« La crise grecque a joué un rôle très important dans la victoire de la droite tchèque »
Petr Drulák, directeur de l’Institut des relations internationales de Prague, revient pour EURACTIV.fr sur les résultats des élections législatives tchèques et leurs conséquences pour l’UE.
Petr Drulák, directeur de l’Institut des relations internationales de Prague, revient pour EURACTIV.fr sur les résultats des élections législatives tchèques et leurs conséquences pour l’UE.
Les deux principaux partis de la vie politique tchèque (?SSD et ODS) n’ont recueilli que 40% des voix. La vie politique du pays va-t-elle en être bouleversée ?
C’est difficile à dire, il faudra voir les conséquences à long terme. Les effets immédiats sont très surprenants, les résultats du parti social-démocrate (?SSD) étant pires que ceux que l’on attendait. En outre, beaucoup d’élus sortants n’ont n’a pas été réélus et ce, pas seulement au ?SSD mais aussi au parti conservateur, l’ODS. On parle désormais d’une nouvelle génération d’hommes et particulièrement de femmes politiques car ces dernières seront beaucoup plus nombreuses au Parlement. Autre surprise, un nouveau parti, le TOP 09, a connu un grand succès. Il est devenu la troisième force politique du pays. De nombreux signes laissent donc penser que ces élections étaient très significatives pour la vie politique du pays. Ce qui compte désormais est de savoir comment sera composé le nouveau gouvernement de coalition.
Le parti de gauche est arrivé en tête mais ne semble pas en mesure de former un gouvernement : se dirige-t-on pour autant nécessairement vers un gouvernement de centre-droit?
Il s’agit du scénario le plus probable, mais un doute plane sur le nouveau parti des Affaires publiques. Il s’agit d’un parti populiste de droite difficile à saisir. Personne ne sait comment il va se comporter durant les négociations et lorsqu’il sera au pouvoir. Les négociations entre les trois partis de centre-droit pourraient donc échouer, ce qui ouvrirait la voie à une grande coalition ?SSD-ODS, scénario certes peu probable mais toujours possible.
Sur quelle base commune les trois partis de centre-droit pourront-ils s’entendre pour former un gouvernement ?
Ces partis ont la volonté d’en finir avec les usages politiques d’hier et veulent au contraire mener une politique plus transparente. La lutte contre la corruption et une politique fiscale conservatrice constituent la base commune des programmes de l’ODS et de TOP 09. La position des Affaires publiques est moins claire : ce parti est certainement plus à droite que le ?SSD et devrait être en faveur d’une politique fiscale conservatrice.
Comment expliquer que ces deux nouveaux partis, TOP 09 et Affaires publiques aient conquis autant d’électeurs tchèques en si peu de temps?
Les électeurs étaient fatigués et déçus par les partis traditionnels. Ils étaient en quête de changement, peut-être pourrait-on dire de rupture. Les deux nouveaux partis les ont donc convaincus qu’ils pouvaient transformer l’État, le rendre plus efficace et supprimer la corruption.
La crise grecque a-t-elle joué un rôle significatif dans la victoire des partis de droite ?
Elle a joué un rôle très important car la droite a su convaincre les électeurs qu’un vote en faveur de la gauche entraînerait un scénario à la grecque. L’idée que les partis de gauche représentent l’irresponsabilité fiscale fait parti de la rhétorique de la droite tchèque.
La situation des finances publiques tchèques est-elle comparable à celle de la Grèce ?
Non, car la dette de l’État n’est pas très élevée et demeure en-dessous des 60% de Maastricht. La dynamique des déficits publics est plus inquiétante. Le déficit budgétaire est assez élevé et continue d’augmenter. Les réformes des retraites et de la santé sont également des questions importantes non résolues par le gouvernement précédent.
L’UE et l’adhésion à la zone euro ont-elles été présentes pendant la campagne électorale tchèque ?
Mise à part la crise grecque, aucune autre question internationale n’était présente, pendant la campagne. L’adhésion à la zone euro prendra certainement plusieurs années, car les Tchèques observent avec attention la situation en Slovaquie. Voir ce pays, le plus pauvre de la zone euro, contribuer au sauvetage de la Grèce, a endommagé la réputation de l’Europe et n’a pas contribué positivement à la cause de l’adhésion de la République tchèque à la monnaie unique.
Quelle va être la politique européenne de la République tchèque avec le nouveau gouvernement de centre-droit ?
Je ne m’attends à aucun changement majeur. Très certainement, le leader de TOP 09, Karel Schwarzenberg, devrait devenir ministre des affaires étrangères, poste qu’il a déjà occupé lors de la présidence tchèque du Conseil de l’UE en 2009. On peut cependant avoir l’espoir que la politique étrangère tchèque sera plus consistante et plus rationnelle qu’autrefois.