«Empêcher le référendum catalan est impossible»
En Catalogne, l’organisation du référendum d’autodétermination fait débat. Ivan Serrano, de l’Université libre de Barcelone, fait le point sur les enjeux et les tensions qui entourent ce rendez-vous. Un entretien de notre partenaire, Ouest-France.
En Catalogne, l’organisation du référendum d’autodétermination fait débat. Ivan Serrano, de l’Université libre de Barcelone, fait le point sur les enjeux et les tensions qui entourent ce rendez-vous. Un entretien de notre partenaire, Ouest-France.
Ivan Serrano est chercheur en sciences politiques à l’Université libre de Barcelone.
Le parlement de Catalogne a adopté, mercredi 6 septembre, le cadre fixant l’organisation du référendum sur l’indépendance. Prévu le 1er octobre, il suscite de nombreux débats dans le pays et certains s’y opposent, dont le Premier ministre espagnol. Mariano Rajoy a demandé à la justice d’invalider toute loi du parlement catalan fixant un cadre juridique à ce référendum.
Que peut faire Madrid pour s’opposer au référendum sur l’indépendance prévu le 1er octobre en Catalogne ?
Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol, peut choisir de ne rien faire comme il l’a fait lors de la consultation sur l’indépendance de novembre 2014. Ou, à l’inverse, utiliser à plein les pouvoirs régaliens dont il dispose. Cela veut dire envoyer l’armée, traduire devant des juges ceux qui participent au référendum illégal.
Le fait de déclarer unilatéralement l’indépendance d’une partie du territoire est un acte de rébellion sanctionné par l’article 472 du Code pénal. Jeudi septembre, le procureur général a annoncé qu’il poursuivrait ceux qui auront enfreint la loi. Les peines de prison peuvent aller jusqu’à quinze ans.
Envoyer l’armée est envisageable ?
En tout cas, l’usage des armes ne l’est pas, car les indépendantistes sont pacifiques et en faveur de la démocratie. Celui qui, le premier, ferait couler le sang perdrait sa légitimité. Par nature, Mariano Rajoy préfère laisser les problèmes se régler d’eux-mêmes. Mais la base du Parti populaire et de nombreux élus le poussent à réagir. Entre ne rien faire et engager une réponse vigoureuse, tout est possible. C’est une question de stratégie politique.
Est-il imaginable d’empêcher le vote ?
C’est impossible. Il y aura entre 2 000 et 3 000 bureaux de vote. On ne peut pas mettre des soldats devant chaque école. De toute façon, il resterait les bibliothèques, les bâtiments de l’administration… Madrid a interdit aux directeurs d’école d’ouvrir leurs établissements pour permettre le scrutin. Mais il n’a annoncé aucune sanction.
En 2014, un seul directeur d’école a refusé. Cette année, dans les villes tenues par les socialistes, il y en aura. Mais elles sont peu nombreuses. Toutefois, les événements évoluent rapidement. À Barcelone, après avoir dit qu’elle coopérerait avec le gouvernement régional, la maire Ada Colau a déclaré qu’elle obéirait à la Cour constitutionnelle.
Madrid peut-il interdire aux policiers catalans de sécuriser et de surveiller le référendum ?
La question fait débat. Selon l’article 155 de la Constitution, le pouvoir central peut prendre la main si un gouvernement régional tombe dans l’illégalité. Mais sommes-nous dans cette situation ? Ce n’est pas clair.
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