« L’Europe doit sortir de la rigueur drastique généralisée »
L’Observatoire français des conjonctures économiques a présenté, jeudi 26 juillet, son évaluation du projet économique du quinquennat de François Hollande. Les économistes estiment que la zone euro doit changer de stratégie de sortie de crise.
L’Observatoire français des conjonctures économiques a présenté, jeudi 26 juillet, son évaluation du projet économique du quinquennat de François Hollande. Les économistes estiment que la zone euro doit changer de stratégie de sortie de crise.
L’OFCE s’oppose à l’objectif « zéro déficit » prôné par Bruxelles. Pourquoi ?
Avoir un déficit conjoncturel, lié à une baisse de l’activité et donc à une diminution des rentrées fiscales, n’est pas grave. Les déficits jouent le rôle de stabilisateur automatique. Quand la conjoncture est mauvaise, les dépenses sociales, notamment, continuent et permettent de limiter la chute de l’activité.
A contrario, le déficit structurel, qui correspond, en période normale, à des dépenses supérieures aux recettes doit être combattu.
Mais quand le déficit structurel est nul ou quasi nul, c’est bête de faire de l’austérité. Une gestion vertueuse vise à atteindre zéro déficit structurel, mais pas conjoncturel.
Mais la France ne peut pas le décider seule…
Non, elle ne peut agir de manière unilatérale. Les objectifs doivent être changés tous ensemble. A l’heure actuelle, c’est certain, le gouvernement n’a pas d’autre choix que de réaffirmer qu’il mettra tout en œuvre pour arriver à l’équilibre des finances publiques et à zéro déficit, puisque c’est la règle.
Notre but est d’inciter les autorités européennes à sortir de cette stratégie de rigueur drastique et généralisée. Tant que nous visons cet objectif, toutes les mesures de soutien à l’emploi seront dérisoires.
Dans notre évaluation du projet économique de François Hollande, nous jugeons que les « contrats générations » et la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires dans la période actuelle sont plutôt de bonnes mesures. Mais ces initiatives ne pourront pas contrebalancer les effets négatifs sur le marché du travail, qui résultent de la stratégie d’austérité généralisée.
D’après nos évaluations, les mesures pour l’emploi ne coûtent pas cher et vont créer au cours du quinquennat entre 100 000 et 200 000 emplois. Ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu pour faire baisser le chômage.
Le seul moyen de sauver l’Europe n’est pas une stratégie de relance, mais moins d’austérité. Tant qu’un nouvel objectif ne sera pas fixé, nous serons dans cette mécanique infernale qui peut déboucher uniquement sur l’aggravation du chômage, même si de bonnes mesures sont prises au niveau national.
Viser, tous en même temps [en Europe] un très fort désendettement ne marchera pas.
Comment la situation de l’Espagne peut-elle s’améliorer ?
Tant que Madrid lèvera des fonds à des taux s’élevant à 7 à 7,5%, ce n’est pas tenable [ils ont baissé à 6,8% vendredi 27 juillet, ndlr]. Le pays est un cas intéressant. Avant la crise en 2007, il était montré comme un exemple à suivre : un État peu endetté, avec des excédents budgétaires, une croissance de 3% et un marché du travail extrêmement flexible.
Trois ans plus tard, l’Espagne est au ban de l’Europe. Il est urgent que les taux d’intérêt à 10 ans baissent et reviennent à des niveaux d’avant-crise, c’est-à-dire à 4%.
Soit ils baissent seuls et les marchés financiers reprennent confiance, ce qui ne me semble pas du tout être le chemin emprunté en ce moment, soit l’Europe prête directement à l’État et l’Espagne ne se refinance plus sur les marchés. Il n’y a pas d’autres solutions. Et puisque la première option n’a pas l’air de fonctionner, malgré les efforts du gouvernement espagnol, il n’y a pas d’autres choix que de prêter de l’argent au pays.
Comment analysez-vous la situation en Grèce ?
Athènes est un cas plus compliqué. L’Espagne et l’Italie ont des économies qui fonctionnent. Malgré les plans d’austérité drastiques, il y a tout de même une réponse de l’économie, ce qui n’est pas vraiment le cas en Grèce.
De plus, le niveau d’endettement n’est pas le même. Les cas grec et espagnol ne peuvent être réglés de la même manière. La dette grecque n’aurait pas dû être un problème, elle était relativement faible lorsqu’on la ramène à l’échelle de la zone euro. L’Europe aurait dû dire aux Grecs : « Ne vous financez plus sur les marchés, ne venez que vers nous. » Nous pouvons aussi restructurer une partie de la dette. Mais plus on attend, plus ce sera compliqué.
Et si la Grèce sort de la zone euro, ce sera un grand saut vers l’inconnu pour le pays, qui confortera les marchés financiers dans leur idée qu’un État peut sortir de la zone euro.
La France envoie-t-elle un bon signal en soutenant Rome et Madrid pour une aide plus directe du FESF?
Oui, il faut aider ces pays. S’ils tombent, on tombe avec eux, car les interconnexions sont trop fortes. Aider les Italiens et les Espagnols c’est nous aider aussi. La stratégie allemande depuis le début de la crise est un échec.
On ne parvient pas à mettre un terme à cette crise depuis trois ans parce qu’on met de l’huile sur le feu. Il faut à tout prix changer de cap. Il y a une solution : monétiser la dette, c’est-à-dire demander à la BCE d’aider ces pays. Les aides directes aux États vont être nécessaires, sinon leur situation va empirer.
L’évaluation de l’OFCE est disponible ici.