IVG dans la Constitution : « Une défaite pour le mouvement 'pro-vie' en Europe »

Le Sénat a approuvé mercredi la sanctuarisation de l’IVG dans la Constitution française, une première en Europe et dans le monde. Une défaite pour l’extrême droite et le mouvement « pro-vie », souligne Camille Butin, dans une interview accordée à Euractiv. 

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French senators examine constitutional law on abortion rights
"C'est fait ! Dans une semaine, la France sera le premier pays d'Europe à inscrire l'avortement dans sa Constitution. Maintenant, faisons de l'avortement un droit fondamental européen", a posté sur X la sénatrice écologiste Mélanie Vogel. [CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA]

Le Sénat a approuvé mercredi (28 février) la sanctuarisation de l’IVG dans la Constitution française, une première en Europe et dans le monde. Une défaite pour l’extrême droite et le mouvement « pro-vie », souligne Camille Butin de la Fédération internationale des plannings familiaux (IPPF), dans une interview accordée à Euractiv. 

« Cette décision historique de la France envoie un signal fort à l’Europe et au reste du monde », se félicite Camille Butin dans une interview accordée à Euractiv.

Après le vote des députés fin janvier, le feu vert des sénateurs constituait la dernière étape pour inscrire le droit des femmes à l’avortement dans la Constitution, avant un vote du Congrès lundi (4 mars).

La chambre haute du Parlement a largement voté en faveur (267 pour, 50 contre) de l’inscription dans la Constitution de la « liberté garantie » aux femmes « de recourir à une interruption volontaire de grossesse ».

« C’est fait ! Dans une semaine, la France sera le premier pays d’Europe à inscrire l’avortement dans sa Constitution. Maintenant, faisons de l’avortement un droit fondamental européen », a posté sur X la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, saluée par de nombreux eurodéputés quelques minutes après le vote.

En France, l’idée de sanctuariser le droit à l’IVG a émergé après l’annulation de l’arrêt Roe v Wade par la Cour suprême des États-Unis en juin 2022, véritable « onde de choc » en Europe.

« Beaucoup de gens se sont rendu compte que l’avortement n’était jamais un droit complètement garanti », analyse Camille Butin.

Et ce droit est souvent remis en question, notamment par les mouvements dits « pro-vie », qui criminalisent l’avortement et ne rechignent pas à user de stratégies de communication « choc ». Depuis le début des débats sur la constitutionnalisation de l’IVG, nombreux sont les députés et sénateurs à avoir reçu des fœtus en plastique ou des lettres les incitant à voter contre.

Le 21 janvier, 6 000 militants – 15 000 selon les organisateurs – de la Marche pour la vie, la manifestation annuelle des « pro-life », ont défilé à Paris contre le projet de révision de la Constitution.

Les pancartes et banderoles affichaient « Protéger le faible, ça c’est fort », ou bien « Génération pro-vie ».

Dépenses « anti-genre » en hausse

« Les mouvements « pro-vie » sont actifs en Europe et bien financés. Ils communiquent entre eux d’un pays à un autre et ont des stratégies communes », explique la chargée de plaidoyer à l’IPPF.

Les dépenses annuelles des mouvements « anti-genre » en Europe ont été multipliées par quatre, passant de 22,2 millions de dollars en 2009, à 96 millions de dollars en 2018, selon le rapport de l’European Parliamentary Forum for sexual and reproductive rights (EPF).

Les anti-genre sont une mouvance d’extrême droite, qui s’oppose aux mouvements de défense des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. Les associations « pro-vie » en font partie.

Financés en grande partie par les États-Unis et la Russie, mais aussi par d’autres pays conservateurs comme la Hongrie, ils sont particulièrement actifs en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne et en Pologne, rapporte l’EPF. 

« Cette décision de la France, c’est une énorme défaite pour les mouvements « pro-vie » en France, mais aussi en Europe et dans le reste du monde », souligne Camille Butin. 

La menace de l’extrême droite

En parallèle, l’apparition croissante de dirigeants d’extrême droite au pouvoir en Europe a remis en cause l’accès au droit à l’avortement dans plusieurs pays, comme en Pologne ou en Hongrie. 

« L’avortement est l’un des premiers droits attaqués par l’extrême droite quand elle arrive au pouvoir », poursuit Camille Butin, selon qui la France se pose en leader en protégeant ce droit durement acquis grâce à Simone Veil, alors ministre de la Santé, en 1975. 

Pour autant, si l’extrême droite arrive au pouvoir en France lors de la prochaine élection présidentielle, il sera beaucoup plus compliqué de revenir sur le droit à l’avortement, une fois qu’il sera inscrit dans la Constitution. En somme, « c’est une défaite politique » pour les extrêmes, se félicite Camille Butin. 

Mais la victoire de la France suffira-t-elle à affaiblir les mouvements anti-genre en Europe ? « Pas forcément », répond Mme Butin, qui souligne que les militants gardent leurs financements et leurs connexions.

Même si la garantie du droit à l’avortement ne relève pas de la compétence de l’UE, les élections européennes de juin seront déterminantes. Les sondages font état d’une explosion du vote d’extrême droite, qui pourrait venir renforcer la force de frappe politique de ces partis au sein du Parlement européen.

« Plus l’extrême droite aura accès au Parlement, plus elle exercera une influence sur les décisions prises. La bataille n’est pas terminée », conclut-elle.