« En Allemagne, le nucléaire sera un enjeu majeur des élections législatives »

Dans un entretien accordé au quotidien allemand Handelsblatt, le ministre allemand de l’Économie, Michael Glos, a estimé, en évoquant le nucléaire, que «la crise actuelle du gaz doit rendre clair aux yeux de tous que nous ne pouvons nous permettre de renoncer à une source d’énergie». Chercheur eu sein du programme Energie de l’Ifri, Susanne Nies analyse, pour EURACTIV.fr, les relations entre l’Allemagne et l’énergie nucléaire.

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Dans un entretien accordé au quotidien allemand Handelsblatt, le ministre allemand de l’Économie, Michael Glos, a estimé, en évoquant le nucléaire, que «la crise actuelle du gaz doit rendre clair aux yeux de tous que nous ne pouvons nous permettre de renoncer à une source d’énergie». Chercheur eu sein du programme Energie de l’Ifri, Susanne Nies analyse, pour EURACTIV.fr, les relations entre l’Allemagne et l’énergie nucléaire.

La déclaration du ministre allemand de l’Économie, Michael Glos, à propos du nucléaire constitue-t-elle un changement de posture politique?

Non. Nous avons en Allemagne une grande coalition dans laquelle il y a deux positions opposées sur le nucléaire. Angela Merkel y a toujours été favorable, alors que le SPD prône la sortie du nucléaire. Or, dans la perspective des élections législatives du 27 septembre prochain, la chancelière avait indiqué qu’elle ne reviendrait pas sur l’arrêt progressif des centrales avant le scrutin. Mais la crise gazière Russie-Ukraine a donné une opportunité pour modifier cette position et expliquer qu’il faut absolument que l’Allemagne fasse évoluer son mix énergétique pour diminuer sa dépendance gazière. Et le nucléaire fait partie de cette évolution. Cette prise de position s’inscrit également dans une bataille pré-électorale, notamment vis-à-vis des Verts, qui plaident pour plus de plus de gaz.

Mais l’opinion allemande a-t-elle évolué sur ce sujet?

Oui. Même si les Allemands considèrent toujours que le nucléaire est synonyme d’apocalypse, surtout après Tchernobyl, ils sont quand même en train de changer un tout petit peu de cap. Bien sûr, cela n’est pas comparable à la France où les Français sont quasiment unanimes sur le nucléaire. En Allemagne, les gens commencent à se demander si cela n’est pas une bonne idée de réintroduire du nucléaire dans le mix énergétique. 83% d’entre eux estiment en effet que l’Allemagne doit diminuer sa dépendance du gaz et de la Russie. Cela dit, l’Allemagne ne deviendra jamais un pays 100% nucléaire comme la France.

Aujourd’hui, que représente le nucléaire dans le mix énergétique allemand?

Une part très réduite. Il a vraiment perdu de sa place et représente 11,1% du mix pour la consommation primaire, et 22,1% pour la production de l’électricité. En Allemagne, le gaz est prédominant dans la production électrique. Et le charbon joue également encore un rôle.

Mais ces changements sur le nucléaire sont à concevoir à long terme?

Pas forcément. Il y a plusieurs facteurs favorables à une inversion rapide, notamment la bataille qui a eu lieu lors des négociations sur le paquet énergie-climat et les 20% de diminution d’émissions de CO2. Les Allemands sont en effet très préoccupés par l’idée que la France a des avantages comparatifs avec le nucléaire sur l’industrie allemande. Celle-ci est en effet relativement polluante et les grandes entreprises allemandes vont payer le CO2 beaucoup plus cher que les Français. Les Allemands se disent donc qu’avec le nucléaire, ils seraient un peu mieux placés dans cette bataille, qui pourrait, selon certains, se solder par la reprise de leur industrie par les Français.

Quelles sont les réactions possibles à la crise gazière?

Le constat est clair : la confiance est perdue vis-à-vis de la Russie et de l’Ukraine. De ce fait, plusieurs réactions sont possibles. Créer d’autres pipelines, mais cela nous amène toujours vers la Russie. Deuxième option, avoir du GNL (gaz naturel liquéfié). Un terminal était prévu en Allemagne, mais sa mise en œuvre a toujours été retardée en raison des coûts trop importants. RWE veut mettre en place un terminal près de la mer du Nord, mais l’impact sera réduit parce que l’opération coûtera cher et sera relativement longue.

On peut enfin diversifier les pays d’origine et le mix énergétique. Pour l’Allemagne, le nucléaire est donc une partie de cette dernière réponse.

Etant donné le rôle de leader de la France dans le domaine du nucléaire, quel pourrait être son rôle dans cette évolution du mix énergétique allemand?

Les Allemands ont suivi de près le rachat de British Energy par les Français. Après la décision de 2000 il y eu un accord selon lequel Areva devait reprendre la filière nucléaire de Siemens, mais en échange, dans une partie non-officielle, Areva a garantie à Siemens que l’entreprise serait chargée de la partie technique non-nucléaire  dans la construction de nouvelles centrales.

Aujourd’hui, l’heure est au renforcement du soutien du gouvernement allemand à Siemens. C’est d’ailleurs très étonnant, étant donné le nombre de scandales auxquels Siemens a été confronté ces temps derniers.

Mais les Allemands se méfient tellement des Français qu’ils feront certainement preuve de patriotisme économique.

Les Länder ont-ils leur mot à dire dans cette évolution du mix énergétique? 

Oui et non. Ils sont représentés dans le Bundesrat (Sénat) et les positions sont différentes d’un Land à l’autre. Il faut aussi souligner que la majorité des ministres de l’économie des Länder en charge des questions énergétiques sont en faveur d’une prolongation de la durée des centrales nucléaires. Selon la loi de 2000 sur le «Atomausstieg» (la sortie nucléaire, renouvelée en 2002) l’activité des centrales doit être arrêtée au maximum 32 ans après leur mise en service. Deux des 17 centrales que compte l’Allemagne ont déjà été stoppées.

Les Länder sont compétents pour le mix énergétique en ce qui concerne le renouvelable. Actuellement, la grande coalition reste sur la base du «Atomausstieg», les propos tenus ces jours-ci par Merkel et Glos indiquent que le nucléaire sera un enjeu majeur de la campagne électorale des élections de septembre. On peut tabler sur un renversement de tendance au cas où Merkel gagnerait avec la FDP (sans la SPD).