Irina Bokova : ‘Je ferai respecter l’équilibre linguistique à l’UNESCO’ [FR]
Dans un entretien à EURACTIV, la nouvelle directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, dévoile ses projets pour l’organisation chargée de la promotion de l’éducation, de la science et de la culture à travers le monde, et promet de réserver une attention particulière à la francophonie. Irina Bokova est diplomate de carrière et a occupé le poste de vice-ministre des affaires étrangères en charge de l’intégration de la Bulgarie à l’UE. Elle répondait aux questions de Georgi Gotev. Pour lire une version résumée de cet entretien, cliquez ici.
Dans un entretien à EURACTIV, la nouvelle directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, dévoile ses projets pour l’organisation chargée de la promotion de l’éducation, de la science et de la culture à travers le monde, et promet de réserver une attention particulière à la francophonie.
Irina Bokova est diplomate de carrière et a occupé le poste de vice-ministre des affaires étrangères en charge de l’intégration de la Bulgarie à l’UE.
Elle répondait aux questions de Georgi Gotev.
Pour lire une version résumée de cet entretien, cliquez ici.
Mme Bokova, acceptez mes félicitations pour votre élection. Ceci est sans aucun doute un succès extraordinaire autant pour vous que pour votre pays, la Bulgarie. Comment analysez-vous cette victoire ?
C’est effectivement un succès pour les idées que j’essaye de faire passer depuis plusieurs années à travers l’activité de la Bulgarie à l’UNESCO, mais pas seulement dans cette enceinte.
Il me semble que ceci est une victoire pour l’Europe de l’Est, et elle est d’autant plus symbolique alors que l’on célèbre le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Il faut saluer l’arrivée d’un représentant de l’Europe de l’Est à la direction d’une organisation internationale de cette importance.
Je me permets de penser que les messages de ma campagne sont passés, c’est-à-dire des messages d’optimisme, de tolérance, de respect envers les autres candidats, d’efforts communs nécessaires à notre organisation, en particulier dans le domaine du dialogue multiculturel, de l’entente entre les peuples, du respect mutuel entre les civilisations et des efforts de forger l’unité dans la diversité.
Et je voudrais souligner aussi l’importance de la présence d’une femme pour la première fois à la tête de cette organisation. Je suis fière d’être cette femme.
La Bulgarie est-elle devenue plus forte, depuis qu’elle a rejoint l’UE, en 2007 ? Comme diplomate, vous devez en savoir quelque chose ?
Oui, sans aucun doute, la Bulgarie est beaucoup plus forte dans l’Union. Mais je dois dire que j’étais la candidate de la Bulgarie du début jusqu’à la fin.
Sans doute, à un stade avancé de ma campagne, après le départ des deux autres candidates issues de pays membres de l’UE, c’est-à-dire Mme Benita Ferrero-Waldner, une personnalité politique que j’apprécie beaucoup, et la représentante de la Lituanie auprès de l’UNESCO, Mme Ina Marciulionyte, j’ai pu mobiliser un large soutien des pays européens. J’ai d’ailleurs vivement remercié Mme Ferrero-Waldner, qui a eu la gentillesse de me téléphoner pour me féliciter.
Mais j’ai aussi bénéficié du soutien de pays non européens, pour finalement réunir 31 voix. Pour répondre à votre question, le soutien de la majorité des pays européens a été très important pour cette victoire.
Mais ce n’est pas la première fois que vous bénéficiez du soutien européen. Comme ambassadrice a Paris, vous avez fait campagne pour la libération des infirmières bulgares condamnées à mort en Libye, et vous avez bénéficié d’un soutien très important, notamment de la part de Mme Ferrero-Waldner qui représentait la Commission.
Sans doute, en ma qualité d’ambassadrice bilatérale, j’ai toujours senti l’appui de la France, son aide et son amitié, ainsi que le soutien de tous les ambassadeurs de l’UE. J’ai eu l’occasion hier [22 septembre] de l’exprimer, devant les ambassadeurs de l’UE.
J’ai d’ailleurs rappelé que Mme Ferrero-Waldner a été décorée par une des plus hautes distinctions dans mon pays pour sa contribution à l’adhésion de la Bulgarie à l’UE, et en particulier pour sa contribution à la libération des infirmières bulgares en Libye, une contribution que les Bulgares n’oublieront jamais.
Vous parlez plusieurs langues, mais vous avez pris la parole en français après l’annonce de votre élection. Pourquoi ?
J’ai pris la parole en français, parce que non seulement c’est une des langues de travail de l’UE, mais aussi parce que je suis ambassadrice de mon pays en France, parce que la Bulgarie est membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie, parce que je milite pour l’utilisation équilibrée comme langues de travail de l’anglais et du français, et parce que j’ai l’intention de promouvoir ce principe a l’UNESCO.
Votre concurrent principal était Egyptien, ce qui a soulevé des commentaires sur l’opposition entre l’Europe et le monde arabe. Comment avez-vous vécu cette opposition ?
J’affirme qu’une telle division n’existe pas, qu’il n’y a pas eu de telle division pendant ma campagne, et que ma campagne n’a pas divisé, elle a été dirigée vers toutes les régions du monde, ce qui inclut mes amis arabes.
Pendant ma campagne j’ai visité trois pays arabes, bien que je sache qu’ils soutenaient M. Hosni. Je leur ai dit que je respectais leur décision, mais que j’étais venue témoigner de ma considération pour le monde arabe, pour son rôle, pour son poids dans le monde, pour la contribution de cette civilisation millénaire pour le patrimoine de l’humanité. Je considère qu’une telle division n’a pas lieu d’être, et au cas où des soupçons subsisteraient, je m’engage à les dissiper.
Je voudrais ajouter que je viens de m’entretenir avec M. Hosni : pendant la campagne, nous avons noué des relations d’amitié et nous nous sommes promis, peu importe le vainqueur, de continuer à travailler ensemble. Il m’a téléphoné pour me féliciter et nous nous sommes dit une fois de plus que nous allons poursuivre notre collaboration.
Quelles réformes allez-vous promouvoir à l’UNESCO ?
Je vais poursuivre les réformes engagées par le directeur général sortant, M. Koichiro Matsuura, pour améliorer la gestion de l’organisation, en respectant les principes de transparence et de bonne gestion du budget. Ceci est d’autant plus important de mon point de vue, que par ces temps de crise, avec ce budget relativement modeste par rapport à nos grandes ambitions, nous avons besoin d’une administration efficace et performante, et je suis déterminée à atteindre cet objectif.
D’un autre côté, il est nécessaire de re-calibrer certaines des priorités et certains éléments du mandat de l’UNESCO, compte tenu des défis actuels. Je pense au rôle de l’UNESCO dans le domaine de la science, de l’innovation, des nouvelles technologies, des communications et de ce que l’UNESCO peut apporter à la réponse au changement climatique. Nous devons apporter notre contribution là où notre organisation est le leader.
Allez-vous essayer d’améliorer la communication de l’UNESCO avec l’extérieur ?
Sans aucun doute. Cela fait partie de l’amélioration de la gestion. Une organisation qui produit des résultats et qui remplit son mandat aura une meilleure visibilité et une meilleure communication. Lorsque l’UNESCO deviendra plus visible, elle deviendra également plus influente.