« Il faut un temps d’adaptation au fonctionnement du Parlement européen »
La conseillère parlementaire de Nicolas Sarkozy devient députée européenne à la place de Michel Barnier, nouveau commissaire au Marché intérieur. Quelques jours avant son entrée en fonction, elle revient pour EURACTIV.fr sur son futur mandat.
La conseillère parlementaire de Nicolas Sarkozy devient députée européenne à la place de Michel Barnier, nouveau commissaire au Marché intérieur. Quelques jours avant son entrée en fonction, elle revient pour EURACTIV.fr sur son futur mandat.
Pourquoi avoir voulu être députée européenne?
Les affaires européennes ont toujours été une passion. Elles ont constitué, au sens propre, mon premier engagement public. J’ai eu de plus la chance de vivre dans deux cultures, deux pays, étant d’origine néerlandaise par ma mère et strasbourgeoise par mon père ! Et d’être donc habitée très tôt par le sentiment d’une identité européenne.
J’ai fait partie d’une organisation estudiantine européenne. Puis, dans la première phase de ma vie professionnelle, j’ai eu l’opportunité de démarrer aux côtés d’un grand Européen Alain Lamassoure, dont j’ai été la collaboratrice parlementaire pendant plus de dix ans. Très tôt, avec lui, à l’Assemblée nationale, nous avons essayé d’intégrer la dimension européenne dans les sujets franco-français, à un moment où cela n’était pas forcément la préoccupation première des autres parlementaires.
N’est-ce pas toujours le cas?
De moins en moins. Les parlementaires nationaux ont pris conscience de l’importance croissante de la législation européenne dans leur travail. D’autre part, ils ont bien vu que le traité de Lisbonne leur donnait des pouvoirs plus importants qu’il ne tenait qu’à eux de saisir. La boite à outils est là. S’ils ne s’en servent pas, ils passeront un peu à côté de l’histoire.
Ensuite Alain Lamassoure est devenu parlementaire européen. Il a été l’un des derniers parlementaires français à bénéficier, avant que la loi ne l’interdise, de la faculté d’être à la fois membre du Parlement européen et membre de l’Assemblée nationale. Nous avons donc eu une application très pratique et concrète de ce que nous avions commencé à faire avant de manière un peu artisanale. En tant que membre des deux assemblées, il lui a été alors possible de travailler à trouver des synergies, faire cheminer des projets communs et introduire la dimension européenne dans le débat législatif français.
J’ai ensuite suivi Alain Lamassoure au ministère délégué aux Affaires européennes. Membre de son cabinet pendant deux ans, j’ai travaillé sur les sujets européens matin midi et soir.
Allez-vous reprendre tous les dossiers de Michel Barnier?
Dans un premier temps, la règle est que le nouveau député intègre les commissions dans lesquelles travaillait le parlementaire auquel il succède.
Quels sont les dossiers sur lesquels vous auriez envie de travailler?
Tout d’abord je verrai avec Michel Barnier très précisément les dossiers qu’il va me signaler et qui semblent, selon lui, particulièrement dignes d’un travail approfondi. Je vais siéger à la commission des Affaires constitutionnelles et à la commission du Marché intérieur. J’imagine que les gros dossiers de la commission du Marché intérieur vont très vite revêtir un aspect important, compte tenu en plus du portefeuille que Michel Barnier aura au sein de la Commission européenne. J’ajoute qu’en tant que femme, mère de famille, les enjeux liés à la protection des consommateurs, qui sont du ressort de la commission du Marché intérieur, m’intéressent tout particulièrement.
Les liens seront étroits avec Michel Barnier….
Je pense que le commissaire au Marché intérieur et aux services financiers aura à coeur de travailler en étroite liaison avec toutes les commissions du PE concernées par les sujets dont il aura la charge, à commencer par celle du Marché intérieur…
Le projet de réforme de la politique agricole commune, même s’il n’est pas du ressort des deux commissions auxquelles je vais appartenir, m’intéresse également au premier chef.
La région Île-de-France n’est pas qu’une région de service et d’industrie, elle compte un bon nombre d’espaces ruraux. Je pense notamment à la Seine-et-Marne et aux Yvelines. Les agriculteurs de ces départements attendent de connaître les grands axes de la réforme de la PAC et de voir les autorités françaises et les parlementaires français défendre au mieux une certaine idée de la PAC, conforme à l’esprit qui l’a inspirée depuis ses débuts. Nous savons que le combat sera difficile. Je me sens concernée par ce dossier.
Comment comptez-vous rendre compte de votre travail aux citoyens que vous représenterez?
Le territoire de l’Île-de-France est beaucoup moins vaste que les autres circonscriptions. Nous avons également la chance d’avoir une circonscription qui représente un ensemble territorial cohérent et a une vraie existence politique et administrative.
Je compte bien rendre compte de mon action régulièrement tout d’abord en m’appuyant sur les réseaux des élus. Je crois beaucoup que nos parlementaires, députés et sénateurs, ainsi qu’un certain nombre de grands élus, maires, conseillers régionaux ou généraux, sont souvent les mieux à même de capter l’attention de nos concitoyens et d’avoir les bons réseaux pour toucher beaucoup de gens, y compris dans les communes et les cantons.
Je compte m’appuyer également sur ceux qui le veulent bien parmi mes anciens colistiers de la campagne européenne de juin 2009. Nous étions toute une « bande», seuls certains ont été élus. Mais ceux qui étaient sur la liste conduite par Michel Barnier et Rachida Dati avaient forcément fait acte d’engagement européen fort.
Il y a là un vivier d’hommes et de femmes, venus d’horizons très différents, qui ont partagé avec nous une belle aventure. Je pense que nous pouvons réactiver ce réseau sur le territoire francilien et le tenir informé en permanence pour qu’il soit lui aussi une courroie de transmission et un capteur.
Il y a également les fédérations à l’intérieur de la formation politique à laquelle j’appartiens, l’UMP, et des moyens, grâce à Internet, de démultiplier les messages. Pour dire ce qui se passe au Parlement, mais aussi écouter les préoccupations, les aspirations et autres grognements. Et je compte aller beaucoup sur le terrain. Nous nous étions notamment engagés lors de la campagne à faire une fois par an un grand meeting commun aux députés européens franciliens de la majorité présidentielle dans tous les départements de l’Ile de France.
Je travaillerai aussi à connecter encore plus le Parlement européen avec les commissions des Affaires européennes de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Le fait de bien les connaître est un atout…
Incontestablement. Le fait de connaître les hommes et les femmes mais surtout leur état d’esprit, leur attentes et leur mode de fonctionnement est important. Je connais les rythmes de travail, le tempo le calendrier parlementaire de nos deux chambres nationales.
C’est un peu une mode pour les parlementaires européens de quitter le PE avant la fin de leur mandat. Vous voulez vous engager jusqu’au bout?
Absolument. Il y a du pain sur la planche, beaucoup de chantiers à ouvrir. Je crois vraiment que l’ancrage dans la durée est un gage de sérieux, de solidité. Il faut un temps d’adaptation au fonctionnement du Parlement européen. Je connais bien un certain nombre de mes futurs collègues. Ils ne m’ont pas caché que les six premiers mois étaient un peu difficiles. Et il faut ensuite un temps certain pour se construire une compétence et une crédibilité. Notre pays aurait tout intérêt à capitaliser sur un certain nombre d’hommes et de femmes dans la durée comme le font nos partenaires allemands ou britanniques, par exemple.