« En Chine, l’UE est toujours perçue comme un grand projet d’intégration »

Sur la base d’une série d’entretiens réalisés avec des représentants de l’élite chinoise et indienne, la jeune chercheuse nous livre un regard extérieur sur l’Europe et la crise de la zone euro.

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Sur la base d’une série d’entretiens réalisés avec des représentants de l’élite chinoise et indienne, la jeune chercheuse nous livre un regard extérieur sur l’Europe et la crise de la zone euro.

Les élites chinoises et indiennes s’inquiètent-elles de la gestion de la crise dans la zone euro?

Dans les deux pays, il y a un sentiment d’inquiétude face au ralentissement économique dans la région. Mais les interprétations chinoises et indiennes sur la situation en Europe diffèrent un peu. Les Chinois sont confiants dans la capacité de la zone euro à sortir de la crise, en particulier sur sa faculté à progresser sur la voie de la convergence économique et budgétaire. 

Selon eux, la priorité pour l’Europe au cours des prochaines années doit être d’accroître sa compétitivité, ce qu’elle peut faire en renforçant son assise économique. Les Indiens sont, à l’inverse, plus sceptiques sur les fondamentaux des pays européens, qui se sont révélés moins solides qu’ils ne l’envisageaient avant la crise. 

Comment expliquez-vous cette différence de perception? 

Elle est liée en partie à leur vision très distincte du projet européen. En Chine, on perçoit toujours l’Europe comme un grand projet d’intégration tandis qu’en Inde, la crise a davantage été interprétée comme l’expression d’une faiblesse latente des économies de l’Union européenne.

Aux yeux des Chinois, l’Europe est une civilisation ancienne, d’échelle continentale et dotée d’un potentiel technologique important. Ils ont le sentiment que, comme eux, la région traverse une période de transition et qu’il y a moins de points de discorde vis-à-vis de l’UE que des États-Unis (en particulier, en matière de compétition dans la zone Pacifique). 

La vision indienne est peut-être davantage à mettre en lien avec les relations commerciales que le pays entretient avec l’UE et qui sont beaucoup moins importantes qu’entre l’Europe et la Chine. Il y a également une certaine forme de détachement vis-à-vis de la monnaie unique, car les placements indiens en euros sont relativement limités. 

Mais les Indiens sont optimistes sur les perspectives de renforcement des relations indo-européennes. Un accord de libre-échange est sur le point d’être finalisé, après trois ans de négociations. Quant à une partie de l’élite indienne, elle souhaiterait voir se développer une approche plus stratégique avec l’UE dans les domaines de la défense et de la sécurité. 

Les États-Unis et l’Europe sont en perte de vitesse. L’Inde et la Chine y voient-elles une fenêtre d’opportunités? 

Les pays émergents ont largement contribué à soutenir la croissance mondiale au cours des trois dernières années. Il est clair que l’Inde et la Chine vont devenir des concurrents de taille dans différents domaines. Les Chinois vont devenir à terme plus performants dans le secteur des hautes technologies et des énergies renouvelables. Le pays est déjà leader dans l’éolien.

Mais il n’y a pas de raison de croire que l’Europe ne saura pas maintenir son avance en termes d’innovation. La région reste le premier fournisseur de la Chine en matière technologique. Il ne faut pas oublier non plus que le développement économique de la Chine et de l’Inde n’est pas exempt de difficultés internes et de défis qu’il leur faudra relever au niveau national pour maintenir leur croissance respective. 

Les Européens souhaitent que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) soit renfloué par les pays émergents. Comment cette demande a-t-elle été perçue ?

Depuis le début de la crise, la Chine est déjà venue en aide à certains pays de la zone euro, en investissant dans des emprunts d’État, et elle exprime toujours une volonté de soutien. Le pays a un intérêt à ce que la zone euro se ressaisisse car la région représente 70% de ses échanges commerciaux avec l’UE. La sauvegarde de la monnaie unique est également importante du point de vue des intérêts chinois, car elle est considérée comme une alternative au dollar. 

Mais il n’est pas nécessairement dans l’intérêt de l’Europe que les pays émergents investissent directement dans ce type de mécanisme de sauvetage de façon importante. L’Europe doit régler ses propres problèmes. A ce titre, les dernières initiatives de la Banque centrale européenne pour soutenir les marchés ont été très bien accueillies.