« En Finlande, l’Union européenne n’est pas une question de principe »

Après la percée du parti populiste finlandais (19%) aux dernières élections législatives, le maître de conférences à l’université de sciences politiques de Turku, Louis Clerc, revient sur les distances que le pays semble prendre avec l’Union.

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Après la percée du parti populiste finlandais (19%) aux dernières élections législatives, le maître de conférences à l’université de sciences politiques de Turku, Louis Clerc, revient sur les distances que le pays semble prendre avec l’Union.

Peut-on comparer la percée électorale du parti populiste des Vrais Finlandais avec celle des partis d’extrême droite en Suède, au Danemark ou aux Pays-Bas?

Il y a très peu de points communs entre les partis extrémistes de ces pays et la situation finlandaise. Bien sûr, ils partagent certaines revendications, comme par exemple la volonté de mettre en place une politique anti-immigration, mais la comparaison s’arrête là.

En Finlande, ce parti est l’héritier des partis de droite des années 70. Il rassemble les agriculteurs et les petits exploitants autour d’une idéologie « poujadiste », pour le situer dans l’histoire politique française.

De leur côté, les extrémistes n’ont d’autre choix que de s’allier aux populistes, et viennent grossir les rangs des Vrais Finlandais. Je n’en ferais pas un parti extrémiste au sens traditionnel d’une droite nationale.

Quel est le profil de leurs nouveaux électeurs?

Il y en a deux. D’abord ceux qui donnaient traditionnellement leurs voix au parti centriste finlandais, le parti des agriculteurs et des ruraux. Mais ces derniers ont été très affectés par la crise économique et ont eu besoin d’adhérer à un discours politique nouveau.

Les Finlandais ont en effet été très sensibles aux scandales politiques qu’a connu le pays au cours de ces trois dernières années. Les partis traditionnels ont été inquiétés à cause de l’opacité de leurs financements, et une partie de l’électorat finlandais leur a depuis retiré sa confiance.

A ces voix s’ajoutent celles de la jeunesse finlandaise. C’est une génération « en perdition » qui a l’impression que les partis traditionnels ne proposent pas de solutions concrètes aux problèmes économiques que connait le pays.  

Ce nouvel électorat jeune a joué un rôle décisif, car il n’était pas jusque-là très politisé, et leurs voix ont fait pencher la balance.

Cette baisse de confiance dans les partis traditionnels, affecte-t-elle celle que les Finlandais ont placé dans l’Union européenne?

Oui, la Finlande, au même titre que la Suède ou le Danemark, fait partie des petits États européens qui considéraient leur participation à l’UE comme un moyen d’être au cœur des décisions.

Mais cette représentation n’est plus du tout la même, la Finlande a toujours cru être la bonne élève de l’Union européenne, elle ne s’est jamais endettée et a respecté les exigences du pacte de stabilité. Le gouvernement a donc eu beaucoup de mal à expliquer à l’opinion publique que le pays devait aider la Grèce, puis l’Irlande et maintenant le Portugal…  

Et les Finlandais se sont laissés gagner par l’euroscepticisme du parti populiste…

La crise économique a certes donné plus d’assise à ceux qui critiquaient l’Union comme la source de bien des maux. Mais l’euroscepticisme finlandais est plus ancien. Il s’ancre dans un constat vieux de plusieurs années et selon lequel l’Union européenne ne tient pas compte des desiderata des petits pays.

En Finlande, l’Union européenne n’est pas une question de principe.

Une nouvelle coalition gouvernementale avec, dans ses rangs, les Vrais Finlandais pourrait donc décider de revenir sur certains des engagements européens précédents?

Sans aucun doute, un débat sur l’aide de la Finlande aux pays surendettés et sa contribution au Fonds européen de stabilité financière s’ouvrirait certainement. Mais il est un peu tôt pour faire des pronostics de ce genre. Chez les Vrais Finlandais, à part le leader Timo Soini, aucun élu n’est assez compétent pour assurer une responsabilité politique à l’échelle gouvernementale.

Les Finlandais s’inquiètent-ils cette percée?

Oui, une inquiétude générale même, car les Finlandais sentent leur pays politiquement divisé. La société finlandaise n’est plus une société de consensus comme on le disait il y a quelques années. Aujourd’hui se tient un vrai débat politique autour des élections. Mais cette inquiétude est appaisée par la confiance qu’un gouvernement va être nommé et que les choses vont continuer à aller.