« La PAC ne favorise pas l’installation des jeunes », selon le président des Jeunes Agriculteurs

Alors que le projet de loi d’orientation et d’avenir agricoles devrait être présenté sous peu par le gouvernement, le président de Jeunes Agriculteurs revient sur l'enjeu du renouvellement des générations et appelle l'UE à mettre en pause les normes environnementales.

Euractiv France
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Arnaud Gaillot, président de Jeunes Agriculteurs (JA)

Alors que le projet de loi d’orientation et d’avenir agricoles devrait être présenté sous peu par le gouvernement, le président de Jeunes Agriculteurs (JA) Arnaud Gaillot revient pour EURACTIV sur l’enjeu du renouvellement des générations d’agriculteurs et appelle l’UE à mettre en pause les normes environnementales.

Arnaud Gaillot est éleveur dans le Doubs et président du syndicat Jeunes Agriculteurs (JA).

EURACTIV France. Mercredi 21 juin, le gouvernement a dissout par décret les Soulèvements de la Terre, mouvement dont la dernière action visait des maraîchers nantais accusés d’alimenter une agriculture intensive. Que pensez-vous de cette décision ?

Arnaud Gaillot. C’est une bonne nouvelle. Que l’État mette un terme à un groupe violent qui détruit des biens agricoles, je trouve cela tout à fait normal. Nous sommes tous conscients des problématiques environnementales. Nous acceptons de débattre des solutions à apporter face à l’urgence climatique. Mais la violence, les saccages, l’insurrection ne sont pas concevables dans un pays démocratique. Et que des élus de la République soutiennent ce mouvement, je trouve cela très grave.

Dans 10 ans, la moitié des agriculteurs français et européens partiront à la retraite. Qu’attendez-vous de la prochaine grande loi d’orientation et d’avenir agricole qui ambitionne de créer 20 000 installations par an, contre 14 000 actuellement ?

J’ai dit que 2023 serait l’année du renouvellement des générations, car si nous échouons dans ce projet, je ne vois pas comment nous pourrions nous relever. Quelle agriculture voulons-nous pour le futur ? C’est le moment ou jamais de donner un cap, une impulsion, collectivement. Car avant d’être une loi, ce projet est un pacte, raison pour laquelle le gouvernement travaille depuis 6 mois avec la société civile.

À l’heure où la jeunesse se cherche, se sent perdue face aux bouleversements et défis immenses qui s’imposent, nous lui tendons la main. Vous voulez nous aider à trouver un équilibre entre production alimentaire et protection de la planète ? Rejoignez-nous !

Vous dites que la transmission des fermes est « un angle mort » politique depuis de nombreuses années. Pourquoi ?

Pendant très longtemps le fils ou la fille du fermier reprenait l’exploitation naturellement, cela se négociait dans la famille, avec des héritages, et des paiements souvent arrangeants pour les jeunes. Ce système fonctionnait.

Mais aujourd’hui, les nouveaux agriculteurs, plus encore les NIMA (non issus des milieux agricoles) s’installent hors cadre familiale. Avec l’inflation, les coûts de reprises sont très élevés. Il faut donc accompagner et aider davantage les jeunes agriculteurs.

En les aidant à accéder aux terres ?

Nous avons la chance en France d’avoir un système avantageux avec les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) qui aident les nouveaux agriculteurs à acheter des terres, notamment via des fonds de portage que nous devons faire connaître et expliquer.

Nous proposons donc d’inscrire dans cette loi la création d’un guichet unique, c’est-à-dire un interlocuteur à disposition de chaque porteur de projet pour l’éclairer et le guider.

Sur 9 milliards d’euros par an de budget PAC en France, plus de 200 millions sont prévus pour aider les jeunes agriculteurs. Au niveau européen, le budget de la PAC (45 milliards d’euros) prévu pour les jeunes agriculteurs s’élève à 8,5 milliards d’euros. Est-ce suffisant ? 

La PAC ne favorise pas vraiment l’installation, notamment parce que les aides à l’hectare ou à la tête de bétail contribuent à l’agrandissement des exploitations et freine la transmission. Il faut tout de même reconnaître un virage positif dans cette nouvelle PAC : nous sommes passés de 2 à 4 % de budget pour l’aide à l’installation. Il faudra bien sûr augmenter cette enveloppe dans le futur, cela me paraît évident.

Une autre avancée est la récente redéfinition de l’agriculteur actif, avec la fin du cumul des aides PAC et de la retraite après 67 ans, ce qui encourageait la conservation des fermes. Nous nous sommes également battus avec la FNSEA pour augmenter les petites retraites, indispensable pour pousser à céder l’exploitation.

L’UE porte de grandes ambitions sur le plan environnemental, comme en témoigne le règlement sur la restauration de la nature qui vient d’être adopté par les représentants des États membres réunis en Conseil. Restaurer les écosystèmes, n’est-ce pas indispensable pour sauver nos systèmes alimentaires futurs ?

Il faut choisir entre deux positions, bien représentées au Parlement européen. Il y a ceux qui pensent que la seule solution pour sauvegarder la planète est la récession, et les autres, comme nous, qui pensent que l’on peut dégager de la richesse, tout en répondant aux défis par la recherche et l’innovation. Vouloir réduire la production agricole est une folie et nous entraine vers plus de dépendance envers les pays tiers.

Si l’UE n’a pas de véritable politique pour l’installation et la transmission des fermes, elle a en revanche un pouvoir normatif, directif, dont l’impact est énorme. Nous ne sommes pas contre les réglementations, au contraire, mais je pense que la Commission européenne devrait se mettre en pause, interroger les pays et les parties prenantes. Elle verrait alors que cette accumulation de normes, depuis des décennies, fait aussi disparaître les agriculteurs.

Est-il possible de concilier renouvellement des générations et transition agroécologique ?

Oui. Le fait que de nombreux entrants ne viennent pas du milieu agricole est une chance. Ils n’ont pas vécu dans l’exploitation de leurs parents et sont donc plus enclins à accepter les changements. C’est une opportunité pour accélérer la transition et modéliser la ferme « France » du futur.

Nous devons pousser chaque filière à raisonner à 10 ou 30 ans, pour savoir où s’implanter sur le territoire et connaitre les besoins pour orienter, demain, les jeunes. Nous voulons rendre obligatoire un « diagnostic gestion des risques » dans chaque ferme reprise, pour identifier ses points forts et ses faiblesses en matière sociale, économique et environnementale. Le nouvel arrivant aura ainsi toutes les cartes en main pour se projeter dans l’avenir.

Comment donner envie aux jeunes de s’engager dans ce métier ?

Les crises successives nous ont plongés dans un climat de morosité. Les agriculteurs eux-mêmes donnent souvent une image négative de leur noble métier, dont le but est de nourrir les citoyens. Il faut, je pense, arrêter de donner une image trop sombre du secteur. Encore faut-il nous donner les moyens de produire d’investir dans la recherche et l’innovation.

Les politiques ont maintenant une grande responsabilité : renouveler la génération qui partira dans les 10 ans à venir. Jeunes Agriculteurs a fait des propositions. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement et du Parlement.