« L’UE n’est pas prête à appliquer les régulations agricoles »

Le président (PS) de la région Auvergne, René Souchon, auteur d’un avis sur l’avenir de la PAC pour le Comité des régions, plaide pour que le niveau régional joue un plus grand rôle dans la gouvernance de la politique agricole.

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Le président (PS) de la région Auvergne, René Souchon, auteur d’un avis sur l’avenir de la PAC pour le Comité des régions, plaide pour que le niveau régional joue un plus grand rôle dans la gouvernance de la politique agricole.

Dans votre avis, vous plaidez pour une évolution des modes de gouvernance de la PAC. Il s’agit en particulier de mieux prendre en compte la spécificité des territoires. Quelles sont les pistes pour cela? 

Nous allons vers l’instauration généralisée d’aides à l’hectare et non plus en fonction des références historiques. Il faut se battre pour que ces aides soient modulées en fonction des handicaps, de l’emploi, ou de la production…

Dans un cadre pré-établi par Bruxelles (pour éviter les distorsions de concurrence), il faut laisser une marge de manœuvre au niveau régional ou aux autorités territoriales pour adapter les aides aux réalités locales. Nous préconisons un système qui colle à la réalité des territoires et soit décidé au plus près des exploitations.

Les régions ne veulent pas gérer le produit de la PAC mais contribuer à animer un tour de table avec tous les partenaires : l’État, les organisations syndicales et économiques. 

Le commissaire européen [Dacian Ciolos] reconnait qu’il n’y a plus une seule agriculture mais une multi-agriculture. C’est un pas en avant très important. Nous avons entretenu pendant longtemps l’illusion d’une seule agriculture en Europe. Or, il faut coller à la réalité des territoires. C’est l’échelon géographique régional qui est pertinent. On ne peut pas se contenter de venir chercher le co-financement des régions quand on en a besoin, notamment sur le deuxième pilier de la PAC.

Vous êtes l’un des pères des quotas laitiers, instaurés en 1984. Ils vont disparaître en 2015. Que faire désormais ?

Ce système a certainement vécu, mais de là à le supprimer, il y a un pas qu’il n’aurait pas fallu franchir.

Il faut trouver d’autres régulations. On peut envisager des systèmes de quotas améliorés, ou de prix garantis jusqu’à un certain niveau avant d’appliquer le prix du marché…

Il faut des régulations fortes et pour l’instant, l’Europe n’est pas prête à les mettre en œuvre parce que les États libéraux n’en veulent pas. Y compris en France, on dit que ces régulations vont être mises en place, mais dans l’intervalle, beaucoup d’agriculteurs auront mis la clé sous la porte. C’est ce que veut l’Europe libérale. Pour l’aménagement du territoire, c’est catastrophique.

Faut-il modifier le droit de la concurrence ?

Oui, mais c’est marginal. Le problème de fond n’est pas là. Il faut se concentrer sur l’adéquation offre/demande. Tout ce qui tourne autour de la contractualisation et de l’organisation de la filière n’est pas ce qui modifiera les choses en profondeur. C’est une amélioration, mais ce n’est pas la panacée. 

La PAC est organisée en deux piliers : le premier est consacré au soutien direct des agriculteurs, et le second au développement rural. Vous portez un regard un peu sceptique sur cette structure en deux piliers…

Il faudrait passer les pratiques environnementale dans le premier pilier et isoler le déloppement rural. Il ne faut pas tout mélanger, comme c’est le cas aujourd’hui.

La politique de développement rural est une politique d’aménagement du territoire qui doit figurer au titre de la politique de cohésion territoriale. Cela dit, ce n’est pas vrai pour toute l’Europe, en particulier pour les nouveaux entrants. 

Par conséquent, faute de les supprimer, les deux piliers doivent être au moins mieux délimités. Et les bonus distribués pour récompenser les pratiques respectueuses de l’environnement doivent passer dans le premier pilier.

Mais Dacian Ciolos semble plutôt s’orienter vers un renforcement du deuxième pilier…

Forcément, puisque le deuxième pilier est co-financé! Et comme il n’y a pas un sou de l’État, ce co-financement tombe sur les régions. C’est particulièrement pervers et ne peut pas marcher.

Au nom de quelle logique le développement rural serait-il financé par les fonds de la politique agricole? Ca n’a aucun rapport! Il faut se rendre compte que forcer sur le deuxième pilier en le liant au premier dans le cadre de la PAC revient à faire financer aux collectivités territoriales un domaine que l’État n’a pas les moyens de co-financer.

Ne pensez-vous pas que dans le contexte actuel, le budget de l’agriculture sera le premier à souffrir ?

Le danger est bien là. Mais ce serait une erreur de sacrifier la politique agricole. Il faut a minima maintenir son budget et, peut-être, le faire progresser. Si l’on cogne sur le budget de l’agriculture qui est le premier budget européen, on va porter un coup terrible à l’environnement et à l’améngement du territoire. On va faire disparaître l’agriculture, notamment l’élevage et les viandes, dans une partie très importante de l’Union européenne, dont la France.

AGENDA : 

9 juin : Vote de l’avis Souchon par le comité des Régions