« Il faut mettre en place une conférence financière européenne »

Alain Lamassoure, eurodéputé du Parti populaire européen (PPE) et président de la commission des Budgets, répond aux questions d’EURACTIV.fr sur les propositions de Bruxelles pour le budget de l’UE 2014-2020.

49a5b4e848e62ae97e523968260cc1c2.jpg
49a5b4e848e62ae97e523968260cc1c2.jpg

Alain Lamassoure, eurodéputé du Parti populaire européen (PPE) et président de la commission des Budgets, répond aux questions d’EURACTIV.fr sur les propositions de Bruxelles pour le budget de l’UE 2014-2020.

Êtes-vous satisfait des propositions de la Commission européenne sur les perspectives financières de l’UE pour 2014-2020 ?

Elles sont réalistes, courageuses et novatrices. Le budget est en hausse mais tient compte de la situation économique et budgétaire générale. Nous ne sommes pas dans une période où l’on peut envisager de changer la taille du budget.

Elle a fait le choix de se concentrer sur des politiques novatrices en faisant plus d’efforts sur la recherche, les infrastructures et l’énergie.

Pour la première fois, la Commission ose proposer un vrai budget européen avec des dépenses mais aussi avec des recettes pour financer les dépenses.

L’objectif est que plus de la moitié des recettes budgétaires de l’Europe proviennent de ressources propres.

Mais comment faire passer la proposition de Taxe sur les transactions financières si la City de Londres est vent debout contre le projet ?

Toute la City hurle, mais le gouvernement britannique est favorable à cette taxe. Au départ, c’est une proposition conjointe de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

Le Conseil européen a souhaité la mise en place d’une TFF (Taxe sur les flux financiers) à l’échelle mondiale et a suggéré d’étudier la possibilité de la mettre en place dans le cadre européen.

M. Turner (le président de l’Autorité des marchés financiers britannique, ndlr) s’y est déclaré favorable.

Il est difficile d’être contre une taxe qui est indirecte. La TFF ne présente aucun risque pour les délocalisations.

Si vous taxez les super profits des banques françaises, elles partiront immédiatement s’installer au Luxembourg. Mais une taxe sur les mouvements de capitaux ne pose pas ce problème.

Ce qui est intéressant est que la Commission propose d’affecter les recettes de cette taxe au budget de l’UE.

Qui sont les gagnants et les perdants de ce budget ?

On ne peut pas à ce stade parler de gagnants et de perdants. Et, au bout du compte, comme il doit y avoir un consensus, on peut dire d’une certaine manière qu’il n’y en aura pas non plus. La proposition de la Commission est astucieuse, car elle arrive à un certain équilibre.

Le rabais britannique est maintenu et les contributions nationales étant réduites grâce aux ressources propres, ce rabais est élargi à tous les pays. Chacun s’y retrouve donc un peu.

Le budget de la Politique agricole commune est gelé. Il va donc au final diminuer, alors que Nicolas Sarkozy avait promis de la maintenir à l’euro près…

La présentation [de l’avenir du budget de la PAC] est telle que le chef de l’État pourra dire qu’il a obtenu ce qu’il voulait.

Quel va être votre cheval de bataille au Parlement européen ?

La mise en place d’une conférence financière européenne. Je défends depuis longtemps l’idée d’une conférence européenne qui prépare le terrain de la véritable négociation sur le budget. L’objectif est de mettre ensemble toutes les forces politiques en présence pour éviter que le débat ne soit confiné au huis-clos des ministres des Finances.

Ce principe a été retenu par le Parlement européen et il est soutenu par la Commission qui s’y réfère explicitement. Il a également été repris par le Premier ministre polonais (qui préside le Conseil de l’UE à partir du 1er juillet, ndlr) qui prévoit l’organisation d’une conférence de ce genre à Varsovie à l’automne.