Il est peu probable que les troupes russes se retirent «  simplement  » de la frontière, selon la vice-première ministre ukrainienne

La pression militaire de la Russie aux frontières de l’Ukraine est une illustration de la «  nouvelle normalité  » que Vladimir Poutine tente d’imposer aux affaires mondiales, a déclaré à EURACTIV la vice-première ministre ukrainienne.

EURACTIV.com en direct de Kiev
Olha Stefanichyna
S’adressant à EURACTIV à Kiev, alors que les troupes russes sont amassées aux frontières du pays, la vice-première ministre ukrainienne a déclaré qu’«  il est très peu probable qu’il y ait simplement un ordre de retrait des troupes de la frontière ukrainienne  ». [Ukraine MFA]

La pression militaire de la Russie aux frontières de l’Ukraine, qui vise à déstabiliser le pays et à saper son économie, est une illustration de la «  nouvelle normalité  » que Vladimir Poutine tente d’imposer aux affaires mondiales, a déclaré à EURACTIV la vice-première ministre ukrainienne Olha Stefanishyna.

S’adressant à EURACTIV à Kiev, alors que les troupes russes sont amassées aux frontières du pays, la vice-première ministre ukrainienne a déclaré qu’«  il est très peu probable qu’il y ait simplement un ordre de retrait des troupes de la frontière ukrainienne  ».

«  Mais tant que Poutine est en négociations avec l’Occident, il est très peu probable qu’il procède à un scénario militaire sur l’Ukraine, parce qu’au fond, ce ne serait pas la fin de son existence  », a déclaré Mme Stefanishyna.

«  Nous devrions être clairs sur le fait qu’il s’agit d’une agression continue, visant à déstabiliser le pays lui-même et à saper son économie  », a-t-elle ajouté.

«  Il s’agit essentiellement de la nouvelle normalité que M. Poutine tente d’introduire dans l’agenda international  », a-t-elle ajouté, précisant que «  cela équivaut à une agression militaire, visant à miner le pays de l’intérieur  ».

Cette nouvelle donne inclurait également le parrainage de partis et d’organisations politiques, ainsi que les dernières accusations de coup d’État par les services de renseignement britanniques.

«  En 2014, nous ne savions pas que l’agression militaire de la Russie ne concernerait que le Donbas, Donetsk, Louhansk et la Crimée, elle aurait très bien pu concerner chaque partie du territoire de l’Ukraine — nous restons donc préparés à cela  », a-t-elle ajouté.

Interrogée sur ce qu’elle attendrait des partenaires occidentaux, en particulier de l’UE, Mme Stefanishyna a souligné qu’une position occidentale claire et forte sur les sanctions constituerait un moyen de dissuasion crédible à l’égard de Moscou.

«  Cela donnerait aux dirigeants russes le sentiment d’urgence qu’il ne s’agit pas seulement de déclarations et de profondes préoccupations, mais qu’elles sont soutenues par des actions concrètes  », a-t-elle déclaré.

Toutefois, à la question de savoir s’il serait judicieux pour l’Occident de révéler les options de sanctions, ce que les dirigeants de l’UE se sont jusqu’à présent abstenus de faire, Mme Stefanishyna a répondu qu’«  il ne s’agit pas de tout mettre sur la table  ».

«  Il s’agit de montrer qu’il y a un vrai travail en cours, pas seulement les déclarations faites  », a-t-elle dit, ajoutant que selon elle, cela ne signifierait pas révéler toutes les contre-mesures occidentales mais servirait à devenir crédible lors de menaces de prises mesures de rétorsions.

Mme Stefanishyna a également souligné que les partenaires devraient réfléchir à la manière de soutenir la stabilité économique en Ukraine, soit par l’assistance macro-financière récemment annoncée, mais aussi en soutenant les entreprises ukrainiennes par des préférences commerciales supplémentaires.

