« La BEI n’a pas vocation à jouer le rôle des banques commerciales »
Un an après le début de la crise financière, le vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Philippe de Fontaine Vive, dresse le bilan de la mise en place des prêts BEI aux PME, dans une interview accordée à EURACTIV.fr.
Un an après le début de la crise financière, le vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Philippe de Fontaine Vive, dresse le bilan de la mise en place des prêts BEI aux PME, dans une interview accordée à EURACTIV.fr.
La BEI a souvent été présentée comme le sauveur des PME pendant la crise. Qu’en est-il vraiment ? Quel bilan dressez-vous au bout d’un an ?
J’ai engagé une concertation dans l’ensemble de l’Europe pour écouter les banquiers et les PME afin de savoir ce que l’on pourrait faire pour améliorer la situation. Il fallait à la fois simplifier radicalement notre produit pour faciliter son administration par les banques, et exiger beaucoup plus de transparence pour que les patrons de PME soient informés que l’UE contribue à satisfaire leur besoin de crédit.
J’ai présenté cette réforme aux ministres des Finances en septembre 2008. Il se trouve que, par hasard, le projet est tombé au moment de la crise. Non seulement les ministres ont dit oui, mais ils nous ont en plus demandé de faire un effort en volume, plus important que ce que nous avions anticipé, et de prêter 30 milliards d’euros en quatre ans, dont la moitié en 2008-2009.
Nous avons aujourd’hui largement tenu ce pari en volume. En 2008, nous avons prêté 8,5 milliards d’euros dans l’ensemble de l’Europe, dont 1,350 milliard en France. En 2009, nous arriverons à près de 11 milliards, dont 1 milliard en France.
Comment travaillez-vous avec les banques françaises ?
Nous avons une douzaine de réseaux bancaires dans le pays. La quasi-totalité d’entre eux se sont donc tournés vers nous, y compris Oséo, pour nous emprunter de l’argent, et pour le «reprêter» de la façon la plus rapide possible aux PME avec des conditions de prêts moins exigeantes sur la procédure mais beaucoup plus transparentes. Le fait d’emprunter à la BEI doit normalement être visible au moins sur le site de la banque, voire dans le contrat, et, encore mieux, dans une lettre individuelle aux patrons de PME pour qu’ils voient qu’ils ont été partie prenante de ce dispositif de soutien européen.
En France, les prêts BEI pour les PME semblent encore très peu connus… Comment expliquez-vous cette situation, alors que les chiffres que vous annoncez semblent bons ?
Ces chiffres peuvent sembler significatifs, mais ils restent modestes si on les compare à l’ensemble des encourts de crédit. Et c’est très bien ainsi. Nous n’avons pas vocation à jouer le rôle des banques commerciales.
Les quelques milliers d’entreprises, qui ont bénéficié depuis un an des prêts BEI via le système bancaire, ne sont qu’une petite fraction des millions de PME qui existent.
Même si je serais ravi que la BEI soit un peu mieux connue en France, ce n’est pas mon objectif premier. Ma priorité, est que la BEI puisse avoir un peu mieux accès à un réseau bancaire commercial plus à l’écoute.
Comment vous assurer que les conseillers bancaires qui s’occupent des PME vous connaissent et proposent vos prêts aux PME ?
Il est essentiel que nos actions aboutissent à une mobilisation des banques commerciales. Doivent-elles former tous leurs agents de guichet, ou un agent par guichet? Ou bien un agent par région, ou par ville? C’est à chaque banque de faire ses choix. La compétition doit se faire aussi là-dessus.
Ce matin [jeudi 24 septembre, ndlr], au cours d’une réunion entre banquiers, une banque nous disait qu’elle avait spécialisé une équipe dans les prêts BEI. Et que lorsqu’un crédit peut devenir éligible à la procédure BEI, il a un traitement particulier. Cette banque a formé 2000 personnes dans son réseau grâce à une procédure informatique très rapide.
Je suis certain que dans les semaines qui viennent, d’autres banques vont mettre en place une formation analogue. C’est pour cela qu’il faut faire jouer la concurrence.
Est-il envisageable de signer un accord-cadre en France avec le secteur bancaire, comme cela a été le cas en Italie ?
Nous avons dit à la Fédération bancaire française (FBF) que nous étions prêts à le faire. Nous l’avons fait en Italie car l’ABI (l’Association des banques italiennes) et la Confindustria (organisation patronale italienne) voulaient aller en ce sens. Ils ont monté des groupes de travail qui permettent de faire des choses concrètes. En France, si la FBF d’un côté, le MEDEF et la CGPME de l’autre, veulent monter quelque chose d’analogue, je suis à leur disposition. A eux de me dire s’ils estiment qu’Oséo est un dispositif satisfaisant.
Comment la France a-t-elle réagi aux dispositifs proposés par la BEI ?
Très vite. Ce pays compte parmi les pays les plus dynamiques. Le fait que je m’en occupe n’est d’ailleurs pas sans lien avec cette situation. Je connais bien ce marché et les organisations bancaires. L’Italie a également réagi très vite.
Idem pour l’Angleterre, qui n’avait pas l’habitude de travailler avec nous.
A l’exception de la Barclays…
Oui, mais c’était la seule banque britannique, avec Close Brothers. Maintenant, nous sommes demandés de façon incroyable Outre-Manche. C’est un changement radical dans ce pays.
Il y a une montée très radicale de la demande également en Espagne, du fait de la gravité de la crise dans ce pays.
En Allemagne, nous maintenons l’effort. Et nous sommes en train de voir ce que nous pouvons faire en Europe de l’Est. Parce que c’est là que la crise économique a les effets les plus puissants.
La phase suivante sera celle du renouvellement. Une fois les premiers crédits alloués, nous verrons comment recharger le dispositif.
Quelle sera votre méthode ?
Il faut être à l’écoute. Ce produit marche bien pour l’instant. S’il y en a besoin, nous sommes capables de le développer et les moyens financiers qu’on y a mis sont là pour ça.
Aujourd’hui, les besoins semblent s’orienter vers des outils mezzanine. Il y a deux mois, nous avons donné un mandat au Fonds européen d’investissement, qui est notre filiale, pour créer des produits mezzanine avec des fonds d’investissement. Après la réunion de ce matin [jeudi 24 septembre, ndlr], entre professionnels, nous allons savoir si des banques commerciales françaises vont vouloir venir partager du risque avec nous, sur un nouveau produit de partage de risques que l’on pourrait lancer à la fin de cette année.
Des banques sont-elles partantes ?
Certaines ont exprimé leur intérêt. Je crois qu’il y a eu un coup d’accélérateur très fort. Le volume de 2010-2011, si la croissance est bien de retour, risque d’être inférieur. Je pense que c’est le moment de développer d’autres produits.