des moments plus difficiles pourraient survenir », a averti M. Ribakov.
Selon lui, les Russes sont divisés en deux groupes. « Certains soutiennent les meurtres, qu’il s’agisse de ceux qui prônent la victoire de la Russie ou de ceux qui défendent l’Ukraine. D’autres, bien moins nombreux, pensent que personne ne devrait être tué », a-t-il expliqué.
« Ceux qui prônent la paix sont considérés en Russie comme des demi-fous. La plupart des Russes sont assoiffés de sang, qu’ils soient pro- ou anti-Poutine », a-t-il indiqué.
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Vladimir Poutine ne bluffe pas
M. Ribakov a insisté sur le fait que « [Vladimir] Poutine croit tout ce qu’il dit », y compris lorsqu’il parle d’une éventuelle guerre nucléaire.
« N’en doutez pas. M. Poutine ne bluffe pas. Il a anticipé chaque étape, y compris l’ultimatum d’avant-guerre. Tout ce qu’il a dit, il l’a concrétisé. »
Il a également tenu à attirer l’attention sur le récit de M. Poutine selon lequel « en tant que martyrs, nous irons au paradis et les autres ne feront que mourir ». Pour M. Ribakov, « ce n’est pas une allégorie, c’est un message direct sur ce qui peut arriver ».
Lorsque, au Kremlin et dans les cercles proches de celui-ci, on affirme que « sans Vladimir Poutine, il n’y a pas de Russie » et que « sans la Russie, le monde n’a aucun sens pour nous », cela doit également être pris au sérieux, estime le leader du parti d’opposition.
En outre, pour le président russe, « la défaite dans la guerre signifie la mort de la Russie. […] Les armes nucléaires seront utilisées au cas où l’existence du pays venait à être menacée. Et selon lui, ce scénario [la défaite] constituerait précisément cette menace », estime M. Ribakov.
M. Ribakov a également insisté sur l’importance de pousser Moscou à mesurer « la menace réelle de la guerre nucléaire ».
Un cessez-le-feu urgent
Pour le Parti démocratique russe unifié, la voie à suivre est une déclaration de cessez-le-feu, un échange de prisonniers et une enquête sur les crimes de guerre comme base des négociations de paix.
« La fin des hostilités ouvre la voie aux négociations de paix. Sans trêve, les négociations sont impossibles », a expliqué le dirigeant de parti.
Il a toutefois précisé qu’il n’y a « que quatre personnes dans le monde qui peuvent y parvenir : [Vladimir] Poutine, [Volodymyr] Zelensky, Joe Biden et Xi Jinping ».
« La défaite est inacceptable pour la Russie, mais aussi pour l’Occident. Et si aucun des deux camps ne trouve la défaite acceptable, alors il faudra penser à arrêter la guerre. »
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]