L’irritant cousin germain

«  En cette période de crise, la rhétorique persistante selon laquelle les Allemands ne veulent pas irriter la Russie s’est trop matérialisée et a été placée en tête de liste — pas les intérêts de l’Ukraine, pas le règlement pacifique, pas les efforts de l’Ukraine pour stabiliser son économie, mais notre volonté d’irriter la Russie  », a déclaré Mme Stefanishyna.

Ses commentaires interviennent après que la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a rejeté les appels lancés à Berlin de fournitures d’armes à l’Ukraine, invoquant la «  responsabilité historique  » de l’Allemagne de ne pas exporter d’armes dans les zones de conflit, mais a déclaré que Berlin était prêt à fournir une expertise technique pour aider l’Ukraine à se défendre contre les cyberattaques.

«  Il est vraiment important maintenant de comprendre ce qui est en tête de liste, et en tête de liste, ce n’est pas quelque chose que nous nous attendions à voir  », a-t-elle déclaré.

«  Je ne pense pas que l’Allemagne puisse maintenant prendre la tête du dossier russe, car elle a effectivement dirigé le format Normandie au cours des huit dernières années et cela n’a pas abouti à un règlement pacifique  », a-t-elle ajouté.

Ses commentaires interviennent alors que les conseillers politiques de la Russie, de l’Ukraine, de la France et de l’Allemagne doivent tenir des discussions «  en format Normandie  » à Paris plus tard cette semaine, mercredi ou jeudi (27 janvier), ce qui pourrait être le prélude à une réunion de plus haut niveau.

Les pourparlers au format Normandie visant à aider à mettre fin au conflit entre les forces gouvernementales et les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine sont au point mort depuis novembre dernier.

En vertu des accords de Minsk de 2015, qui ont mis fin à une guerre totale dans le Donbas, la région devait recevoir une large autonomie au sein de l’Ukraine, ce que Moscou espérait voir servir de veto aux ambitions pro-occidentales de Kiev.

Les accords prévoyaient un cessez-le-feu, un désengagement militaire et l’échange d’otages et de prisonniers, ainsi que la reprise des liens socio-économiques entre l’Ukraine et la région de Donbas occupée par la Russie.

Cependant, selon les rapports quotidiens de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), les violations du cessez-le-feu sont régulières.

À la question de savoir si elle s’attend à ce que le format permette de progresser vers une solution dans un avenir proche, Mme Stefanishyna a répondu que Berlin et Paris «  devraient essayer de ramener M. Poutine dans ce format et l’obliger à prendre un certain nombre de mesures liées à un règlement pacifique, y compris le cessez-le-feu  ».

Une Alliance au clair ?

Interrogée sur le fait de savoir si le président russe Vladimir Poutine n’aurait pas déjà obtenu ce qu’il souhaitait alors que les chances d’adhésion à l’UE et à l’OTAN s’amenuisent en raison des tensions actuelles, Mme Stefanishyna a répondu qu’«  il existe un certain nombre de perceptions mitigées en Ukraine  ».

«  Nous apprécions grandement la forte unité des alliés au sein de l’OTAN, confirmant à l’unanimité qu’il n’y a pas lieu de discuter d’autres éléments de la politique de la porte ouverte au sein de l’OTAN  », a déclaré Mme Stefanishyna.

«  Mais encore une fois, nous manquons de clarté en ce qui concerne les étapes ultérieures, et il est absolument crucial que lors du prochain sommet de l’OTAN à Madrid cette année, les questions restées sans réponses soient clarifiées  », a-t-elle ajouté.

Selon elle, l’une d’elles concernerait la prochaine mise à jour de la stratégie de l’OTAN, le concept stratégique, afin de «  préserver la même rhétorique forte contre une agression russe  ».

«  Le deuxième élément essentiel pour nous est de considérer l’absence de toute clarté quant aux prochaines étapes vers l’adhésion à l’Alliance comme une position de faiblesse de l’OTAN vis-à-vis de M. Poutine  », a-t-elle ajouté, en référence aux garanties juridiques que Moscou avait exigées pour que l’alliance s’engage à arrêter son élargissement à l’Est.